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Très bon
21 septembre 2026
Dans la contrée de “Frangleterre” (contraction de France et d’Angleterre) se déroule, depuis pas moins de 50 ans, une invasion à faire s’étouffer tout jardinier qui se respecte : d’imposantes ronces acérées qui gagnent chaque jour du terrain, détruisant tout sur leur passage. On appelle cela le “fléau”. C’est dans ce contexte que l’on suit le jeune Sid Cooper, abandonné après la mort de sa mère dans une étrange école nichée au cœur d’un vieux château. Mais non, ce n’est pas Poudlard. À l’école de Berry Hill, Sid va rapidement sympathiser avec plusieurs de ses camarades, dont Malcolm, un musicien au bras robotique.
Des amis qui deviendront des alliés, alors que les murs du château menacent de céder. Ponctué de nombreux flashbacks et scènes d’action, le premier opus de Sid Cooper nous avait épaté et captivé par son univers original, aussi riche que mature. D’autant qu’il s’agit de la première bande dessinée de son auteur, Pendragon. C’était l’amuse-bouche, tout se joue dans le final de ce diptyque. Toujours plus de retours en arrière viennent éclaircir le phénomène qui ravage l’île de Frangleterre, mais aussi donner du volume aux différents personnages. Ce pavé de 300 pages contient son pesant d’émotion. Il faut dire que l’auteur aborde moult thématiques assez universelles, telles que la perte d’un proche, le passage à l’âge adulte et les différentes luttes. La BD s’inscrit dans un esprit résolument punk, tout en puisant aussi bien dans la littérature classique que dans la pop culture. La musique demeure au cœur de l’œuvre, même si elle se fait peut-être un peu plus discrète dans ce second opus, tandis que ses ondes se muent en véritables armes et que l’art devient un outil de résistance.
Quant aux ronces, elles constituent bien davantage qu’un simple monstre manichéen : habiles métaphores des souffrances traversant les personnages, elles peuvent également se lire comme une réflexion écologique de la nature qui reprend ses droits. Les dialogues sont percutants, empreints de fougue et de poésie. Il y a tout un magnifique passage entièrement en vers. La narration est maîtrisée et les dialogues percutants. Le petit bémol étant que certains phylactères proviennent de personnages situés en dehors des vignettes, ce qui peut légèrement dérouter par moments. L’histoire s’inscrit dans une veine typique du shonen, avec une influence manga perceptible dans le dessin, sans pour autant s’y limiter.
Du côté du dessin et de la mise en page, Pendragon puise en effet dans de multiples influences issues des différents horizons du 9e art. Cela se remarque dès la couverture, avec ses mentions disposées dans l’angle supérieur gauche, à la manière d’un fascicule de comic book. Un choix qui se prolonge jusque dans le format de l’album, proposé avec une couverture relativement souple, comme peuvent l’être certains comics et mangas.
L’auteur aborde une patte graphique singulière. Le trait se distingue par sa souplesse et son expressivité, à l’image d’un découpage qui fracasse le traditionnel gaufrier. L’ensemble est rehaussé par des couleurs vives et pop, qui donnent à cet univers une énergie communicative. Le 9e art rencontre même le 3e, avec des passage mêlant dessin et prise de vue photographique.
En outre, Sid Cooper s’impose comme une œuvre de drame psychologique sensible et réussie, empreinte d’une généreuse dose de fantastique et de poésie narrative, mais aussi visuelle. Malgré son titre, la BD ne se contente pas de suivre son personnage éponyme et accorde une véritable place à ses personnages secondaires, aussi divers que variés. Un récit riche et prenant, qui ne laisse pas indifférent. À défaut de pouvoir, semble-t-il, retrouver prochainement l’univers de Sid, on suivra avec attention les autres prochaines œuvres de l’auteur.
Par Rémi BARNAULT
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Le second tome de Sid Cooper est en vente aux éditions Glénat, pour 20 €.