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Retour de la Semaine Will Eisner en France : exposition et rencontres

Par Kelian NGUYEN 22 mars 2026 
Un an après une première édition qui avait marqué les esprits, la Semaine Will Eisner revient en avril avec une programmation qui, cette année, montre une nette montée en puissance. Au cœur de cette édition, l’exposition « Les Guerres de Will Eisner » qui s’inaugure à La Contemporaine à Nanterre (près de Paris) au cœur d’un campus de près de 33 000 étudiants. L’exposition explore des aspects méconnus du pionnier américain du comic book et du roman graphique. Autour de cet événement, rencontres et conférences réunissent des auteurs prestigieux comme Emmanuel Guibert, Jean-Pierre Dionnet, Jean Luc Fromental et Jérémie Drès. Un événement cornaqué par Benjamin Herzberg et Didier Pasamonik.

Célébrée dans bon nombre de pays autour de la date anniversaire de la naissance de Will Eisner (le 6 mars 1917, Eisner nous a quitté en 2005), cette manifestation internationale, placée cette année sous le mot d’ordre « Rêver en grand ! » est aussi un moment de célébration pour le roman graphique. En France, la dynamique engagée l’an dernier se prolonge cette fois jusqu’en avril, témoignant de la vitalité de l’héritage du pionnier du roman graphique, le premier auteur à avoir conféré au Festival d’Angoulême sa dimension internationale.

En effet, le créateur du Spirit est le premier auteur étranger à recevoir le Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 1975, juste après Franquin. Théoricien de la narration séquentielle et figure tutélaire d’une industrie qui a longtemps occupé une place centrale dans la bande dessinée internationale, Eisner exerce jusqu’à aujourd’hui une influence qui se traduit aussi bien dans l’essor du roman graphique que dans la reconnaissance institutionnelle du neuvième art, tandis que les prestigieux Eisner Awards, sont aux USA ce que les Oscars sont au cinéma.

Une exposition-événement à La Contemporaine à Nanterre

Point d’orgue de cette édition française, l’exposition « Les Guerres d’Eisner : Un créateur de BD face à la guerre et à l’antisémitisme » sera présentée à La Contemporaine, bibliothèque, archives et musée des mondes contemporains, à Nanterre, du 16 avril au 3 juillet 2026.

Conçue par Benjamin Herzberg, spécialiste de l’œuvre d’Eisner, ancien assistant de l’auteur et initiateur de la Semaine Will Eisner en France, et Didier Pasamonik, directeur d’ActuaBD, que nos lecteurs connaissent bien, cette exposition s’appuie largement sur des œuvres inédites issues pour une large part de collections privées.

Elle propose en particulier une relecture approfondie du parcours d’Eisner, depuis ses bandes pédagogiques réalisées pour l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux livres de la maturité, les fameux « romans graphiques » qui déconstruisent les mécanismes de la haine.

Le parcours met particulièrement en lumière la manière dont Eisner a transformé la bande dessinée en outil d’analyse du réel et de la transmission mémorielle. Présentée dans le contexte de la commémoration des 80 ans de la Libération, l’exposition souligne également la résonance contemporaine d’une œuvre qui interroge sans relâche la responsabilité de l’artiste face à l’histoire.

• Exposition « Les Guerres d’Eisner » à La Contemporaine – Du du 16 avril au 3 juillet 2026. La Contemporaine - 184 cours Nicole Dreyfus, 92000 Nanterre. Au pied de la station Nanterre-Université du RER A. Entrée libre et gratuite du mardi au samedi de 13h à 19h, du 16 avril au 3 juillet 2026. Infos sur le site de La Contemporaine. Réservation et visites : Tel. 01 40 97 79 00. Vernissage le mercredi 15 avril 2026, sur invitation.

Débats et rencontres autour de l’héritage d’Eisner

Autour de cet événement central, trois rencontres viennent ponctuer la séquence :

• À Paris, le mardi 14 avril 2026 – Rencontre-dédicace, à la Librairie Les Merveilles de 19h à 21h30 : « L’aventure éditoriale de Will Eisner »

La librairie de bande dessinée indépendante Les Merveilles à Ménilmontant proposera une soirée consacrée à la réception de l’œuvre d’Eisner en France, imposant le vocable de « roman graphique ». Benjamin Herzberg dialoguera avec Jean-Pierre Dionnet, producteur, scénariste, journaliste, animateur TV, éditeur de bande dessinée et co-créateur des Humanoïdes Associés et du journal Métal Hurlant, ainsi qu’avec Jean-Luc Fromental, éditeur de bande dessinée chez Denoël Graphic, scénariste de BD, (notamment de la série Blake et Mortimer), le dessin animé, le cinéma et la TV, journaliste, traducteur, auteur de livres jeunesse et romancier. Tous deux ont été les premiers initiateurs du roman graphique en France. L’animation sera assurée par Didier Pasamonik, lui-même éditeur d’Eisner dans le cadre des éditions Magic-Strip.

