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Le Gang de la clef à molette : Il était une fois la révolution

Par Sévan DUDOGNON Excellent 29 septembre 2026 
Ça vous branche, un petit roadtrip dans le désert de l’Utah ? Avec pour guide quatre fêlés du plastique qui se sont donnés pour mission de faire péter tout ce qui ratisse leur jolie nature dans un rayon de 50 km. Toujours pas ? Alors ajoutez-y un polar à l’humour noir sur fond de fable écolo, et même un morceau d’amitié pressé comme un citron : acide et décapant. Maintenant, vous pouvez vous faire une meilleure idée de ce qui vous attend : une chasse à l’homme aussi dangereuse et étincelante qu’une flaque d’huile.

Les Utahains, forcément, mieux vaut pas les faire chier. Pardonnez-moi l’expression. Franchement, quelle idée de défigurer leur terre à grands coups de géants de fer pour y foutre tout plein de ponts et d’autoroutes à six voies ? 25 000 km² de beauté sauvage foutrement charmante que les gros bonnets du pétrole ont, comme qui dirait, envie de polir comme une bille.

Une verrue au milieu de ce grand désert, forcément, ça finit par irriter. Faut pas s’étonner quand deux fois deux hurluberlus plutôt conquis à la cause de Thoreau vont tenter de ramener l’ordre à coups de nitroglycérine. Une opération de sabotage rondement menée, du moins… dans les grandes largeurs. De toute façon, la cause compte plus que le message, pas vrai ?

© Le Lombard - Gallmeister

Adapté du célèbre roman d’Edward Abbey, ancien garde forestier et fervent protecteur de l’humus, Le Gang de la clef à molette tient lieu de Bible de la contre-culture pour les natifs de la région. Une lecture qui suscita son lot de vocations par-delà ses pages, montant à la tête d’un paquet de jeunes Greta Thunberg avant l’heure. Un récit qui, à son tour, saura réveiller votre fibre pirate.

Pour ce maigre boulot, les éditions Gallmeister ont fait appel à Jean-Baptiste Hostache, lequel consacrera deux années de sa vie à gratter le portrait de cette joyeuse cavalcade, aussi cintrée qu’un taureau qui voit rouge lors d’une corrida. Avec un accent proche de la filmographie des frères Coen, l’auteur donne chair au texte d’Abbey, redonnant vie à son tour à cette Amérique profonde et bien souvent cachée sous le tapis. Ces petites gens de rien, cette jolie escouade de couillons pétaradant à travers l’Ouest à qui l’on donnerait notre empathie sur un plateau.

© Le Lombard - Gallmeister

A vrai dire, la folie dont fait preuve notre quatuor est plutôt raisonnable, finalement, en regard de ce génocide forestier qu’il réprime à grands coups de TNT et clef de 12. Pour épauler leur vendetta, Hostache fait preuve d’un talent certain en ce qui concerne son dessin. Le trait léger, le pas leste, la démarche dégingandée, tout cet aspect presque cartoon apporte un peu de pommade à l’ensemble de cette rage qui couve.

En outre, l’aridité du désert et la magnificence tellurique du décor où enfle l’histoire se ressentent dans chaque coup de crayon. Faut dire qu’au-delà d’adapter sagement l’intrigue, de lui donner chair, Hostache capture son état d’esprit, son âme. En suivant leur folle entreprise, l’exaltation de notre fine équipe transpire et colle aux doigts. Comme eux, et à un rythme endiablé, nous rageons d’être les témoins de cette soi-disant civilisation qui grignote du terrain, écorchant la terre à nu, décimant ce pays aux teintes aussi douces qu’un caramel fondu sorti de son emballage.

© Le Lombard - Gallmeister

Un amour maladroit. Violent, même. Mais qu’y a-t-il de plus américain que la violence ? Plus nous lisons, plus nous rêvons à notre tour d’explosifs. Des bâtonnets qui explosent et font céder un à un les barrages de ce générateur qui nous tient en lieu et place de cœur.

En campant l’histoire de George, un ancien béret vert aussi imprévisible qu’une tempête, de Doc Sarvis, un chirurgien au passe-temps volcanique, de Seldom, un guide randonneur maudissant les barrages, et de la jolie Bonnie, professeure d’histoire et partenaire de son Clyde à ses heures perdues, Abbey ne faisait que protester contre l’urbanisation massive, la déforestation, l’assassinat de villes ou de troupeaux sauvages pour assouvir les envies de multinationales aux gros billets verts.

En clair, ce que tout le monde pense ou souhaiterait avoir les balloches de faire, prenant soudain vie comme un cri de guerre sous nos doigts. L’allumette est ici, la mèche là-bas. Qu’est-ce que vous attendez ?

Finalement, le mérite de cette lecture aura au moins de quoi vous donner envie d’enfourcher un cheval ou, faute d’espace si vous habitez entre les murs en béton cloisonnés d’une grande ville, de faire vos lacets, d’enfiler vos grolles et de vous rendre dans la librairie la plus proche pour chercher, tout en haut, là où il le mérite, la lettre A dans la colonne « on en redemande ».

« Le fleuve, la roche, le soleil, le sang, la faim, le vautour, la joie : voilà le réel. Tout le reste n’est que la mode du jour. »

Par Sévan DUDOGNON

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782808219358
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