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22 août 2024
À Londres, lorsque les grilles du jardin de Kensington se referment, des créatures merveilleuses apparaissent. Dans la réalité de la ville-ogre, une femme règne sur les hommes : Victoria, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne, d’Irlande, du Canada et de l’Australie, mais aussi impératrice des Indes ; mais la nuit, un autre souverain gouverne leur imaginaire : la Reine des Fées, laquelle peut exaucer, pouvoir appréciable, n’importe quel vœu.
Ce soir-là, les sanglots de la petite Maimie déchirent le silence qui règne dans la pénombre aux trompeurs jeux d’ombre, des chênes majestueux du jardin magique. Les fées importunées entreprennent de grignoter les petits doigts de l’impudente gamine qui trouble la quiétude de la nuit. Surgit alors un gamin qui les chasse d’un revers de la main : Peter Pan !
Ce jeune enfant est un « Entre-Deux », un être purement mythologique qui évolue dans un monde où le réel côtoie l’imaginaire. Une anomalie qui n’est ni un oiseau, même s’il vole, ni un enfant, même s’il ne pense qu’à s’amuser.
Maimie est soulagée d’apercevoir quelqu’un constitué, pense-telle, de la même essence qu’elle. Mais si elle s’imagine être ramenée chez elle par le fanfaron aux longs cheveux, Peter, lui, n’a pas cette intention : pourquoi rentrer alors que Neverland, le pays où les enfants ne grandissent jamais, s’offre à eux ? Quel dilemme pour Maimie : il n’est pas simple de choisir entre Maman et le Paradis !
Inspiration ancienne
Pour écrire Peter Pan dans les jardins de Kensington, José-Louis Munuera s’est inspiré du Petit Oiseau blanc, une œuvre publiée par James Matthew Barrie en 1902 dans laquelle le héros apparaît pour la première fois, soit neuf ans avant le célèbre Peter et Wendy. Dans la préface de l’album, Richard Comballot en parle comme d’un texte « éthéré » offrant « peu de possibilité scénaristiques »...
Mais le talent de Munuera va transcender cette oeuvre en proposant au contraire une « vraie » histoire, parfaitement construite. Non seulement l’artiste fait le lien avec le célèbre duo de Peter et Wendy, en glissant une allusion au Capitaine Crochet et à Neverland, le monde duquel provient le garçon volant, mais il imagine aussi le personnage de Maimie, qui sert ensuite de fil conducteur à son récit.
Une histoire qui est une sorte de prequel aux aventures de Peter Pan, avant le Pays imaginaire, avant Wendy, Clochette et le Capitaine Crochet. Un récit merveilleux sur fond d’enchantement que l’auteur peuple de personnages tout droit sortis de l’univers du conte : les fées malicieuses et leur minuscule reine élaborées dans le style des illustrateurs du XIXe siècle dont la tête difforme peine à tenir sur les épaules.
Un univers parrallèle
La moralité bourgeoise de l’époque est raillée de bon coeur lorsque la reine nocturne affirme clairement qu’ « un homme se définit uniquement et parfaitement par son apparence ». Elle ne vit aucunement dans sa résidence royale car « ce palais, dit-elle, c’est juste pour le spectacle ». Lequel prend fin à la levée du jour.
Salomon, le corbeau bavard et fidèle partenaire de Peter, allusion au juste roi d’Israël, apporte la clef de l’énigme formulée par le reine de la nuit. Elle permet de s’échapper du parc avant les premiers rayons du soleil sous peine de disparaître. Ce ne sont que quelques-uns des personnages énigmatiques et des situations de cette histoire dont ces terrifiantes Ombres sèment la terreur jusque chez Peter, lequel, généralement toujours en position de force, se retrouve mystérieusement impuissant face à ces spectres.
« Quand croyez-vous qu’un homme meurt ?
Quand il se prend une balle en plein coeur ? Non !
Quand il est atteint d’une maladie incurable ? Non !
Quand il a avalé une soupe de champignons vénéneux ? NON !
…Un homme meurt lorsque son souvenir tombe dans l’oubli ! » affirmait le Dr. Hiluluk dans One Piece.
Cette sentence du célèbre manga japonais successeur de Barrie s’applique au jeune héros : seuls ceux qui croient encore en lui peuvent l’apercevoir...
Avec son dessin résolument moderne, aussi dynamique qu’expressif, ses contrastes colorés où les créatures légendaires resplendissent dans la nuit, sa mise en page soignée et ses cadrages judicieux, José-Luis Munuera a habilement trouvé, grâce au texte retrouvé davantage conçu comme une pièce poétique, une forme de réenchantement de l’œuvre de Barrie. Un tour de force !
Par Jessy LEMESLE
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Peter Pan de Kensington - Par Jose Luis Munuera - Editions Dargaud - 21 € - Parution le 30 août 2024.
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