Librairie Les Merveilles, 35 rue de Ménilmontant, 75020 Paris. Rencontre de 19h à 21h30. Réservation obligatoire : Sur le QR code ci-dessous, sur ce lien ou encore par mail (librairie@librairiemerveilles.com) ou par téléphone au 01 86 04 60 82.

• À Paris, le Jeudi 16 avril 2026 – Paris, Rencontre-dédicace : « Bande Dessinée, lieu de mémoire »

À la Bibliothèque de l’Alliance israélite universelle aura lieu un moment particulièrement attendu de cette programmation : une table ronde réunissant plusieurs figures majeures du roman graphique contemporain autour du thème de la bande dessinée comme lieu de mémoire. L’invention du roman graphique a permis l’émergence d’une thématique nouvelle apparue dans le 9e Art avec Gen d’Hiroshima de Keiji Nakasawa (1973) : le discours mémoriel. D’Un Pacte avec Dieu de Will Eisner (1978) au Maus de Spiegelman (1980), de Persepolis de Marjane Satrapi (2000) à La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert (2000), L’Arabe du Futur de Riad Sattouf (2014), jusqu’aux Fantômes de la rue Freta de Jérémie Dres (2025), la bande dessinée est devenue un lieu de mémoire, tel que le définit Pierre Nora : un support matériel porteur de valeurs symboliques de « mémoire collective du passé ».

Est-il pour autant porteur d’une version déterminée de l’histoire ? C’est le sujet du débat auquel participeront Emmanuel Guibert, Grand Prix d’Angoulême et membre de l’Académie des Beaux-Arts, dont l’œuvre explore avec une intensité singulière les liens entre témoignage, histoire et narration dessinée. Il dialoguera avec Jérémie Dres, auteur à l’approche très fine dont les livres mêlent enquête, autobiographie et réflexion sur l’identité et la transmission. À leurs côtés, interviendront Didier Pasamonik et Benjamin Herzberg qui parleront du cas de Will Eisner. Le débat sera animé par Jean-Claude Kuperminc.

Table ronde « Bande Dessinée, lieu de mémoire » à l‘auditorium de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, 6 bis rue Michel-Ange, 75016 Paris. Rencontre de 19h30 à 21h00 suivie d’une séance de dédicaces. Inscription : 01 02 03 04 05 06 ou en ligne SUR CE LIEN

• À Trouville-sur-Mer, le jeudi 23 avril 2026 : « Will Eisner : un géant de la bande dessinée face à la Seconde Guerre mondiale et à l’antisémitisme ».

Alors que la Normandie attire chaque année de nombreux passionnés d’histoire, cette rencontre propose une découverte vivante et accessible d’un auteur majeur du XXe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Will Eisner a réalisé des bandes dessinées de prévention pour les soldats. Des décennies plus tard, il utilisera ce même médium pour dénoncer l’antisémitisme et interroger la construction des préjugés. À travers images rares et anecdotes personnelles, Benjamin Herzberg montrera comment la bande dessinée peut devenir un puissant vecteur de mémoire et de transmission. Rencontre organisée par la librairie L’Usage du Papier, en écho à l’exposition « Les Guerres d’Eisner » présentée à La Contemporaine.

Hôtel des Cures Marines – Salon Eiffel, 19h-21h. Réservation auprès de l’Office de tourisme.

Une célébration appelée à s’inscrire dans la durée

Comme on le voit, en fédérant institutions culturelles, librairies indépendantes et auteurs de premier plan, la Semaine Will Eisner confirme sa vocation : inscrire durablement en France le roman graphique et la bande dessinée comme outils de transmission d’un héritage qui continue de nourrir les formes les plus vivantes du neuvième art. Car plus de vingt ans après sa disparition, l’œuvre d’Eisner continue de porter des valeurs essentielles d’humanisme et de partage qui rayonnent au fil du temps, au-delà des frontières.

Par Kelian NGUYEN

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