Fils d’architectes (ses deux parents, Aline et Jean, exercent cette profession), petit fils du comédien quasiment culte Arthur Harari qui a joué dans plus de 200 films des plus grands réalisateurs français de l’après-guerre, benjamin d’une fratrie d’artistes également versée dans le cinéma (Arthur, l’aîné et son coscénariste sur cet album, est réalisateur et scénariste, notamment d’Anatomie d’une chute, excusez du peu ; le puîné, Tom, est quant à lui un chef opérateur apprécié), Lucas Harari a vécu dans un environnement où l’on sait ce que c’est de raconter des histoires et dans des murs conçus et dessinés par ses parents. C’est singulier.
Son parcours scolaire est celui d’une double formation dans la lignée de cet héritage : en arts graphiques et en architecture. Sa ligne claire, construite sur de mystérieuses lignes de fuite, ses façades marquées d’étrangeté qui nous montrent un Est de Paris fuyant le standard haussmannien, ses décors tracés au cordeau constellés de marqueurs très contemporains (mouvement #MeToo, colères sociales, Palestine…), ne bâtissent pas seulement un univers qui vibre par ses références esthétiques, mais aussi une trame vertigineuse et fantastique que l’on n’attend pas dans cet environnement. L’album, sans surprise, a fait sensation.
Dans L’Idiot de Dostoïevski, lorsque le prince Mychkine se rend chez les Épantchine accompagné de son compagnon de voyage Rogojoïne, il repère la demeure de ses futurs protecteurs parce qu’ « elle leur ressemble ». Accrochées au mur de la Galerie Barbier selon une organisation minutieuse, les planches de Lucas Harari ressemblent à leur auteur : élégant, discret, précis, intelligent. On sera content de retrouver l’artiste aux Rencontres Chaland début octobre, dont il est un des principaux invités.
Druillet, son talent monstre
Nous sommes en 1958, gothique avant l’heure, Philippe Druillet découvre dans Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher avec Christopher Lee dans le rôle-titre, l’iconique monstre suceur de sang de Bram Stoker. C’est à la fois kitsch et flamboyant.
Dans sa carrière de dessinateur, Druillet croisera souvent le comte maléfique, illustrant l’ouvrage en 1969 dans sa version publiée par les éditions Opta. Il multiplie les affiches pour les films de son ami Jean Rollin qui croise dans les mêmes eaux, tandis que le libraire-galeriste Jean Boullet qui est le premier à exposer ses planches de BD dans les années 1960, lui-même dessinateur, en propose une version homo-érotique inspirée par l’acteur Jean Marais.
Ce thème qui le hante le poursuivra toute sa vie et la Galerie Barbier a l’idée d’en faire un fort volume de 504 pages à tirage limité, mis en financement participatif (réussi) sur Ulule. On y trouvera, outre le roman de Bram Stoker et ses 11 illustrations originales, les dessins et peintures dédiés à ce motif entre 1962 et 2018, le travail préparatoire à son Nosferatu (1989), enfin ses échanges avec Rollin et Boullet dont il fut proche.
Et puis, comme dirait l’autre, « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » : une série d’hommages complète la somme. Ils sont signés : Dimitri Avramoglou, François Avril, Charles Berberian, Dominique Bertail, Enki Bilal, Blutch, Marc Caro, Florence Cestac, Olivier Ledroit, Liberatore, Catherine Meurisse, Jean-Michel Nicollet, Riad Sattouf et Vince. Quel cortège !
La rentrée de la Galerie Barbier, c’est clair, c’est costaud, malin, marquant. Si vous êtes ne fût-ce que momentanément parisien, allez-y voir, ça vaut le détour.
Voir en ligne : LA CAMPAGNE DRUILLET SUR ULULE
Par Didier PASAMONIK
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L’exposition de Lucas Harari à la Galerie Barbier se tiendra du 4 septembre au 4 octobre 2025.
L’exposition Druillet du 16 octobre au 15 novembre 2025
Galerie Barbier
10 rue Choron
75009 Paris