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Tolkien, le magicien des mots : le voyage d’Earendil

Par Sévan DUDOGNON Bon 11 septembre 2026 
Qui ne connaît pas l’aventure qui poussa Frodo à quitter sa Contrée pour traverser les vastes espaces de la Terre du Milieu afin de jeter l’Anneau Unique dans la gorge de la Moria et défaire ainsi à jamais le Noir Seigneur ? De cette trilogie vendue à plus de 150 millions d’exemplaires à travers le monde, John Ruald Reunald Tolkien a à jamais changer non pas la simple histoire de la Fantasy, mais bien le monde. Ou en tout cas, celui de la culture populaire.

Dans cet album, Chantal Van Den Heuvel nous transporte à travers les couloirs du temps, nous faisant remonter de l’enfance de ce jeune prodige, déjà passionné par l’onctuosité avec laquelle les langues sonnaient à ses oreilles, jusqu’à sa mobilisation sur le front durant la Première Guerre mondiale et sa titularisation à une chaire à Oxford, avant de terminer par la publication de son Magnum Opus, Le Seigneur des Anneaux.

Tolkien, le magicien des mots : le voyage d'Earendil
© Futuropolis

Toute sa vie durant, Tolkien a moissonné les contes et les légendes de l’Europe. Durant plus de 60 années de labeurs acharnés, il excava les vieilles runes de langues mortes dans l’espoir de saisir ce qui pouvait les unir à une terre et son peuple, s’amusant par la même occasion à tisser les siennes. Comme lui murmura sa femme : « Une langue ne flotte pas dans le vide. Il faut des êtres qui la parlent. »

Au-delà de ce travail de recherche et de reconstitution ramassé, serpente une romance. La poignante histoire d’amour entre Beren et Luthien. Deux surnoms que l’on peut trouver gravés sur la tombe des deux amants, tirés d’un de ses plus beaux poèmes, lequel narre un amour immortel entre un bandit et une Elfe.

Femme de l’ombre, comme il était de coutume en ce temps, Edith Tolkien porta son mari et l’aida à enfanter ses visions de par sa présence et sa longue patience. Aimante, jalouse, protectrice et mère, l’autrice lui offre une place essentielle dans la vie de notre cher professeur.

© Futuropolis

Or, Tolkien ne puisait pas uniquement l’inspiration dans son foyer. Derrière ses écrits hantent également les fantômes du TCBS, ce petit cercle d’amis avec lesquels le jeune homme partageait la même fièvre de la poésie, de la littérature et de la création. La guerre viendra hélas briser ce monde d’adolescents rêveurs. Plusieurs de ses compagnons tomberont au front, laissant chez l’auteur une blessure dont il ne cessera de porter la marque. Son œuvre peut alors se lire entre les lignes comme la tentative obstinée de faire survivre leurs voix, de leur offrir une forme d’éternité. Faire advenir un nouveau monde tandis que le nôtre était sur le point de s’écrouler.

De son côté, Henrik Rehr nous lègue un dessin où il prend plaisir à superposer l’existence du philologue à celle de ses créations. Si bien qu’une simple randonnée sur les flancs d’une montagne suisse et son éboulement peuvent se retrouver, en un écho inattendu, dans le périple de la Communauté à travers les montagnes qui ceignent la Moria. De même que ces panoramas horrifiques propres à la guerre des tranchées, ces amitiés brisées et les deuils qui semblent affleurer derrière le règne de Sauron et la bataille de Minas Tirith.

© Futuropolis

Néanmoins, le récit, tout comme le dessin et la pagination, reste somme toute programmatique, avançant sagement d’une étape biographique à l’autre. Mais pour qui aime Le Seigneur des Anneaux et s’intéresse au processus créatif, il offre un certain plaisir : celui d’observer une existence passée à labourer les mythes pour faire naître un monde.

Un monde merveilleux, justement, capable de nous arracher à la laideur du nôtre. Tolkien, qui deviendra malgré lui une figure de la contre-culture, croyait à la nécessité du merveilleux. A ses yeux, un univers qui ne croit plus aux géants ni aux dragons, c’est-à-dire délaisse la part du rêve, ne peut courir bien loin.

Si Tolkien rêvait d’offrir à l’Angleterre une mythologie qui lui faisait défaut, c’est chose faite. Et avec flamboyance. En exhumant les contes anciens, au premier chef desquels les 3000 vers du poème de Beowulf, il a patiemment bâti sa propre geste arthurienne, déliée des dogmes chrétiens, dans l’espoir d’accéder à une vérité plus large.

Par Sévan DUDOGNON

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Code EAN : 9782754843362
Futuropolis ✍ Chantal Van den Heuvel ✏️ Henrik Rehr Biographie
 
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