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« Aux Grands Hommes, la patrie reconnaissante ». Comme pour Mélinée et Missak Manouchian en 2024, la panthéonisation est un moment qui consiste à ériger une figure de notre histoire en « héros ». C’est un acte politique -toujours- mais qui a l’avantage de transformer un simple individu en icône. Mais Badinter était bien plus que cela.
Où retrouve-t-on Robert Badinter dans la bande dessinée ?
D’abord dans Idiss de Richard Malka et Fred Bernard d’après Robert Badinder (Editions Rue de Sèvres, 2021) : « Richard Malka et Fred Bernard racontent avec attention et empathie ce périple de petites gens qui rapidement permirent à leurs enfants de faire de brillantes études. Tout l’album a lieu avant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. C’est pourquoi il y baigne un sentiment de quiétude, une douceur de vivre dont Robert Badinter se souvient avec une tranquille nostalgie… » écrivions -nous au moment de sa parution. Richard Malka a eu l’occasion de vous raconter tout cela dans cet entretien.
Chez Glénat, Marie Bardiaux-Vaïente et Malo Kerfriden signent avec L’Abolition un récit d’une intensité rare, construit autour de deux procès fondateurs : ceux de Patrick Henry et de Philippe Maurice. Le scénario s’appuie sur les plaidoiries, les hésitations, les attaques publiques, et met en scène la solitude d’un avocat devenu ministre, prêt à braver l’opinion pour imposer une vision de la justice débarrassée de la vengeance. Kerfriden restitue la tension des salles d’audience et l’épaisseur humaine de l’homme public.
Toujours chez Glénat, les mêmes avaient publié « L’Enfer est vide – Tous les Démons sont ici » qui retraçait le procès de Eichmann à Jérusalem cette fois et qui avait déjà fait en quelque sorte, le temps d’une exposition, fait entrer Robert Badinter au Panthéon.. Eichmann a été exécuté en Israël où la peine de mort est abolie, sauf pour les crimes contre l’humanité et de génocide. On sait que Badinter n’était pas sur cette ligne.
De leur côté, Pascal Bresson et Christopher avaient publié chez Marabout Robert Badinter, l’homme juste, un album plus ample, retraçant l’ensemble d’une vie marquée par la douleur et la résistance. Loin d’une hagiographie, l’album révèle un Badinter vulnérable, hésitant, animé par une idée simple : rendre à la justice son visage humain.
Enfin, chez Dunod, Jean-Yves Le Naour et Marko proposaient récemment Robert Badinter, au nom de la justice, une biographie didactique qui reprend les grandes étapes de sa carrière d’avocat, de ministre, puis de sage de la République. Le Naour, historien reconnu (il a scénarisé un paquet d’albums pour Bamboo), insuffle au récit une rigueur pédagogique. L’album fait le lien entre l’homme, la mémoire de la Shoah et l’héritage républicain. Il rappelle combien la justice selon Badinter fut moins une institution qu’un devoir moral.
Dans la mystique juive, il est quelquefois question des tzadikim nistarim — des justes cachés, anonymes, qui accomplissent un rôle spirituel dans le monde sans que les gens ne sachent qui ils sont. Ils seraient, au nombre de 36, ils sont les piliers de l’équilibre cosmique, soutenant le monde par leur justice et sainteté intérieure. Grâce à eux, l’humanité bénéficie de la miséricorde divine...
Il y a un peu de cela chez Badinter. Juif, il avait dû enfant affronter la barbarie nazie, son père ayant été assassiné à Auschwitz, sur ordre de Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », responsable de la mort de Jean Moulin, autre « grand homme » à qui la patrie a dû la reconnaissance. Il aurait pu appliquer la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ». Il a au contraire, du fait de sa loi sur la peine de mort, évité que l’on exécute le bourreau de ses parents. Rien que cela, c’était pour lui un triomphe de ses idées humanistes.
Par Didier PASAMONIK
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– "L’Abolition, le combat de Robert Badinter" de Marie Bardiaux-Vaïente et Malo Kerfriden publié chez Glénat en 2019
– "Idiss, par Richard Malka et Fred Bernard d’après Robert Badinter publié chez Rue de Sèvres en 2021.
– "Robert Badinter, l’homme juste" de Pascal Bresson et Christopher paru chez Marabout en novembre 2024
– "Robert Badinter, au nom de la justice" de Jean-Yves Le Naour et Marko édité chez Dunod en 2025.