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Avec les Mecs : une adolescence hors cadre

Par Kelian NGUYEN Excellent 3 septembre 2026 
Une banlieue pavillonnaire dans les années 1990, où toutes les maisons se ressemblent, où les enfants ne sont appelés que par la couleur de leurs vêtements, dont les visages n’affichent pas de traits tout à fait reconnaissables… Dans cet univers de souvenirs éthérés et étrangement impersonnels, il est difficile de s’affirmer, surtout pour Blue. Pour lui, l’adolescence est, évidemment, un moment de passage : il découvre qui il est. Mais impossible pour lui de l’assumer, soumis à la rudesse du regard des autres : trop efféminé, trop sensible, il se cache dans les vestiaires et se rend bien compte qu’il ne regarde pas les filles comme ses camarades le font.

Blue a le blues et son blog est son exutoire, une forme d’autothérapie qui l’aide à surmonter ses doutes, ses questionnements et les épreuves auxquelles il est confronté. La plus importante se profile : White, autre jeune de son bahut, ne supporte pas la personnalité de Blue. Il l’insulte, le menace et, très vite, ça dégénère. Blue sait qu’à la fin de la semaine, il a rendez-vous avec les coups de White. Son monde bascule et il se prépare à l’impact.

Pour son premier album, Jules Magistry conserve l’esthétique rétro-nostalgique qui le caractérise. Située dans les années 1990, la BD est entièrement dessinée en aplats de couleurs pop, légèrement délavées, rappelant le style californien.

L’auteur appuie la solitude de Blue, son mal-être, par une mise en scène astucieuse. D’imposants plans larges noient régulièrement le personnage dans cette zone pavillonnaire uniformisée. Il joue aussi régulièrement avec des cadrages resserrés pour transmettre de nombreuses émotions à travers le langage non verbal ou le hors-champ. Un choix qui accentue l’empathie pour les personnages et donne du poids dramatique à l’album.

L’intégration d’écrans dans les planches, notamment avec le blog de Blue, ancre l’album dans une époque, mais introduit surtout la psyché du personnage de manière subtile. Ils permettent aussi certaines libertés avec le gaufrier classique et développent l’ingéniosité de l’artiste dans sa mise en scène, avec l’apparition de « fenêtres », comme des plans de loupe rappelant la narration de Ici de Mccguire ou de La Couleur des Choses de Martin Panchaud.

Avec beaucoup de sensibilité, Jules Magistry aborde ici les thèmes du passage à l’âge adulte et de la difficile acceptation de l’homosexualité. Si ces thèmes ne sont pas inédits, la force émotionnelle de l’intrigue et l’inventivité de sa mise en scène font d’Avec les Mecs l’une des BD les plus réussies sur ce sujet et l’une des très bonnes surprises de cette rentrée 2026.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9791040807155

Avec les Mecs - Par Jules Magistry - Ed. Sarbacane

Sarbacane ✏️ Jules Magistry Intimiste Queer / LGBTQIA+ Adolescence
 
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