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Rentrée 2026 : témoigner de la Shoah par le dessin

Par Didier PASAMONIK Excellent 14 août 2026 
Le 3 octobre 1940 est promulguée la loi « portant statut des Juifs », signée par le maréchal Pétain. Les premières rafles commencent. En juillet 1942, Georges Koiransky est arrêté parce qu’il est juif. Il a été dénoncé. Mais, en vertu d’une ordonnance allemande, étant marié à une femme chrétienne et son fils ayant été baptisé chrétien, il devrait être libéré. Le document attestant cette situation doit toutefois être validé par le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), et cette dispense n’est pas encore parvenue aux autorités au moment de son arrestation. Georges Koiransky est donc interné à Drancy. Il n’en est libéré qu’en mars 1943. Il en rapporte un témoignage précieux : il a vu et dessiné ce qu’il a vécu dans ce camp, antichambre de la déportation et de la mort, notamment vers Auschwitz-Birkenau.

Il assiste d’abord aux interrogatoires des Juifs arrêtés par la Police aux questions juives (PQJ), un service collaborationniste français participant à la répression antisémite. Puis il est interné à Drancy, dans une partie de la Cité de la Muette, ensemble architectural avant-gardiste de Seine-Saint-Denis, dont les tours sont alors considérées comme les « premiers gratte-ciel français  ». Le bâtiment en forme de « U » avait d’abord été transformé par la Wehrmacht en camp pour les prisonniers de guerre français et britanniques, sous le nom de Frontstalag 111, avant de devenir, à partir d’août 1941, un camp d’internement pour les Juifs. Les premiers convois de déportation quittent Drancy pour Auschwitz en mars 1942.

Georges Koiransky est interné à Drancy le 12 juillet 1942, quatre jours seulement avant la rafle du Vél’ d’Hiv, les 16 et 17 juillet. Il assiste ainsi à l’arrivée des victimes des grandes rafles de l’été 1942, notamment des femmes et des enfants, et à l’intensification des déportations. Or, il se trouve qu’il dessine plutôt bien. Il fait alors la connaissance de René Blum, frère cadet de Léon Blum, journaliste, critique d’art et ancien directeur artistique des Ballets russes. Celui-ci l’encourage à témoigner par le dessin de ce qu’ils vivent dans le camp. Koiransky réalise clandestinement des centaines de croquis et parvient à en faire sortir certains, malgré les risques encourus.

Libéré en mars 1943, il entreprend la rédaction de son Journal d’un interné : Drancy, 1942-1943, qui ne sera publié qu’en 2017, aux éditions Créaphis, dans une édition présentée et commentée par l’historien Benoît Pouvreau. Dès 1947, en revanche, Koiransky avait publié à compte d’auteur, sous le nom de Georges Horan, un saisissant recueil de dessins intitulé Le Camp de Drancy, seuil de l’enfer juif.

C’est ce témoignage qui est adapté ici. Avec l’expertise historique de Benoît Pouvreau, l’album raconte la terrible histoire de cette « antichambre d’Auschwitz ». Hervé Duphot entrecoupe ses propres planches d’authentiques dessins de Georges Koiransky, ce dialogue graphique donnant encore davantage de force à son interprétation. Dans la lignée de ses précédents ouvrages consacrés aux droits des femmes chez Marabulles, Simone Veil, l’immortelle, puis Le Manifeste des 343, il intervient ici en tant qu’auteur complet.

Un ouvrage utile en cette rentrée pour perpétuer la mémoire de la Shoah, alors que certains tentent encore aujourd’hui de la relativiser, voire de la nier.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782413088318
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