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Bonjour Béatrice. Vous êtes la dessinatrice de Lycornes. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Béatrice Penco Sechi : Je suis dessinatrice et coloriste. Sur mes prochains projets, je serai également scénariste. J’ai commencé à travailler dans la bande dessinée en 2019 avec Lady Doll, un diptyque publié aux éditions Soleil. Depuis, j’ai réalisé plusieurs albums, jusqu’à Lycornes, paru au printemps aux éditions Drakoo.
Pouvez-vous nous présenter Lycornes ? Quel est le pitch de l’album ?
Lycornes raconte l’histoire de deux sœurs, Jehanne, l’aînée, et Blandine, la cadette. Ensemble, elles partent à la recherche du Bois d’Argent et de la licorne dans l’espoir de guérir Blandine de sa maladie. Mais, au-delà de cette quête, c’est avant tout une histoire de découverte de soi, au cours de laquelle les deux héroïnes vont construire leur identité et grandir.
Le design des licornes est très original, loin des représentations habituelles. Comment avez-vous imaginé leur apparence ?
Cette approche était au cœur de l’idée d’Aurélie Wellenstein, la scénariste. Nous voulions retrouver la licorne telle qu’elle apparaît dans les bestiaires médiévaux, bien loin de son image contemporaine. Graphiquement comme symboliquement, il ne s’agit pas d’une licorne rose, couverte de paillettes et très pop, mais d’une créature fantastique, pure, mystérieuse, magique, sauvage et même dangereuse. C’est cette dimension de la licorne médiévale que nous voulions retrouver.
Selon vous, la licorne symbolise-t-elle une forme de liberté que le patriarcat cherche à contrôler ou à étouffer ?
La licorne est un symbole aux multiples significations. Bien sûr, on peut y voir une représentation de la féminité et de la liberté des femmes, mais elle incarne aussi quelque chose de profondément liminal, à la frontière entre plusieurs mondes. C’est une créature dont on ne sait jamais vraiment s’il faut l’approcher ou la fuir, tant elle est fascinante et dangereuse. Pour moi, elle symbolise avant tout notre intériorité, qu’elle soit féminine ou masculine.
Comment décririez-vous la relation entre Jehanne et Blandine ?
Je parlerais avant tout d’une relation de sororité, mais d’une sororité assez inattendue. Au premier regard, on pourrait croire que Jehanne, l’aînée, est la plus forte, parce qu’elle a un tempérament de guerrière. Pourtant, je pense que la véritable force réside chez Blandine. Malgré sa maladie et la malédiction qui la frappe, elle fait preuve d’un immense courage et ne perd jamais espoir. C’est cette force intérieure qui lui permet de surmonter son destin. Jehanne est forte, elle aussi, mais elle laisse davantage apparaître sa vulnérabilité, notamment parce qu’elle est constamment inquiète pour sa sœur. J’aimais cette inversion des rôles entre les deux personnages.
Malgré son inscription dans le registre young adult, Lycornes développe un univers particulièrement sombre. Qu’est-ce qui vous attire dans ce type de récit ? Est-ce cette période de transition, où l’on quitte l’enfance pour construire son identité d’adulte ?
À mes yeux, le young adult est bien plus qu’un genre littéraire : c’est une responsabilité. Ces histoires s’adressent à de jeunes lecteurs qui sont en train de grandir et de devenir adultes. Il est important de leur montrer que la vie n’est pas toujours simple ou lumineuse. Elle comporte aussi une part d’ombre, des épreuves et des difficultés qu’il faut apprendre à surmonter. Je pense que notre rôle, en tant qu’auteurs, est d’écrire des récits capables d’accompagner les lecteurs tout au long de ce cheminement.
En découvrant votre parcours, j’ai vu que les chevaux occupent une place importante dans votre vie. Est-ce une passion ou s’agit-il d’une véritable activité professionnelle ?
La bande dessinée est mon métier, mais les chevaux représentent un véritable choix de vie. J’élève des chevaux de sport et ils comptent presque comme des enfants pour moi. Ces deux activités sont avant tout des passions. Je ne peux pas dire que l’une passe avant l’autre : elles sont profondément liées et font toutes deux partie de mon quotidien.
En quoi votre relation avec les chevaux influence-t-elle votre travail de dessinatrice ?
Oui, bien sûr. Lorsqu’une histoire met en scène des chevaux ou des créatures qui leur ressemblent, il est essentiel de bien connaître ces animaux. Ils ont chacun leur personnalité et leur propre manière de s’exprimer. Vivre à leurs côtés m’aide à mieux comprendre leur comportement et à rendre ces personnages plus justes et plus crédibles dans mes dessins.
Vos albums mettent souvent en scène des personnages marginaux ou des univers empreints de noirceur. Est-ce un registre dans lequel vous souhaitez continuer à évoluer, ou avez-vous envie d’explorer d’autres types de récits et de personnages ?
Oui, je pense que je vais continuer dans cette direction. Je ne sais pas vraiment pourquoi, c’est sans doute une sensibilité personnelle. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est d’explorer les zones grises des personnages. Je suis convaincue que nous en avons tous. Les personnages uniquement lumineux, parfaits ou toujours positifs ne me paraissent pas réalistes. J’ai besoin de raconter des histoires plus nuancées, parfois dures ou sombres, parce que c’est aussi cela, la réalité. Et je la trouve belle telle qu’elle est.
Dernière question, quels sont vos prochains projets ?
Je travaille actuellement sur deux projets, en tant que scénariste et co-scénariste. Je ne peux pas encore en dévoiler beaucoup, mais l’un est une réinterprétation d’un récit mythologique, tandis que l’autre revisite un ballet très célèbre. Le premier adopte une approche très gothique, tandis que le second propose une lecture plus contemporaine, tout en conservant les grandes thématiques qui ont fait la force de ces œuvres. J’espère que les lecteurs apprécieront ces nouvelles interprétations.
Il y aura des chevaux ?
Pas des chevaux, mais d’autres animaux.
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En médaillon : Béatrice Penco Sechi
Photo © Christian Missia Dio
À lire sur ActuaBD :
Lycornes - Aurélie Wellenstein & Béatrice Penco Sechi – éditions Drakoo. Album paru le 1er avril 2026. 64 pages, format 243 x 322 mm, 16,90 euros.