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14 octobre 2025
On dira que mettre sur le même plan la perte d’un être humain et celle d’un animal est indigne. Pourtant, ces animaux de compagnie qui partagent notre vie sont parties intégrantes de notre famille. Leur mort constitue un véritable drame et génère parfois de véritables sensations de manque. Seules celles et ceux qui ont vécu une telle perte peuvent ressentir ces émotions à leur juste hauteur. Chaque moment de la journée passé sans son animal, chaque lieu parcouru sans lui évoquent les souvenirs de celui qui est désormais absent pour toujours.
Ubac est un bouvier bernois. Cédric en tombe totalement amoureux dès le premier regard échangé. Le petit chien, qui tient encore à cette époque dans le creux de sa main, a lui aussi choisi son maître : un professeur des écoles en mal de liberté et d’aventures. Dès lors, un lien fort se tisse entre Ubac et Cédric. Ils partagent tout : les longues promenades dans la forêt et dans la montagne, le vieux chalet en ruine qu’il faut retaper, et les rencontres animalières et humaines. L’une d’elles perturbe particulièrement Ubac : celle entre Cédric et la jeune et jolie Mathilde, qu’ils croisent au gré des promenades. Cette rencontre a l’odeur belle et fuchsia de la passion.
Commence alors une vie à trois, puis à quatre, avec l’arrivée de Cordée, la nouvelle compagne à quatre pattes d’Ubac, que le grand chien désormais protège. La petite famille se retire loin du monde des villes, dans un écrin de nature propice à la nouvelle occupation de Cédric : écrire des livres. Mais le temps passe et tout le monde vieillit. Ne dit-on pas qu’une année d’homme correspond à sept ans de vie de chien ? Quoi qu’il en soit, Ubac est un chien de race. Il est grand, et son espérance de vie est dramatiquement courte. Pourtant, il tient bon, garde sa fierté et son rôle protecteur. Il lui faut aussi tenir le rôle de père, puisqu’il est désormais le géniteur de Frison, arrivée quelque temps auparavant.
Quand, ce 13 juillet, le couple retrouve Ubac sans vie au pied du canapé, eux non plus n’avaient pas encore fini de l’aimer. La tristesse terrasse tout le monde. Cédric ne peut plus produire une seule ligne. Il est accablé. Le moindre objet, la moindre odeur — surtout celle de la pluie — lui rappelle Ubac et le fait qu’il n’est plus là. Mais c’est finalement dans l’écriture que renaît l’espoir et que ressuscite le fidèle compagnon.
Par un traitement graphique plein de douceur et une superbe luminosité pétrie de vie et d’espoir, José Luis Munuera retraduit ce merveilleux conte de l’ordinaire en le replaçant dans les couleurs pures et naturelles des paysages de montagne et dans la simplicité du quotidien. Tout à la fois bouleversant, émouvant, modeste et grandiose.
Par Romain BLANDRE
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