À deux pas du Palais de Tokyo, dans le 16e arrondissement de Paris, le musée Guimet accueille l’exposition « Manga, tout un art ». Celle-ci ne met pas l’accent sur l’industrie du manga — comptant près de 14 000 nouveautés par an — mais sur sa dimension artistique. Et pour cause, les grandes séries d’aujourd’hui s’inspirent d’œuvres et de traditions lointaines. Une caractéristique illustrée par le mangaka Reno Lemaire, auteur de Dreamland, qui explique comment il a conçu l’affiche.
Ouverte du 19 novembre 2025 au 9 mars 2026, l’exposition (gratuite pour les moins de 26 ans !) permet au public de découvrir ou redécouvrir les origines, l’histoire et l’impact culturel du manga. Et ce, dans trois espaces distincts.
Le « manga » avant le manga
Le premier espace retrace l’histoire de la BD japonaise, du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Les prémices du manga apparaissent sous la forme de caricatures, dans les périodiques satiriques des années 1870. Dans les années 1920 se développent les kamishibaï, théâtres ambulants dans lesquels défilaient des illustrations.
Impossible de parcourir cette histoire sans évoquer “le dieu du manga” Osamu Tezuka, connu pour ses œuvres comme Astro Boy et Princesse Saphir, ainsi que du rôle crucial du Weekly Shonen Jump et de ses séries phares telles que Dragon Ball ou One Piece.
La deuxième partie de l’exposition, située à l’étage, remonte bien plus loin dans le passé. Elle s’intéresse notamment à l’époque Edo (1603-1868) et aux œuvres graphiques que l’on peut rapprocher du manga. Parmi elles, on trouve des estampes, des peintures et des sculptures.
Les rouleaux illustrés (emaki) sont ce qui se rapproche le plus de la BD japonaise, grâce à leur narration mettant en scène guerriers, nobles et gens du peuple dans diverses situations. Certaines sont dramatiques, d’autres cherchent à faire rire. On peut citer les illustrations de Kawanabe Kyosai, dans lesquelles divinités et animaux sont humanisés de façon à faire rire.
L’ultime espace de l’exposition est dédié à une illustration devenue culte : La Grande Vague de Katsushika Hokusai. Réalisée entre 1830 et 1832 pour la série des Trente-six vues du mont Fuji, cette estampe a marqué les esprits par la puissance qu’elle dégage. Si la précision des traits et la lisibilité impressionnent, c’est surtout le cadrage qui plonge le spectateur au cœur de la vague. Le regard est naturellement guidé vers le mont Fuji, visible au loin. La Grande Vague a traversé les époques et elle est mise en relation avec des artistes européens contemporains qui s’en sont inspirés, notamment Moebius ou Manara.
Hommage à la culture et à la bande dessinée japonaise
Le parcours mêle sections thématiques et historiques, mettant en lumière l’évolution du manga. Chaque espace adopte une couleur différente en lien avec le sujet traité - le jaune pour Tezuka, le rose pour les shojo, le bleu pour les shonen -, ainsi que de fresques. Contrairement aux autres salles, celle dédiée à la Grande Vague est légèrement plus sombre : un choix qui fait ressortir les pièces exposées et rappelle les profondeurs de la mer.
L’exposition possède une dimension pédagogique grâce aux textes introductifs au début de chaque section, mais surtout avec la projection de deux vidéos. La première explique comment se réalise une planche de manga dans un magazine de prépublication ; la seconde propose une analyse détaillée de la vague d’Hokusai. Le grand nombre de planches originales et d’objets présentés apporte son lot d’informations et d’anecdotes. L’exposition séduit autant les néophytes que les passionnés.
Si le grand public pense souvent que l’histoire du manga commence dans les années 1950 avec Osamu Tezuka, l’exposition « Manga, tout un art » montre qu’elle remonte bien plus loin. Elle fait comprendre que les héros d’aujourd’hui s’enracinent dans des mythes et traditions anciennes. L’association d’œuvres contemporaines à des œuvres plus anciennes offre un regard nouveau sur le manga.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Jacques LOBE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Aujourd’hui, toute la journée a lieu une série de rencontres avec les plus grands experts du mangas, là encore gratuit pour les moins de 26 ans. Le commissariat de l’expo est assuré par Estelle Bauer, conservatrice Japon au Musée Guimet et Didier Pasamonik que nos lecteurs connaissent bien.