Excellent
13 août 2025
Si la lecture du Discours de la méthode ou des Méditations métaphysiques en a fait cauchemarder plus d’un au lycée, La Tête de mort venue de Suède de Daria Schmitt (Dupuis - Aire Libre) est l’occasion idéale de se réconcilier avec la pensée cartésienne. Drolatique, rêveur, émouvant, le récit que le crâne de Descartes nous fait de son errance post-mortem a tout d’une absurde pépite littéraire.
Un dialogue socratique qui redore la prose en bande dessinée
Écrite dans un français aussi mélodieux que savant, la nouvelle bande dessinée de Daria Schmitt n’a rien à envier à l’exquise plume d’un scénariste comme Alain Ayrolles. À faire rougir de plaisir les plus lettrés des lecteurs, La Tête de mort venue de Suède réalise l’exploit d’imiter le verbiage d’un penseur aussi technique que Descartes sans pour autant le rendre aussi dense et exigeant qu’un véritable traité de philosophie.
Souvent favorisée pour la légèreté qu’apporte le dessin à la lecture, on oublie souvent combien la bande dessinée trouve aussi ses lettres de noblesses dans une belle prose. En l’occurrence, celle de Daria Schmitt ne déçoit pas.
Une réflexion anti-spéciste d’une rare audace
Présente dès la première scène hallucinée de la bande dessinée, la grande baleine bleue du Muséum prend graduellement de la place dans le récit. Elle-même ramenée des plages belges d’Ostende où elle s’était échouée en 1827, la fameuse baleine s’impose rapidement comme l’interlocuteur principal de Descartes, parmi les centaines d’animaux exposés dans le musée. La joute verbale entre le titan de l’esprit et le titan des océans atteint des sommets de finesse que l’élégance du crayon de Daria Schmitt vient souligner à merveille. Avec son dessin fortement inspiré des gravures classiques, le style de l’artiste se marie à merveille avec l’aspect scientifique de l’œuvre, tout en se permettant des rehauts de couleurs qui sont tous autant de fulgurances dans la nuit du savoir.
À l’image de ce dessin soigné, alternant noir et blanc et éclats de couleurs vibrantes, le dialogue entre le crâne de Descartes et les animaux du musée oppose spécisme et anti-spécisme. Scandalisés des écrits de Descartes, grand penseur de l’esprit humain, mais ayant peu d’égard pour la sensibilité animale, les animaux du musée, la baleine la première, détractent méticuleusement le spécisme de sa pensée. Peu à peu, René se doit de modérer les propos tenus dans ses livres, apportant un nouveau souffle ainsi qu’une contradiction post-mortem à son œuvre de vivant. Remarquable.
Par Anthea MARIANI
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La Tête de mort venue de Suède - Daria Schmitt - Dupuis Aire Libre
Parution : 28 août 2025
Nombre de pages : 126
Prix : 25 €