Moyen
19 mai 2025
Quand, en 2006, paraissait le premier tome de Paroles de poilus, nous l’avions accueilli avec enthousiasme, tant le petit ouvrage originel qui compilait les lettres des combattants de la Première Guerre mondiale, lu par une grande majorité des élèves de collège, était d’un aspect un peu rébarbatif. L’idée de confier ces textes à des auteurs de BD apportait un vent de fraîcheur à ce classique aux couvertures peu avenantes. Enfin, des auteurs illustraient et donnaient forme aux mots et aux maux des soldats qui souffraient dans les tranchées.
Pour commémorer les 90 ans de la terrible bataille qui opposa, pendant dix mois, les troupes françaises aux armées allemandes dans la Meuse, Soleil compilait, sous la houlette de Jean-Pierre Guéno, dans Paroles de Verdun, les adaptations en BD de lettres écrites sur le champ de bataille.
Est-ce pour célébrer la mémoire de tous les hommes qui ont souffert pendant le premier conflit mondial que Soleil réédite cette compilation, 110 ans après le début de la guerre, ou pour remettre à l’ordre du jour trois albums qui furent certainement un succès éditorial lors de leur sortie initiale ? La question reste en suspens. En tout cas, ces Paroles ont été remaquettées et leur format réduit.
Et c’est bien là que le livre connaît un premier écueil, car on perd un peu de la force de certains travaux et de certains textes par rapport au grand format initial, d’autant plus que les textes et les dessins de certains épisodes, trop petits ou superposés à des planches trop sombres, restent difficiles à lire. Compiler en un seul volume toutes ces lettres et leur interprétation dessinée confère à la lecture un caractère très (trop) répétitif. Le lecteur se lasse assez vite et pose régulièrement le livre pour lire autre chose. Enfin, la contrainte imposée, certainement, à chacun des artistes de se limiter à quelques planches pour représenter des récits parfois longs limite l’immersion réelle du lecteur dans ces tranches de vie racontées à hauteur d’homme, nécessaires pour comprendre ce qu’a été la Première Guerre mondiale.
On l’aura bien compris, on ressort un peu déçu de ce gros volume. Le tome 1 a clairement mal vieilli. Mais mentionnons tout de même de très belles adaptations de Juan Giménez, Christian De Metter, ou celle de Frédéric L’Homme et Régis Penet, pleine de métaphores particulièrement intéressantes à décrypter avec un jeune public. Le deuxième tome est beaucoup plus abouti et intéressant. Intitulé « Mon papa en guerre », il est consacré aux enfants. On y comprend comment, à travers les lettres écrites par ces derniers à leur père au front, ils subissent l’influence de la propagande. D’autres épisodes font état du manque ressenti par les soldats et mettent en scène de très jeunes hommes au front. La dernière partie, sur la bataille de Verdun, rassemble des auteurs plus connus : David B., Chabouté, ou encore Rabaté. Là encore, les productions souffrent des contraintes de l’exercice, mais également des interprétations souvent très particulières, parfois si personnelles qu’elles en deviennent difficilement compréhensibles.
Comme dans toute compilation, les réalisations sont inégales, mais offrent un large panel susceptible de satisfaire une diversité de goûts et de sensibilités.
Par Romain BLANDRE
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