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28 juillet 2026
« Chaïm a 60 ans en 1989 lorsque, sur les conseils de sa sœur Sarah, il entreprend de dessiner son histoire, écrivent les éditeurs William Henne et Xavier Löwenthal dans l’une des deux préfaces de l’ouvrage. « Chaïm Kaliski, alias Jim d’Etterbeek, est né en 1929 à Etterbeek, commune de Bruxelles, dans une famille juive polonaise. Après l’arrestation et l’assassinat de son père, Abram, déporté à Auschwitz en 1944, il survit à l’Occupation en vivant dans la clandestinité avec sa mère, Fradla. Jusqu’à sa mort, en 2015, il réalisera plus de 6 000 dessins, généralement sur de grandes feuilles de papier Canson à grain, ou sur tout ce qui lui tombe sous la main… »
« Je suis très heureux de pouvoir préfacer ce troisième volume des œuvres de "Jim d’Etterbeek", cet orphelin qui resta, toute sa vie, habité par la Shoah, habité au sens propre, comme on l’est par une douleur qui ne vous quitte jamais, écrit de son côté l’historien et politologue Joël Kotek. […] Chaïm Kaliski fait surgir, une nouvelle fois, avec une force qui donne le vertige, la destruction des Juifs d’Europe, cette yiddishkeit à jamais disparue. Que serait aujourd’hui la judaïcité européenne sans ce "ça", cette mécanique froide, patiente et méthodique que l’on appelle la Shoah ? En quelques années, les nazis ont tenté de clore, non sans succès, d’un coup de hache, près de deux mille ans de vie juive européenne. Non pas seulement assassiner des hommes, des femmes et des enfants, mais abattre une civilisation : ses courants de pensée, ses langues, ses bibliothèques, ses débats, ses querelles fécondes, ses mille et une manières d’habiter le monde… »
Avec Le Génocide des Juifs d’Europe, Chaïm Kaliski élargit le champ de ses deux précédents témoignages, consacrés à son enfance à Etterbeek puis à la déportation des Juifs de Belgique à travers la caserne Dossin, à Malines. Il embrasse cette fois l’ensemble du processus d’extermination des Juifs d’Europe : la montée de l’antisémitisme d’État, les lois de Nuremberg, les pogroms, la Nuit de Cristal, la création des ghettos, les rafles, les déportations et le fonctionnement des camps d’extermination. Il évoque également le pillage systématique des biens juifs, les massacres perpétrés par les Einsatzgruppen, les expérimentations médicales, la récupération des dents en or des victimes, ainsi que les multiples formes de collaboration mises en place dans les pays occupés. Kaliski n’élude pas non plus les responsabilités politiques et religieuses qu’il estime avoir favorisé ou laissé se dérouler le génocide, notamment celles du régime de Vichy ou du Vatican sous Pie XII. Son regard embrasse toute la géographie de la persécution, de la Pologne à la France, de la Belgique aux Balkans, jusqu’à l’Afrique du Nord et à la Palestine sous mandat britannique.
On connaît désormais son dessin, proche de l’art brut, naïf en apparence mais d’une précision implacable, nourri par son regard singulier sur le monde. C’est en cela que Le Génocide des Juifs d’Europe constitue une véritable œuvre de mémoire, un cénotaphe qui redonne ici un visage, là un nom et une histoire à quelques-unes des millions de victimes dont Chaïm Kaliski se fait, au crépuscule de sa vie, le porte-voix.
Allez voir ses originaux au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, à Paris. C’est de l’émotion à l’état pur.
Par Didier PASAMONIK
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L’album Le Génocide des Juifs d’Europe – Par Chaïm Kaliski – Ed. La 5e Couche – préfaces de William Henne et Xavier Löwenthal et de Joël Kotek. 320 pages.
Exposition Chaïm Kaliski. « Jim d’Etterbeek »
Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71 Rue du Temple
75003 Paris