Nycthémère, arpenter le jour et la nuit - Par Sylvain Bordesoules - Ed. Gallimard

Par Rémi BARNAULT 13 octobre 2026 
Après L’Été des charognes, adapté du roman éponyme de Simon Johannin, et Azur Asphalte, dans lequel il dresse le portrait de ses deux sœurs, Sylvain Bordesoules livre sans doute ici son récit le plus personnel et le plus intense : une journée entière racontée en long, en large et en travers, pour une immersion mélancolique dans la vie d’un jeune gay fauché et débrouillard à Paris.

Après avoir obtenu son bac avec brio, Sylvain quitte Nice pour monter à Paris, comme certains de ses potes, dont Raph, son ami le plus proche avec qui il s’installe en colocation. Sauf que, pendant que les autres vont étudier aux frais de la princesse - ou plutôt de leurs parents - Sylvain, lui, passe le plus clair de son temps à travailler dans une supérette bio. Artiste dans l’âme, c’est pourtant à un job alimentaire qu’il se consacre afin de payer sa part du loyer à échelle parisienne et tous les autres frais. Il est déterminé à se débrouiller seul, sans l’aide de ses parents, qui n’ont de toute façon pas les mêmes moyens que ceux de ses amis. Raph, lui, étudie aux Beaux-Arts… enfin, c’est vite dit, puisqu’il passe surtout son temps à boire et à faire la fête.

Nycthémère, arpenter le jour et la nuit - Par Sylvain Bordesoules - Ed. Gallimard
© Gallimard.

Et quand t’as pris le goût de rêver ta vie, c’est difficile de revenir dedans

Entre deux livraisons chez les bobos du Marais, Sylvain écoute Claude, son collègue, le taquiner joyeusement. Quand il ne travaille pas ou ne traîne pas avec Raph et ses camarades d’école, qu’il exècre, il erre dans les rues de Paname, se laissant aller à ses pensées les plus personnelles. Il regarde le monde bouger autour de lui, scrute les gens et ne manque pas de les juger. C’est avec une constante mélancolie qu’il évoque son quotidien, ses galères, sa famille dont il n’est pas très proche, ainsi que son homosexualité.

Entre le métro et les jardins publics, il s’invente une vie de super-héros, s’imaginant côtoyer d’autres justiciers - exclusivement issus de l’univers de DC Comics, et plus particulièrement de la sombre Gotham, soit dit en passant - avec une certaine proximité.

© Gallimard.

Nycthémère, voilà un titre qui, prononcé à l’oral, en ferait sourciller plus d’un. L’auteur prend soin de le définir en préambule : “n.m. cycle de vingt-quatre heures comprenant un jour et une nuit”. Ainsi, comme il le dit en quatrième de couverture “toute ressemblance avec un juron est purement fortuite”. Ce qui n’est cependant pas fortuit, c’est la ressemblance du récit avec des faits réels, puisqu’il est directement inspiré de la vie de l’auteur. Le protagoniste principal, c’est lui.

Comme son titre peut le laisser présager, l’ouvrage se déroule sur 24 heures, pas une de moins, pas une de plus, et s’étend sur un peu plus de 200 pages. Un sacré exercice. L’immersion dans le quotidien du jeune adulte est ainsi optimale et fluide. Pour autant, ce n’est pas forcément une BD à dévorer en une journée. D’abord, parce qu’elle comporte de nombreux dialogues, mais surtout les nombreuses réflexions du protagoniste qui occupent une place importante au fil des pages.

© Gallimard.

Plus on avance dans le récit de Sylvain, en le suivant de la rue Jeanne d’Arc, à Oberkampf aux bords de Seine, en passant par le Marais, plus on a l’impression d’être présent à ses côtés. Le récit nous invite jusque dans les moments les plus intimes de sa journée : de la douche au pipi, en passant par quelques rapports sexuels. Une narration globale qui relève de l’hyperréalisme. Ce récit nous rappelle au passage que derrière les mines insondables des passants anonymes qui déambulent dans les rues, derrière ces amis discrets qui échangent à peine quelques mots en groupe, se cache tout un monde intérieur que l’on ne peut qu’imaginer. Ce qui se joue dans la tête des gens est souvent bien plus complexe que ce que leur visage peut laisser paraître. À l’image de celui de Sylvain, blasé quasiment tout le long du bouquin. Ainsi, le récit invite à se mettre, l’espace d’une journée, dans la peau d’un autre.

© Gallimard.

Adoptant un style graphique réaliste, le dessinateur travaille, comme à son habitude, aux feutres à alcool, accordant une large place à la couleur directe, avec un effet proche de l’aquarelle. Les gros plans prédominent comme pour accentuer la proximité avec le sujet. En outre, sur fond d’autofiction, Nycthémère dépasse le simple récit intime pour porter un regard sensible sur la société et interroger sur l’égalité des chances, entre autres.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782075223751

Nycthémère est en vente aux éditions Gallimard, pour 28 €.

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