Pigments : la bande de "Rupestres" à la recherche de l’art pariétal

Par Kelian NGUYEN Favori de la rédaction 22 novembre 2024 
En 2011, Davodeau, Guibert, M.-A. Mathieu, Prudhomme, Rabaté & Troubs, les "Rupestres" avaient visité une multitude de grottes ornées de peintures et de gravures pariétales. Un album concept intitulé Rupestres avait vu le jour. 13 ans plus tard, la même bande accompagnée par deux nouveaux comparses pousse l’expérience pour, cette foic-ci, dessiner dans une grotte.

Au commencement, il y avait David Prudhomme, un auteur en quête perpétuelle de nouvelles techniques, en expérimentations et en questionnements permanents sur l’art, sur le dessin et sur la narration. Il embarque cinq amis pour visiter une variété de grotte du Sud-Ouest de la France. En 2022, il retrouve ses Rupestres : Etienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Pascal Rabaté et Troubs. Marc-Antoine Mathieu manquant à l’appel, il ne fallait pas moins que Chloé Cruchaudet et Edmond Baudoin pour le remplacer au pied levé.

Le parc naturel des Causses du Quercy leur met à disposition la grotte de La Sagne. Un immense terrain de jeu, des parois quasiment vierges à deux pas de la grotte de Pech Merle, une page blanche sur laquelle les sept auteurs peuvent s’exprimer à une seule condition : utiliser les mêmes pigments que ceux de leur prédécesseurs vieux de 30 000 ans.

Chacun se lance, Troubs joue avec les aspérités de la paroi, Baudoin danse le pinceau à la main, Guibert fait entrer l’extérieur à l’intérieur, Cruchaudet joue avec les ombres… Seulement muni d’une lampe torche, les sept auteurs font corps avec le dessin et sans vouloir singer les fresques séculaires s’aventurent dans une expérience unique au monde, visant jusqu’à l’essence du trait.

Si Rupestres était un album hybride, une forme de transe graphique sur l’art pariétal, sa beauté et ses mystères… À bien y réfléchir, Pigments a plutôt les contours d’une bande dessinée documentaire. Dans Rupestres les différentes mains fusionnaient, il était même difficile de distinguer à qui appartenait les traits. Pigments, lui, est découpé en chapitres. Chaque auteur à son espace pour relater sa propre expérience dans la grotte de La Sagne. Si l’un ou l’autre opte pour du contemplatif, de l’humour ou de l’explicatif, Pigments est beaucoup plus didactique que Rupestres qui faisait davantage appel à une expérience rationnelle que sensorielle.

Chacun à son tour, les sept artistes nous racontent aux travers d’une série d’anecdotes sa grotte de La Sagne. Les perceptions sont différentes et pourtant tous nous livrent en filigrane une réflexion sur l’art, sur le dessin, sur la narration, sur l’art pariétal et même sur l’humanité qui était, dans Rupestres, dépeint comme le virus d’une maladie qui infecterait la Terre. Marc-Antoine Mathieu participe lui aussi à l’album avec une bande dessinée tout aussi réflexive que celles de ses collègues.

Pour cette première mondiale, la bande d’auteurs a été suivie par le réalisateur Marc Azéma et le photographe Rémi Flament. Certains clichés sont reproduits dans l’album et, pour compléter l’expérience, un film documentaire a été réalisé. Il sera dévoilé ce samedi 23 novembre 2024 à 14h au cinéma les Lobis durant le festival BD Boum de Blois avant une diffusion en salle. Il vient conclure un triptyque, une aventure artistique unique au monde une réflexion sur l’art pariétal historique et moderne.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9782754844024
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