"Le Château des étoiles", Prix ActuaBD de l’album de l’année 2024

Par Jacques LOBE 13 décembre 2024 
Comment départager un "meilleur album" alors que la production de la bande dessinée, du Cas David Zimmerman, en passant par Deux Filles nues de Luz, la variation Disney de Pothier et Batem Un Travail pour Fantomiald ou encore le 108e tome de One Piece ? Ce sont tous d'excellents titres qui ont défrayé l'actualité pour des raisons différentes, parmi des centaines de belles sorties et ce peu importe le genre. Chaque année, la rédaction d'ActuaBD se concerte afin de décerner le Prix ActuaBD de l'album de l'année. Après une sélection de 60 titres, deux tours ont départagé la bande dessinée qui succéde à Une Nuit avec toi de Maran Hrachyan (Glénat).

C’est le septième volume du Château des Étoiles (Rue de Sèvres), dessiné par Alex Alice, qui remporte le prix pour 2024. L’œuvre a séduit nos rédacteurs, notamment Romain Garnier qui loue la qualité romanesque de l’ouvrage dans sa chronique : « Là où certains tombent dans le piège de l’opus inutile et le remplissage mal venu, l’auteur bâtit un scénario savamment rythmé où aucune case n’est inutile. Le temps nécessaire est pris pour que tout soit développé au mieux, ni plus ni moins. ».

Après sept volumes, l’auteur ne se perd pas dans son univers « vernien » mêlant l’aventure et la géopolitique spatiale. Bien au contraire. En plus de le développer, il nous fait rêver avec ses dessins à l’aquarelle dépeignant l’espace et nous laissant bouche bée.

« C’est une bonne idée, renchérit Didier Pasamonik. Ce développement original qui s’inscrit dans la droite ligne des oeuvres d’Albert Robida [1] est une excellente bande dessinée de genre, ce qui démontre que ce segment du marché est loin d’avoir rendu les armes. »

Certes l’album d’Alex Alice est sorti victorieux des débats, mais trois autres titres auraient pu le coiffer au poteau, ce qui montre la diversité des appérciations de l’équipe. Parmi eux, on trouve Le Cas David Zimmerman (Sarbacane) des frères Lucas et Arthur Harari. Impossible de le louper, avec sa silhouette sur fond vert en couverture - simple et efficace. Il s’agit d’un homme qui se retrouve dans le corps d’une femme, avec qui il a fait l’amour la veille. Le retour dans son corps s’annonce plus compliqué que prévu, car une autre personne l’occupe. Si le récit peut paraître étrange a priori, voire dérangeant, c’est surtout un ouvrage ambitieux sur « un homme en quête de son corps et de son identité » qui a plu à Philippe Lebas. Le roman graphique nous offre de belles planches illustrant la ville de l’amour, Paris.

Le second album partageant la deuxième marche du podium c’est Sa Majesté des mouches (Dargaud). Le titre vous est sûrement familier, puisqu’il s’agit de l’adaptation du livre de William Golding et ce 70 ans après sa sortie - joyeux anniversaire. L’histoire suit une bande de jeunes Anglais qui, suite à un crash d’avion, se retrouvent sur une île. Ajoutez à cela des tensions menant à la création de deux factions, semblables à celles dans Koh Lanta, et vous obtenez un histoire sombre et violente. Pas étonnant que Philippe Lebas dise dans sa chronique : « On passe ainsi du paradis à l’enfer en quelques planches, souvent pleine-page ». La dessinatrice néerlandaise Aimée de Jongh apporte une certaine douceur à ce récit âpre, avec son trait pouvant faire penser à un ouvrage jeunesse.

Dargaud s’offre un doublé argenté, avec Peter Pan dans les jardins de Kensington de José-Luis Munuera, d’après le récit féérique de James Matthew Barrie. Si vous vous êtes déjà demandé qui était “l’enfant qui ne peut pas grandir” avant l’histoire connue de tous, ce livre est fait pour vous. Même si l’on peut trouver des allusions aux personnages de Wendy et Capitaine Crochet ou bien à Neverland, l’illustrateur crée un préquel à ce chef d’oeuvre de la littérature mondiale. Ses dessins charment les lecteurs - dont notre chroniqueur Jessy Lemesle -, qui plongent avec délectation dans ce merveilleux conte rempli de créatures en tous genres.

Enfin, le dernier finaliste n’est autre que le roman graphique d’Alix Garin, Impénétrable (Le Lombard). L’autrice belge signe un album profond et touchant sur le thème du vaginisme, dans lequel elle se cherche et se dévoile. Certes l’ouvrage se veut autobiographique avec des propos sincères, mais il arrive aussi à diffuser son message à l’aide de fines analogies avec des dessins d’une certaine douceur qui apportent de la légèreté au propos. Kelian Nguyen ne manque pas de le faire remarquer dans sa chronique.

Voici donc les cinq meilleurs qui ont enchanté nos journalistes. Il n’y a rien à jeter dans ces cinq titres qui vous offriront de bonnes heures de lecture.

Toute la rédaction vous souhaite de bonnes et joyeuses fêtes de fin d’année !

Par Jacques LOBE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782810208241

[1] Albert Robida (1848-1926) est un (excellent) dessinateur et romancier visionnaire qui imagine au XIXe siècle comment la guerre se développera au siècle suivant avec une préscience technologique remarquable. Il évoque, parfois plus d’un siècle de distance des inventions comme la télévision, les visioconférences, l’écran plat géant, le home cinéma, le téléphone et une forme d’Internet, les voitires et les transports urbains volants, une préfiguration du TGV, etc.

Dargaud Le Lombard Rue de Sèvres Sarbacane ✍ Arthur Harari ✏️ Alix Garin ✏️ Aimée de Jongh ✏️ Jose Luis Munuera ✏️ Lucas Harari ✏️ Alex Alice France Prix 🏆 Prix ActuaBD de la meilleure BD de l’année
 
Participez à la discussion
1 Message :
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Jacques LOBE  
A LIRE AUSSI  
Actualité