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On n'a pas aimé
30 septembre 2026
L’objet du livre est pourtant digne du plus grand intérêt. Il s’agit de mettre en lumière les souffrances de civils innocents victimes d’une guerre qui les écrase, coincés entre les bombardements israéliens et les injonctions d’un groupe terroriste qui se sert d’eux comme boucliers humains.
L’idée est de rassembler tout un ensemble de témoignages précis pour dépeindre une guerre à hauteur d’hommes et de femmes dont l’unique but est de survivre, de se protéger et de trouver de quoi se nourrir et nourrir sa famille. Les textes écrits sont complétés par des récits dessinés. À ce titre, on ne peut que louer la qualité graphique de Joe Sacco et son art du séquençage et de la mise en page, variant les plans et éclatant les codes de la planche de BD classique. Mais là s’arrêtent les qualités du livre qui, dans la forme comme dans le fond, pose de réels problèmes.
Dans la forme tout d’abord, un lecteur de BD s’attend à lire de la BD, d’autant plus si elle parait chez un éditeur reconnu pour la qualité de ses romans graphiques. Sur les 160 pages que contient l’ouvrage, seule une quarantaine sont dessinées. On peut alors s’attendre à des planches qui rajoutent des éléments à ce que racontent les textes. L’espoir s’évapore à leur lecture. Elles ne font que répéter ce que maintes fois les témoignages écrits racontent. Les textes quant à eux ne constituent qu’une succession de récits d’horreurs sans analyse ni prise de recul, sans source ni contextualisation. Ils n’ont pour unique but que d’appuyer, par la répétition incessante, l’idée des auteurs : Israël commet un « génocide » à Gaza sous les yeux d’une communauté internationale qui laisse faire.
Car dans le fond, le bât blesse également. Et c’est peut-être là que se joue le véritable souci posé par ce roman non-graphique. À force d’asséner qu’Israël tout entier commet un « génocide » sans aucune nuance quant à ce terme, les auteurs perdent en crédibilité, surtout quand ils écrivent que toute la société israélienne sans exception est génocidaire. Quid du droit international qui affirme que seul des juristes ou des cours de justice pénale peuvent coller cette qualification à un acte ? Quid de l’opposition en Israël au gouvernement actuellement en place ? Quid des massacres commis le 7 octobre 2023 ?
Tout cela est balayé d’un revers de manche. Pour appuyer leur propos, les deux auteurs adoptent une technique qui vise à polariser l’histoire de ce conflit. D’un côté, on trouve Israël qu’ils nazifient : ils parlent de « milice juive », de « solution finale », de « déportations », de « camps »... De l’autre, le Hamas est dépeint de façon presque élogieuse : ses membres sont de simples « combattants » qui se défendent. Ils évoquent un groupe qu’on « diabolise » et qui est « présenté comme un groupe terroriste ». La nuance est symptomatique d’une pensée qui a tout de même mené quelques personnalités devant les tribunaux pour apologie de terrorisme…
Mais pourquoi qualifier le Hamas de groupe terroriste quand on voit que les auteurs font preuve d’un flagrant négationnisme lorsqu’ils évoquent le 7 octobre ? Ils dénoncent « les mensonges israéliens amplifiés par les médias occidentaux […]. Des bébés décapités. Des bébés cuits dans des fours. Des viols de masse imputés au Hamas […] ». Quid des terribles images des massacres commis par le Hamas et filmés par ses propres combattants ? Qui des otages morts et quid de ceux revenus dans un état famélique et traumatisés ? Rien ! Absolument rien n’est évoqué à ces sujets.
Passons ensuite sur la critique des médias, forcément tous en lien avec les pouvoirs étatiques et, de ce fait, corrompus. Passons sur la critique des états qui soutiennent le « génocide » (rappelons quand même que Sacco et Hedges sont planqués en Égypte et aux États-Unis quand ils reçoivent les témoignages) et, si on a encore le courage, abordons la dernière partie du livre intitulée Résistance (hasard du choix ?).
On y atteint le summum, ce qu’on peut faire de pire dans la déformation historique. Ce chapitre vise à démontrer le caractère intouchable de l’état d’Israël et de sa politique « génocidaire » parce que les Juifs ont connu la Shoah. Ce crime ultime protégerait l’État hébreu de toute critique et de toute intervention étrangère sous prétexte que six millions de Juifs ont été assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale. Les auteurs vont même plus loin en affirmant que ce crime inédit dans l’histoire permettrait aux Israéliens de commettre eux-mêmes un génocide sans être inquiétés par la communauté internationale. Les rôles sont inversés !
Ils finissent par dire que seuls les Juifs bénéficient d’une mise en avant surdimensionnée de leur mémoire alors que d’autres peuples ont subi les mêmes tragédies et rien n’est fait pour parler d’eux.
La situation de Gaza et du peuple palestinien est dramatique. Les crimes de guerre, voire contre l’Humanité, commis d’un côté comme de l’autre sont indéniables. La riposte israélienne est disproportionnée et des chefs d’États et de guerre devront rendre compte devant la justice internationale des méfaits commis depuis de trop nombreuses années.
Il faudra des années, des dizaines d’années pour qu’un jour, peut-être, les communautés puissent vivre ensemble. Peut-être aussi n’y arriveront-elles jamais. Mais un tel ouvrage réussira à ne rien faire d’autre qu’approfondir le fossé entre les partisans d’un camp et ceux de l’autre et n’arrangera absolument rien à une situation déjà compliquée qui résonne dans nos sociétés.
Par Romain BLANDRE
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