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Très bon
25 juillet 2026
La toile de fond : une friche condamnée à disparaître. En effet, un projet immobilier menace de la raser intégralement afin d’y construire une ville répondant aux standards de l’époque.
Franz, surnommé « Flèche » parce qu’il a toujours de bonnes idées, en est profondément affecté. Pour lui, le mot « futur » renvoie instinctivement à la destruction de tout ce qu’il connaît : le paysage, bien sûr, mais aussi, et surtout, sa vieille mère, avec qui il vit toujours.
Cette dernière se révèle aussi touchante que drôle, comme lorsque son fils vient lui annoncer que le cinéma vient d’être démoli. Elle lui répond, sur un ton parfaitement détaché : « C’est la vie. » Une réponse simple qui illustre la clairvoyance de cette vieille femme face au refus obstiné de Franz, qui ne trouve rien d’autre à répliquer que : « Elle était aussi bien avec un cinéma, la vie. »
C’est cette dualité qui est au cœur du récit et qui consume progressivement le protagoniste. À travers ce regard, Simon Beuret interroge directement le lecteur sur son rapport au progrès, au vieillissement et, plus largement, au changement. À leur place, serions-nous capables de nous adapter ? Franz, lui, a fait le choix de ne pas s’y plier. Incapable d’envisager ce qui s’impose à lui, il entreprend une véritable vendetta contre l’avenir, sabotant peu à peu chacune de ses avancées. Si ce geste peut paraître impulsif, il demeure parfaitement compréhensible tant l’auteur parvient, dès les premières pages, à nous attacher à son personnage. Sans pour autant approuver ses choix, on en saisit pleinement les motivations.
Chaque fois que le futur pointe le bout de son nez, Franz entre en résistance. Il tente de mettre toutes les chances de son côté, même si tout porte à croire que le combat est déjà perdu d’avance. Cette énergie permanente se retrouve également dans le dessin, véritable point fort de l’album. Simon Beuret s’amuse à déformer les corps pour mieux traduire le mouvement, l’effort et la précarité de ses personnages. Les cases, volontairement très chargées, renforcent la sensation d’étouffement, tandis que les grues, les pelleteuses ou encore les bâtiments finissent par dominer les habitants, illustrant avec force la progression inexorable d’une modernité qui écrase tout sur son passage.
Cette intensité graphique se répercute parfois sur la narration, qui peut sembler quelque peu disparate, passant d’une scène à l’autre sans véritable fil conducteur. Mais cette légère faiblesse n’enlève rien aux qualités de l’ensemble, magnifié par un superbe noir et blanc. Ce parti pris esthétique donne toute sa profondeur à l’univers, nous plongeant immédiatement dans une profonde mélancolie et, par conséquent, dans l’état d’esprit des personnages.
Flèche est avant tout une bande dessinée sensible et profondément humaine, consacrée à celles et ceux qui peinent à trouver leur place dans un monde en perpétuelle mutation. Nous sommes ainsi face à une fable aussi loufoque que terrifiante, terrifiante par la lucidité du portrait qu’elle dresse de notre société. En somme, une histoire parfaitement douce-amère.
Par Simon GAUMET
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Flèche - Par Simon Beuret - Ed. Atrabile