Comment une collection comme celle-là arrive jusqu’ici ? « En fait, il y a deux collections, nous dit François Meyniel, l’expert. Il y a une collection, la collection de masques, qui provient d’un collectionneur qui a collectionné les produits César. Et puis il y en a une autre qui est issue de la liquidation de la société César, avec tous les moules matrice, qui sont des originaux, qui sont tirés à 6 ou 8 exemplaires à chaque fois, en résine d’aluminium, sauf certains qui sont en aluminium pur, les plus anciens. Par exemple Astérix, là, il est en aluminium pur. Ça, c’est une vraie fonte d’aluminium. Après ils sont allés dans les poudres d’aluminium, ça suffisait… »
La maison César a été fondée par la famille Barthelémy, une modeste papeterie née au début du XIXe siècle. Elle vend des plumes et du papier qu’elle troque, vers 1842, pour des plumes (les plumes d’oie ont été remplacées par des plumes en acier) décorant des masques et loups de carnavals avec des compléments de cheveux et de poils. En 1885, un certain Jules César (si, si… Pas celui d’Astérix, évidemment) rachète l’activité et fonde la Maison César, première manufacture française de masques. Dans la période moderne, c’est la licence Disney qui lance la maison en 1938, avec des masques en carton, en toile cirée et en gaze.
1954 : le PVC permet de mouler les masques avec plus de souplesse. Les masques de plastique suivent et envahissent anniversaires, carnavals et cours de récré. Les licences se succèdent : Mickey, Tintin, Batman , Lucky Luke, les Schtroumpfs, Astérix, Marvel, Goldorak, Albator… Toutes les licences Disney, toutes les licences d’animation japonaise. La plus grosse vente de César, c’étaient les Tortues Ninja : plus d’un million de masques vendus !
La boîte emploie alors jusqu’à 1650 salariés et devient leader mondial du secteur.
Mais à partir de 2011, les loisirs ont changé d’ère. Une première liquidation a lieu aux alentours des années 2000. La fabrication à Saumur d’arrête, l’entreprise ne compte plus que 20 salariés en 2022 et, en 2024, la pandémie du COVID achève l’aventure.
Que trouve-t-on dans la vente ? Des masques originaux, ils sont tous là et puis surtout les moules originaux : « Ce sont des pièces uniques, nous dit Meyniel, c’est comme les bronzes qui ont des tirages d’artistes à 8 exemplaires. Là, on a entre 6 et 8 exemplaires à chaque fois. »
Qui cela peut intéresser ? « Ce sont des gars qui sont attachés à une série, nous dit Meyniel. On a les collectionneurs d’Astérix, les collectionneurs Disney ou Marvel. Il y a du Goldorak. Là, on est vraiment dans les gars qui collectionnent la licence, le personnage. Après, on a des gens qui, pour la déco, l’art contemporain, trouvent la forme sublime. Les Batman, par exemple, sont vraiment des œuvres d’art. C’est ultra-épuré, vraiment de très très belle qualité. Même les masques en eux-mêmes, c’étaient des œuvres uniques puisque chaque masque est peint au pochoir puis achevé à la main. Les couleurs variaient, le coup de patte du peintre variait. À chaque fois, c’était quelque chose de tout à fait unique, même s’il y avait une grosse production, parce qu’il se produisait 35 000 masques par jour, ce qui n’est quand même pas rien. »
Leur rareté vient aussi qu’ils sont extrêmement fragiles. Les prix sont relativement modestes au départ : quelques dizaines d’euros pièce. Quelques-uns sont très rares, comme celui de Goldorak dont les cornes se brisaient facilement. Le prix des moules est dépendant de la rareté (certaines licences ont moins bien fonctionné), donc les moules sont rares. Sur certains, à hauteur de l’œil, un numéro : « Par exemple, ici, vous avez le numéro 4. Ça veut dire qu’il y a eu au moins quatre matrices. Il y a des matrices qui ont duré une saison, deux saisons. Parce qu’il n’y avait pas de public. D’autres ont duré des années ! »
Parmi celles-ci, Astérix, une des premières licences acquises par César, qui l’eut cru ? Il est représenté avec des ailerons courts, comme dans les premières pages de la saga, au début des années 1960. Idem pour Obélix, Panoramix, Abraracoursix… Et puis les Schtroumpfs, avec des grands yeux et un grand nez. Et un Haddock avec son chiffre 2 dans l’œil qui indique que c’est la deuxième matrice. On les mettait par quatre ou six pour les productions les plus abondantes. On posait la feuille, on la découpait et une fois séchée, la couleur était mise à la main, avec des pochoirs et une finition pour chaque objet. Un véritable artisanat comme on n’en fait plus.
Avec cette vente, ce ne sont pas seulement des objets que l’on disperse aux quatre vents. C’est un savoir-faire qui disparaît et puis une forme d’amusement un peu suranné qui doit étonner à défaut d’intéresser les gamers sur smartphones.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Didier PASAMONIK
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Aibo Art Auction Exposition et vente
Jusqu’au dimancher 12 octobre 2025 à 14h30
Galerie Joseph
7 Rue Froissart
75003 Paris
Tel. Pendant l’exposition et la vente +336 12 87 62 18
https://www.aiboartauction.com
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Photos : Jade Mouti.