Les Quatre Fleuves - par Vargas et Baudoin - Futuropolis

Par Romain BLANDRE Favori de la rédaction 2 février 2026 
Pour le 25e anniversaire de la première édition de ce roman graphique policier sorti chez Viviane Hamy, Futuropolis republie dans une belle version de ce travail collaboratif qui a vu s’associer l’écrivaine Fred Vargas et son conjoint de l’époque, le dessinateur Edmond Baudoin. L’occasion pour les uns de découvrir et pour les autres de retrouver le style graphique de Baudouin et les personnages hauts en couleurs de Vargas.

Tout commence par un larcin. Deux petites frappes, Grégoire Braban et son ami Vincent ont choisi leur cible : un vieux bonhomme qu’ils observent depuis un moment dans le quartier parisien qu’il fréquente. Vincent est à moto, Grégoire circule en roller. Alors qu’ils suivent leur victime et que cette dernière s’apprête à rentrer chez elle, les deux jeunes passent à l’action et parviennent à arracher la sacoche que porte le vieux. Sauf que ce qu’elle contient va entrainer Grégoire dans une histoire qui va lui échapper...

Les Quatre Fleuves - par Vargas et Baudoin - Futuropolis

Trente-mille balles ! C’est ce que Vincent retrouve dans la musette dérobée. Le tout en petites coupures de 500 francs (on n’est pas encore à l’ère de l’euro). C’est le pactole ! Mais en continuant de fouiller, d’autres objets interpellent le voleur : des vieux livres aux couvertures inquiétantes, des feuillets et des cartes aux symboles étranges, des mèches de cheveux, un flacon contenant un liquide noir et épais et des fragments de dents… Vincent appelle son compère pour le prévenir et lui donner rendez-vous. Quelques heures plus tard, Grégoire découvre le cadavre de son ami dans son appartement. Il a été sauvagement assassiné. Sur son corps, de drôles de marques ont été réalisées, certainement à l’aide d’un objet particulièrement tranchant. Grégoire quitte en trombe l’appartement et, d’une cabine téléphonique, prévient la police.

C’est le commissaire Adamsberg, l’une des stars de Fred Vargas, qui se saisit de l’affaire. Cet anti-héros est interpelé par les marques tracées sur la victime. Avec le non moins anti-héros Danglard, adjoint autodidacte et hypermnésique qui sait tout sur tout, ils font immédiatement le lien avec une affaire ancienne et irrésolue : celle du Bellier, un meurtrier psychopathe qui avait tué plusieurs personnes il y a quelques années de cela et qui traçait, lui-aussi, des symboles astrologico-occultes sur le corps de ses victimes.

S’ensuit une course contre la montre entre les inspecteurs de police qui tentent de retrouver Grégoire, qui a pris la fuite pour se planquer, et le tueur qui veut retrouver le voleur afin de récupérer sa sacoche et ce qu’elle contient. Il est animé par le désir d’ abattre sur lui sa terrible vengeance.

Quel bonheur de retrouver ce qui a fait la force et l’intérêt des tout premiers romans de Fred Vargas : une intrigue qui happe immédiatement le lecteur et qui l’empêche de reposer le livre avant qu’il ne soit terminé et que l’affaire soit résolue ; mais aussi des personnages très attachants par leurs particularités hors-normes et décalées. Les trois fils de la famille Braban, par exemple, ne manquent jamais la moindre occasion pour ramasser des cannettes de bière en aluminium et les capsules de bouteilles pour les donner à leur père (qui n’est le père que de l’un d’eux) afin que ce dernier les assemble pour réaliser le chef-d’œuvre de sa vie : une reproduction métallique de la fontaine du Bernin de Rome.

Par un trait noir profond et unique en son genre, Baudoin met en image ce polar en l’[e]ancrant dans le territoire parisien si caractéristique des intrigues de Fred Vargas. L’association des deux artistes confèrent ses lettres de noblesse à ce style que, depuis Will Eisner, on nomme roman graphique et fait taire toutes celles et tous ceux qui remettent en question ce terme.

