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Favori de la rédaction
24 juillet 2026
Boris Golzio s’était déjà fait connaître avec les excellentes Chroniques de Francine R., parues chez Glénat en 2018. Avec ce nouveau roman graphique, il revient encore plus fort, en s’appuyant cette fois sur le témoignage de Lili Rosenberg, qui l’accompagne dans l’élaboration du scénario, très certainement construit à partir de son récit.
L’ouvrage peut être divisé en quatre grands moments. La première moitié est consacrée à la vie de la famille de Lili dans le nord de la France, à son arrestation, à sa détention, puis à son transfert vers la Belgique, dans le camp de transit qu’est la caserne Dossin de Malines, l’antichambre de la mort, le « Drancy belge », où les conditions d’existence sont épouvantables. Mais oserait-on dire que ce n’est rien au regard de ce qui attend encore Lili, ses parents, ses frères et ses sœurs ?
Car on ne reste que très peu de temps à Malines. Des trains sont prêts à déporter les Juifs belges et ceux du nord de la France vers les lieux où ils seront exploités jusqu’à la mort. Pour d’autres, les convois prennent directement la direction des lieux de leur assassinat. En ce funeste 13 décembre 1943, Lili voit son père pour la dernière fois lorsqu’il monte dans un autre train que le sien. Quand les portes du wagon à bestiaux dans lequel elle a voyagé avec le reste de sa famille s’ouvrent, trois jours plus tard, c’est pour être internée au camp de concentration de Ravensbrück. Ici règnent les sévices et les mauvais traitements.
L’horreur monte encore d’un cran lorsque la famille est transférée dans le camp-mouroir qu’est devenu Bergen-Belsen. La mortalité y est telle que plus personne ne s’occupe de « traiter » les cadavres, qui jonchent le sol par milliers. L’odeur et les maladies qui en découlent sont insupportables. Lorsque les Britanniques découvrent le carnage, ils n’en croient pas leurs yeux et sont contraints de maintenir confinés, parfois de force, celles et ceux qu’ils venaient pourtant libérer.
S’ouvre alors la seconde partie de l’ouvrage, celle durant laquelle les enfants tentent de se reconstruire physiquement, tandis que leur mère, atteinte du typhus, est emmenée vers un lieu dont ils ignorent tout. Sans nouvelles d’elle, les jeunes sont placés dans différents dispensaires, au milieu d’autres enfants incapables de comprendre l’état de dénuement physique dans lequel se trouvent les rescapés de Bergen-Belsen.
À peu près remis sur pied, un semblant de vie normale reprend. Lili devient adolescente, puis adulte. Elle entre dans la vie active. Il faudra attendre les mensonges des négationnistes, diffusés auprès du grand public à partir de la fin des années 1970, pour qu’elle accepte de témoigner dans les classes. Commence alors la troisième partie, consacrée à la transmission de la mémoire et à l’action menée par Lili, notamment auprès des jeunes.
Pour clore ce roman graphique, la dernière partie raconte la genèse même de l’ouvrage que l’on tient entre les mains. On découvre comment Boris Golzio a rencontré Lili et comment est née l’idée de réaliser ce roman graphique puissant. L’auteur dévoile également les recherches historiques qu’il a menées pour nourrir son récit. Il partage ainsi avec le lecteur le fruit de ses découvertes, en éclairant notamment l’histoire du camp de Ravensbrück, et plus particulièrement celle de son camp annexe d’Uckermark, doté d’une chambre à gaz destinée à l’élimination des déportés jugés inaptes au travail.
On apprend également énormément sur les derniers mois du camp de Bergen-Belsen et sur le rôle qu’y a joué Josef Kramer, auparavant commandant du camp de concentration de Natzweiler, en Alsace annexée, puis appelé à Auschwitz-Birkenau pour superviser l’« Opération Hongrie », destinée à assassiner, en un temps record, quelque 450 000 Juifs hongrois.
Graphiquement, c’est tout simplement magnifique et particulièrement bien trouvé. Les dessins réalistes montrent l’horreur avec une grande force. L’ambiance, tout en noir et en niveaux de gris, que l’on retrouvait déjà dans les Chroniques de Francine R., est cette fois rehaussée, à de nombreuses reprises, par des halos de rouge. Les regards sont floutés, comme sidérés par les horreurs qui se déroulent sous leurs yeux.
Un roman graphique qui démontre que Lili est restée debout tout au long de sa vie et qu’elle le restera jusqu’au bout. Et lorsqu’elle ne sera plus physiquement de ce monde, ce travail magistral prendra le relais, en conservant intacte toute la force de celle qui aura œuvré toute sa vie pour que plus jamais cela ne se reproduise.
Par Romain BLANDRE
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