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Excellent
24 juillet 2026
Flot est plus divisée que jamais : d’un côté, Doña Laura règne d’une main de fer sur la cité ; de l’autre, Don Juan continue de prôner la liberté et d’attirer à lui ceux que séduisent ses promesses d’émancipation. Mais la ville s’enfonce dans la peur, entre actes de terrorisme, méfiance généralisée et l’ombre menaçante du Comendador qui plane désormais sur chaque décision.
Le conflit n’est plus seulement personnel : il engage deux visions du bien commun, deux façons de gouverner, deux idées de ce qu’une cité peut tolérer sans se perdre.
Le titre annonce clairement la filiation avec Dom Juan ou le Festin de pierre : ici encore, le banquet devient le lieu symbolique où la parole, la défiance et le châtiment se rencontrent. Le Comendador, enfermé dans son carcan de bois, prend la place de cette figure d’avertissement qui, chez Molière, annonce l’effondrement du libertin face à une force qu’il a méprisée.
La série en fait moins un simple ressort fantastique qu’un révélateur politique : ce n’est plus seulement le héros qui est jugé, mais toute une ville qui doit répondre de ses choix.
Don Juan reste fidèle à lui-même : désinvolte, insouciant, libertin, il aide la population à développer de nouveaux dons sans avoir à payer de tribut, comme s’il voulait offrir une liberté pure, débarrassée des prix à payer et des tutelles oppressives.
En face, Laura défend un ordre plus rigoureux, persuadée qu’une cité ne peut survivre sans discipline, sans limite et sans autorité forte.
Ce dernier acte pousse ainsi au bout l’opposition entre émancipation et contrôle, en laissant apparaître le coût réel des idéaux quand ils se heurtent à la violence du monde.
Le récit d’Isabelle Bauthian gagne alors en intensité :
Don Juan paraît généreux, mais ses actes ont des conséquences ; Laura veut protéger, mais durcit la cité ; le Comendador incarne une parole cinglante qui force chacun à se positionner.
C’est précisément cette ambiguïté qui donne du relief au final et qui évite à la conclusion de sombrer dans le simple affrontement héroïque.
Ce troisième volet fonctionne parce qu’il assume la dimension de tragédie romanesque annoncée depuis le début.
L’écriture de Bauthian reste claire, tendue, et sait conserver une vraie tension morale tout en avançant à bon rythme vers la confrontation finale. On aime particulièrement la manière dont la série fait du mythe de Don Juan un outil pour parler du pouvoir, de l’adhésion populaire et de la fragilité des utopies.
Graphiquement, Rebecca Morse conserve ce qui faisait déjà la force de la série : une ville lisible, des visages expressifs, des scènes d’action nettes et une atmosphère qui s’assombrit au bon moment.
Le trait reste fluide, mais la fin a quelque chose de plus grave, presque funèbre, qui donne au Festin de bois une vraie tenue dramatique. On sort de cette trilogie avec l’impression d’avoir vu un mythe ancien se reformuler en fiction politique moderne, sans perdre sa charge de séduction ni sa violence.
Par Milan MORALES
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Vous pouvez retrouver ici nos précédentes chroniques :
– les tomes 1 & 2