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La Fille dans l’écran, une BD bicéphale !

Par Akira OIKAWA Très bon 28 mai 2026 
Coline veut devenir illustratrice de BD. Souffrant d’anxiété sociale, elle s’est exilée au milieu du Périgord pour travailler en paix sur ses dessins. Marley, quant à elle, est photographe. Partie vivre au Québec pour y développer son art, elle tente de joindre les deux bouts en travaillant au café du coin. Le hasard va faire se rencontrer ces deux femmes artistes, qui vont alors entamer une relation par textos interposés. Grâce aux miracles d’internet, deux francophones séparées de 5 000 kilomètres vont pourtant devenir plus proches que des meilleures amies.
La Fille dans l'écran, une BD bicéphale !
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T

La Fille dans l’écran, c’est un petit prodige éditorial proposé par Lou Lubie et Manon Desveaux. En effet, les deux bédéistes ont collaboré étroitement sur cet album en partant d’un postulat simple : Manon Desveaux dessine la vie de Coline sur les pages de gauche en noir et blanc, tandis que Lou Lubie illustre la vie de Marley sur les pages de droite en couleur. Le livre mêle ainsi parfaitement les deux styles et les deux histoires. L’album avait d’ailleurs été un coup de cœur de notre rédactrice Marianne Saint-Jacques en 2019. Aujourd’hui, parlons plus en détail de la genèse graphique de cet album si particulier.

Deux styles différents qui se complètent
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T

La Fille dans l’écran, c’est le récit d’une expérience que beaucoup d’expatriés connaissent bien : celle des tensions identitaires entre la France et le Québec. Beaucoup de Français immigrés au Québec (dont votre serviteur) sont confrontés au mal du pays, pris entre deux nations francophones. C’est toujours une sensation étrange d’entendre parler français en Amérique du nord. Lou Lubie et Manon Desveaux explorent cette question à travers les récits parallèles de Coline et Marley. Coline, voulant devenir illustratrice mais secouée de crises d’anxiété sociale, tente de compléter son livre dans la campagne périgourdine. Cherchant des références photographiques, elle tombe par hasard sur le portfolio d’une certaine Marley Laurent. La dessinatrice est immédiatement séduite, et contacte alors Marley pour lui demander la permission d’utiliser ses photos. Marley, surprise mais flattée, accepte et ressort même son vieil appareil des cartons, elle qui avait abandonné la photo pour un job plus stable de barista. Coline et Marley vont alors continuer à parler par mails, puis par textos. Les façades professionnelles de l’illustratrice et de la photographe s’estompent progressivement, pour laisser place à deux femmes faisant face à leurs problèmes respectifs et qui se cherchent l’une l’autre. Le doute, le regret, le « et si j’avais fait autrement » qui marquaient leur quotidien semblent disparaître lorsqu’elles se parlent. Et si elles essayaient de se rencontrer en vrai pour voir si elles pouvaient raconter une belle histoire ensemble ?

Le crayonné en noir et blanc d’un côté, la couleur de l’autre
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T

La grande originalité de La Fille dans l’écran, c’est cette double narration qui s’inscrit dans la mise en page même du livre. Coline, dessinée par Manon Desveaux, vit dans une campagne en noir et blanc qui évoque le crayonné de ses dessins, tandis que Marley, sous le trait de Lou Lubie, évolue dans un monde de couleurs vives et aux décors urbains. Les pages de gauche représentent l’esprit de Coline, tandis que celles de droite représentent celui de Marley. On assiste même à des jeux de mise en page très intéressants lorsque les deux personnages partagent une double page par exemple. Les deux univers se superposent de façon très naturelle.

On apprend dans les pages bonus que ce résultat a été rendu possible par la collaboration très proche des bédéistes, qui se sont installées dans un atelier commun à Montréal en 2018 pour dessiner une page par jour chacune ! En six mois seulement, les deux dessinatrices abattent une quantité de travail impressionnante pour finalement publier le livre sous deux bannières différentes : Station T au Québec en mars 2019, puis par Marabulles en France en octobre 2025.

Lorsque les héroïnes se retrouvent, les styles se mélangent
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T

Nous profitons d’ailleurs de cette note pour pousser un « petit coup de gueule » sur les couvertures des albums. Là où la couverture de l’édition québécoise représente très bien la dualité de la narration, en mettant en page Coline sur la gauche et Marley sur la droite, réunies à travers l’écran de l’ordinateur, la couverture française prend une autre approche qui enlève, à mon sens, une partie de la symbolique. L’édition française montre Marley en personnage principal, en montrant Coline uniquement à travers l’écran. On a l’impression que Marley est la protagoniste du livre, ce qui n’est pas du tout le cas. On peut se demander ce qui a justifié un tel changement de couverture, car la version québécoise fonctionnait très bien. Marabulles, n’hésitez pas à nous écrire si vous avez des réponses !

La couverture québécoise (à droite) illustre bien mieux le propos du livre que son équivalent français (à gauche) !
© Lou Lubie - Manon Desveaux - Marabulles / Station T

Véritable expérimentation graphique, La Fille dans l’écran propose une belle histoire de relations humaines, interroge sur les tensions identitaires, et parvient même à parler d’internet et des rencontres en ligne sans les diaboliser ! Un vent de fraîcheur et un album très sympathique à lire. Alors que Lou Lubie remporte le tout nouveau Prix Diversité et Égalité aux Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens et que Manon Desveaux est aujourd’hui l’une des storyboardeuses en chef de la série Miraculous : Les Aventures de Ladybug et Chat Noir, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec Coline et Marley. L’une est devenue une bédéiste reconnue, tandis que l’autre s’en est est allée raconter des histoires et vivre sa passion derrière sa tablette d’animation. Bravo mesdames !

ADDENDUM : après discussion avec les équipes de Marabulles, il s’avère que la couverture montrée est celle de la nouvelle édition française, parue en 2025, qui comporte un morceau de PVC transparent au niveau de l’écran de l’ordinateur de Marley. La couverture laisse ainsi transparaître Coline derrière une vitre transparente. Cette édition plus luxueuse est ainsi devenue un véritable livre-objet à admirer !

Par Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782501196147

FRANCE : La Fille dans l’écran, par Lou Lubie et Manon Desveaux, éditions Marabulles. Parution le 29 octobre 2025. 22,95 €.

QUÉBEC : La Fille dans l’écran, par Lou Lubie et Manon Desveaux, éditions Station T. Parution le 18 mars 2019. 29,95 CA$.

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