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Le cas David Zimmerman - Par Lucas & Arthur Harari - Éd. Sarbacane

Par Philippe LEBAS Favori de la rédaction 20 novembre 2024 
Après les succès de ses deux premiers albums L'Aimant et La Dernière Rose de l'été, tous deux aussi édités par Sarbacane, Lucas Harari, avec l'aide de son frère Arthur au scénario, nous a concocté une bien singulière histoire : celle d'un homme en quête de son corps et de son identité. Un récit intrigant, voire bluffant.

À la seule lecture du titre, on pense évidemment tout de suite au grand Robert Zimmerman, alias Bob Dylan. Piste qui s’avérera confirmée par la présence, dans une des cases, d’une pochette d’un de ses albums : New Morning. C’est en effet un matin, celui du nouvel an, que le photographe David Zimmerman se réveille dans le corps de la femme, Rachel, avec qui il a fait l’amour la veille.

Ce parti-pris fantastique du body swap, déjà utilisé dans les films ou les mangas souvent à des fins humoristiques ou sexuelles, est ici le moteur d’une quête d’identité de notre héros, se cherchant dans un corps féminin d’emprunt. Ce qui lui permet au passage d’en mesurer les effets, même si ce n’est pas l’objet principal de ce roman graphique.

David pourrait récupérer son corps en faisant, si on peut le dire, l’amour dans l’autre sens. Sauf qu’une autre personne s’est glissée dans le corps de David. Rien ne dit non plus que c’était vraiment Rachel qui "habitait" son propre corps. Dès lors, le degré de complexité de l’affaire est tout autre. À l’image d’un Bob Dylan souvent insaisissable et mal compris, notre David Zimmerman est bien un cas. Un peu inadapté au monde dans lequel il vit, c’est un photographe "que le progrès technique emmerde" (p.113), et qui utilise encore parfois un appareil argentique et des pellicules - belle métaphore de la révélation. Durant sa quête intérieure, dans laquelle la question de la judéité se pose aussi, David se perd, et nous aussi parfois, et un petit schéma n’est pas de trop pour nous aider à nous y retrouver.

On ne révélera évidemment pas la fin de cette histoire, si ce n’est en disant qu’il y en a vraiment une, qui vaut qu’on aille jusque bout de cet album. On sent que Lucas Harari a eu du mal à achever son travail. Il ne s’en cache d’ailleurs pas dans les interviews, où il confie avoir pensé abandonner ce projet avant que son frère, Arthur Harari - le fameux co-scénariste d’Anatomie d’une chute - ne vienne à son secours. Si l’ensemble est parfois un peu laborieux et un peu long, le pari est malgré tout relevé. Pour ce qui est de l’ambiance, on retrouve un air de Kafka - on pense forcément à La métamorphose. Les références faites sont savamment distillées dans l’œuvre. Si le grand Bob est présent, Léonard Cohen l’est tout autant, notamment avec son fameux album I’m your man. Enfin, sur l’aspect graphique, le livre offre de belles planches muettes montrant un intérêt pour l’architecture parisienne.

ll s’agit donc là d’une œuvre ambitieuse, dérangeante parfois mais très riche, qu’une seule lecture ne peut épuiser. Comme souvent chez Sarbacane, cet album est fort bien édité et doté d’une belle couverture où le visage féminin se découpe comme une ombre sur un fond uniforme. La quatrième de couverture, tout aussi réussie - et pour cause puisqu’elle est le pendant de la couverture -, vient clore avec brio un ouvrage particulièrement élaboré.

Par Philippe LEBAS

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Code EAN : 9782377319817

Sur Actuabd, on pourra relire les chroniques de Frédéric Hojlo sur les deux premiers ouvrages de Lucas Harari :
– L’Aimant
– La Dernière Rose de l’été

Sarbacane ✍ Arthur Harari ✏️ Lucas Harari Fantastique chronique sociale France
 
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