Une seconde nouvelle, plus courte mais toute aussi excellente, met en scène un vendeur d’éponges, témoin d’un crime commis contre une personnalité de la haute société. Ici encore, ce n’est plus l’assassinat et l’enquête qui font la force du récit, mais une galerie de personnages atypiques qui évoluent dans leur territoire que Baudoin s’approprie avec majesté.

Par Romain BLANDRE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782754846448
Futuropolis ✏️ Edmond Baudoin à partir de 13 ans Policier, Thriller France Rome
 
Participez à la discussion
9 Messages :
  • Baudoin est un immense dessinateur. mais il est plus que ça : un pont, un trait d’union entre la bande dessinée des années 80 et celle des années 2000. Entre les éditeurs indés et les boites mainstream. Il incarne avant beaucoup d’autres la vitalité de la bande dessinée contemporaine. Bref, par sa persévérance, son intégrité, sa singularité et surtout par la puissance infatigable de son trait, Baudoin est un des plus grands auteurs, toujours moderne et déjà classique

    Répondre à ce message

    • Répondu par Julien le 3 février à  09:53 :

      Tout ce que j’avais sur le cœur est ici dit et bien dit...
      Ce que c’est "BEAU" du Baudoin,m**de !!!
      La rencontre parfaite entre un Aleschinsky, Nicolas de Stael et un Munoz épousant toutes les grâces de Ana Brandoli...
      Grand livre.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 5 février à  13:26 :

        Sauf que Baudouin a depuis bien longtemps quitté les rivages de la BD pour ceux de l’art conceptuel. Son travail devient de moins en moins accessible au grand public, et l’art, ç’est de s’adresser au plus grand nombre. Toute quête à son revers.

        Répondre à ce message

        • Répondu le 5 février à  18:13 :

          "l’art, ç’est de s’adresser au plus grand nombre" C’est la perle de la semaine, ça. Non, c’est l’industrie qui espère vendre au plus grand nombre, ça n’a jamais été le rôle de l’art. Baudouin n’a jamais fait de la BD populaire, et n’a jamais appartenu à l’industrie de la BD.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 6 février à  10:12 :

            De tout temps, l’art à été tourné vers le plus grand nombre dans un but informatif, politique, spirituel, etc… Lascaux ou Notre-Dame, pour ne prendre que deux exemples. C’est l’industrialisation au XIX siècle qui a rendu l’art plus mercantile. Quant à Baudouin, comme tout le monde à ses débuts, il a fait de la BD, relisez « Le premier voyage » 1987 ou « La danse devant le buffet » 1985, dans la veine de Comès ou Muñoz qui œuvraient aussi à la même époque.

            Répondre à ce message

            • Répondu le 6 février à  13:36 :

              Il a fait de la BD, et comment ! Mais il n’a jamais vendu beaucoup d’albums, ni souhaité faire de la BD commerciale pour toucher le plus de monde possible. Munoz non plus, d’ailleurs.

              Répondre à ce message

            • Répondu le 6 février à  13:38 :

              L’art est devenu mercantile dès que le commerce a existé. C’est vieux comme le monde. La vie d’un peintre sous la Renaissance, c’est d’abord et avant tout la recherche d’un sponsor. L’art n’a jamais été rentable, sauf pour les marchands qui se sont très vite enrichi au détriment des artistes.

              Répondre à ce message

        • Répondu le 6 février à  09:37 :

          "Baudouin a depuis bien longtemps quitté les rivages de la BD " ? Heu... hein ? C’est précisément un auteur prolifique, régulier, qui enchaîne les collaborations et les livres en solo !

          Répondre à ce message

      • Répondu le 6 février à  09:33 :

        Wahou ! Quelqu’un qui se souvient de Ana Brandoli, bravo !

        Répondre à ce message

CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Romain BLANDRE  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques