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2 février 2026
Tout commence par un larcin. Deux petites frappes, Grégoire Braban et son ami Vincent ont choisi leur cible : un vieux bonhomme qu’ils observent depuis un moment dans le quartier parisien qu’il fréquente. Vincent est à moto, Grégoire circule en roller. Alors qu’ils suivent leur victime et que cette dernière s’apprête à rentrer chez elle, les deux jeunes passent à l’action et parviennent à arracher la sacoche que porte le vieux. Sauf que ce qu’elle contient va entrainer Grégoire dans une histoire qui va lui échapper...
Trente-mille balles ! C’est ce que Vincent retrouve dans la musette dérobée. Le tout en petites coupures de 500 francs (on n’est pas encore à l’ère de l’euro). C’est le pactole ! Mais en continuant de fouiller, d’autres objets interpellent le voleur : des vieux livres aux couvertures inquiétantes, des feuillets et des cartes aux symboles étranges, des mèches de cheveux, un flacon contenant un liquide noir et épais et des fragments de dents… Vincent appelle son compère pour le prévenir et lui donner rendez-vous. Quelques heures plus tard, Grégoire découvre le cadavre de son ami dans son appartement. Il a été sauvagement assassiné. Sur son corps, de drôles de marques ont été réalisées, certainement à l’aide d’un objet particulièrement tranchant. Grégoire quitte en trombe l’appartement et, d’une cabine téléphonique, prévient la police.
C’est le commissaire Adamsberg, l’une des stars de Fred Vargas, qui se saisit de l’affaire. Cet anti-héros est interpelé par les marques tracées sur la victime. Avec le non moins anti-héros Danglard, adjoint autodidacte et hypermnésique qui sait tout sur tout, ils font immédiatement le lien avec une affaire ancienne et irrésolue : celle du Bellier, un meurtrier psychopathe qui avait tué plusieurs personnes il y a quelques années de cela et qui traçait, lui-aussi, des symboles astrologico-occultes sur le corps de ses victimes.
S’ensuit une course contre la montre entre les inspecteurs de police qui tentent de retrouver Grégoire, qui a pris la fuite pour se planquer, et le tueur qui veut retrouver le voleur afin de récupérer sa sacoche et ce qu’elle contient. Il est animé par le désir d’ abattre sur lui sa terrible vengeance.
Quel bonheur de retrouver ce qui a fait la force et l’intérêt des tout premiers romans de Fred Vargas : une intrigue qui happe immédiatement le lecteur et qui l’empêche de reposer le livre avant qu’il ne soit terminé et que l’affaire soit résolue ; mais aussi des personnages très attachants par leurs particularités hors-normes et décalées. Les trois fils de la famille Braban, par exemple, ne manquent jamais la moindre occasion pour ramasser des cannettes de bière en aluminium et les capsules de bouteilles pour les donner à leur père (qui n’est le père que de l’un d’eux) afin que ce dernier les assemble pour réaliser le chef-d’œuvre de sa vie : une reproduction métallique de la fontaine du Bernin de Rome.
Par un trait noir profond et unique en son genre, Baudoin met en image ce polar en l’[e]ancrant dans le territoire parisien si caractéristique des intrigues de Fred Vargas. L’association des deux artistes confèrent ses lettres de noblesse à ce style que, depuis Will Eisner, on nomme roman graphique et fait taire toutes celles et tous ceux qui remettent en question ce terme.
Une seconde nouvelle, plus courte mais toute aussi excellente, met en scène un vendeur d’éponges, témoin d’un crime commis contre une personnalité de la haute société. Ici encore, ce n’est plus l’assassinat et l’enquête qui font la force du récit, mais une galerie de personnages atypiques qui évoluent dans leur territoire que Baudoin s’approprie avec majesté.
Par Romain BLANDRE
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