Le Mystère Henri Pick - Par Bresson et Tebaldini - Ed. La Boîte à bulles

Par Christian GRANGE Très bon 13 décembre 2024 
Le mystère Henri Pick c’est celui d’un restaurateur qui aurait écrit dans le plus grand secret « Les dernières heures d’une histoire d’amour », s’inspirant d’un poète russe. Roman de David Foenkinos paru en 2016, adapté au cinéma en 2019, voici une adaptation BD de ce portrait doux-amer du monde des livres. Même si l’histoire est connue, on se laisse happer par le récit.

Bibliothèque municipale de Crozon, octobre 1992.
Pipe à la bouche, Monsieur Gourvec présente à sa collègue Magali Croze son idée : un refuge pour les livres. À condition qu’ils soient déposés par leurs auteurs respectifs, en personne, à l’emplacement de leur choix.

Le Mystère Henri Pick - Par Bresson et Tebaldini - Ed. La Boîte à bulles
© Pascal Bresson et Ilaria Tebaldini, d’après David Foenkinos - Ed. La Boîte à bulles - 2024

«  Pensez à tous ces auteurs dépités qui ont envoyé leur manuscrit et reçu de nombreux refus au moyen d’une simple lettre type ! » (page 4)
Ce à quoi, Magali objecte : « on ne se s’improvise pas écrivain du jour au lendemain » (page 5)

Malheureusement, le bibliothécaire pris de malaise doit être admis en urgence au CHU (centre hospitalier universitaire) de Brest. Par affection pour lui, sa collègue collègue va réaliser son rêve. Ainsi nait la bibliothèque des livres refusés.

© Pascal Bresson et Ilaria Tebaldini, d’après David Foenkinos - Ed. La Boîte à bulles - 2024

Notons d’ailleurs que David Foenkinos part d’un fait réel : la Brautigan library, inaugurée le 21 avril 1990, aux Etats-Unis.

Paris, juin 2014.
Jeune éditrice prometteuse, Delphine Despero travaille pour la maison d’édition Grasset. Chargée de la couverture du prochain Laurent Binet - l’auteur remarqué de La Septième fonction du langage et de Civilizations- et de la lecture de manuscrits de futurs écrivains, Delphine se remémore sa rencontre avec Michel Houellebecq qui vient de publier L’impossibilité d’une île.

Comme les quelques lignes ci-dessus l’illustrent, Le Mystère Henri Pick brosse un portrait du/des milieux littéraires, de ses différents acteurs et des espoirs suscités. D’ailleurs, les périodes de confinement durant l’épidémie de Covid-19 ont été propices à l’écriture par nombre d’apprentis romanciers.

En visite en Bretagne, Frédéric Koskas, jeune auteur de La Baignoire que la jeune éditrice a découvert et dont elle est tombée amoureuse, et Delphine rendent visite à ses parents à Morgat, dans la commune de Crozon.

«  - Disons que mon titre est un peu saugrenu pour une maison d’édition comme la vôtre.
– Raconter l’histoire d’un adolescent qui refuse de quitter sa salle de bain et décide de vivre dans sa baignoire … ce n’est pas si saugrenu que ça !
 » (page 21)

D’autant que les années 1990 ont vu des Japonais se retirer de la vie sociale et rester isolés chez eux (syndrome du Hikikomori).

Cette pause bretonne est d’autant plus nécessaire que le roman de F. Koskas est un échec commercial. Comment exister dans les rayons des librairies ? Le nombre de titres publiés chaque année étant élevé, la concurrence est à la hauteur : comment se distinguer d’auteurs déjà connus et installés ? À moins d’être capable de produire un chef d’œuvre, de bénéficier déjà d’une forte notoriété dans un autre domaine ou d’une campagne de communication efficace.

Le couple apprend l’existence de la section "manuscrits refusés" sur une étagère de la bibliothèque de Crozon. Ils y découvrent le Mystère HP (Henri Pick).

© Pascal Bresson et Ilaria Tebaldini, d’après David Foenkinos - Ed. La Boîte à bulles - 2024

Sitôt publié, le roman devient un phénomène littéraire. Mais de nombreuses zones d’ombre demeurent sur son auteur, décédé quelques années auparavant.

« Qui aurait cru que la diffusion de cette émission remporterait un tel succès ? On n’avait plus vu ça depuis l’époque ou Bernard Pivot animait « Apostrophes ». Le livre a pris la première place du classement des romans. Et quand je vois tous ces gens qui viennent déposer leur manuscrit dans cette bibliothèque, c’est absurde. » (page 94)

Qui était Henri Pick ? Quelles étaient ses motivations ? Cet ouvrage est-il la révélation d’un génie inconnu, une supercherie ou une mystification à la Emile Ajar ?
Pascal Bresson, auteur inspiré de biopics - entre autres de L’Affaire Dominici avec le regretté René Follet), Elle s’appelait Sarah adapté du livre de Tatiana de Rosnay et de Simone Veil et ses soeurs, est au scénario de ce Mystère Henri Pick.

Axant le récit sur les relations du couple et leur enquête sur Henri Pick, il parvient à conserver un rythme suffisant, maintenant l’intérêt tout au long de ce roman graphique.

Le dessin de l’artiste italienne Ilaria Tebaldini, tout en douceur et en couleurs pastel, avec des visages expressifs et singuliers est soigné. Voilà une première BD prometteuse.

Cependant, adapter un roman est chose difficile : le lecteur du livre retrouve rarement les mêmes émotions et le même plaisir en regardant une adaptation audio-visuelle ou en BD.

Ainsi, la personnalité des personnages est davantage développée dans le roman. « Magali travaillait toujours à la bibliothèque. Elle avait pris du poids. Sans trop savoir pourquoi, elle s’était laissée aller (...) Elle qui avait commencé cette carrière un peu par hasard, sans le moindre goût pour les livres, pouvait maintenant conseiller les lecteurs, les guider dans leurs choix  » (D. Foenkinos, page 47).

De même, l’alternance du rythme - de la comédie au drame par exemple - très présente dans l’oeuvre du romancier se retrouve peu.
«  - Je travaille pour Grasset, je suis représentant . Sur l’est de la France.
– Ça doit être intéressant.
– Je vais arrêter bientôt.
– Ah ? Vous partez à la retraite ?
– Non, je vais mourir.
 »

Si l’on n’a pas lu le roman, si son souvenir est vague ou si simplement on accepte de se laisser porter, alors ce voyage en terres bretonnes sur les traces d’Henri Pick s’avère plaisante.

Présenté en avant-première au festival Quai des bulles à Saint-Malo, cet album bénéficie d’une tournée importante de dédicace.

© Pascal Bresson et Ilaria Tebaldini, d’après David Foenkinos - Ed. La Boîte à bulles - 2024

« Je voulais dévoiler tous les détails de cette affaires tout en analysant notre société, qui se focalise beaucoup plus sur la forme que sur le fond.  » (page 163) L’Homme qui dit la vérité sera-t-il lu un jour ?

Voir en ligne : Agenda des dédicaces sur le site de l’éditeur

Par Christian GRANGE

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Code EAN : 9782849535165
Pictavita ✍ Pascal Bresson ✏️ Ilaria Tebaldini à partir de 10 ans Aventure Adaptation littéraire Saint-Malo Brest
 
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5 Messages :
  • Houlala, déjà que le roman était quelconque, le film sans intérêt malgré Lucchini, alors la BD, au vu des extraits typographiés ici...

    Vivement que la BD retrouve le goût des scénarios originaux.

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    • Répondu par Gina Vanilla le 14 décembre 2024 à  22:01 :

      Sans avis (avisse à la population, hihihi), puisque je ne l’ai pas lu !
      Mais je remarque qu’il y a en librairie beaucoup d’adaptations de romans ou version dessinée de films. Ca veut dire quoi ? Crise de scénarios originaux, ou tentative de récupération des media qui fonctionnent ?

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      • Répondu par Milles Sabords le 15 décembre 2024 à  08:53 :

        En fait Gina, les éditeurs tentent de se diversifier le plus possible pour toucher de nouveaux publics. Le fait que ces dernières années, notamment grâce au développement du genre roman-graphique, des personnes qui ne lisaient pas ou très peu de BD en sont venus à en lire de plus en plus (une plus grande captation du public féminin, entre autre), cela a aussi donné des idées aux éditeurs afin de développer d’autres niches commerciales. D’ailleurs, le modèle Japonais qui permet au Manga d’aborder des sujets aussi variés que le bricolage, le sport, l’aventure, le jardinage, les contes, etc, qui est capable de donner un produit ciblé et formaté pour toutes les couches socios-professionnelles, toutes les tranches d’âges, de genres ou de minorités, n’est sûrement pas étranger à la mutation éditoriale du marché francophone dans ce sens. Revers de la médaille, il est de plus en plus difficile de proposer des scénarios originaux aux maisons d’édition, si justement, on ne suit pas ces nouvelles tendances éditoriales. Prolifération des titres, dispersement des thèmes, rentabilité plus rapide de la BD du réel en comparaison du Franco-Belge (livre plus cher du fait de la pagination mais moins coûteux en terme de fabrication qu’un traditionnel 46 pages), la BD d’aventure au long cours intéresse beaucoup moins les éditeurs.

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        • Répondu par Henry le 16 décembre 2024 à  11:04 :

          En fait, c’est Pascal Bresson qui a eu envie d’adapter le roman à la suite d’une rencontre avec David Foenkinos...
          Pas de grand calcul dans ces adaptations, surtout des rencontres humaines... et/ou artistiques.
          Et justement, à propos du film, l’envie de Pascal était de donner à voir le roman plus fidèlement que le film, dont le scénario était centré sur le personnage joué par Lucchini et négligeait le couple des jeunes auteur / éditrice.

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          • Répondu par Milles Sabords le 18 décembre 2024 à  06:52 :

            En fait, l’édition c’est d’abord un lieu d’adaptation permanente pour suivre les tendances éditoriales et avoir un contrat, ensuite vous essayez de provoquer des rencontres humaines et artistiques. Sinon, tout le monde pourrait faire un album.

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