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Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic, le début sans fin

Par Akira OIKAWA Pas mal 22 septembre 2026 
Dans la ville de Silvermoore, chacun a sa place et doit y rester. Les Sages, au sang translucide, dirigent la cité et préparent les potions qui font la fortune de la ville. Les Magiciens, hybrides mi-hommes, mi-animaux, les servent en mettant à disposition leur sang bleu, puissant catalyseur magique. Enfin, les Sangs rouges, jugés inutiles, sont exilés dans la Fosse, où ils sont moins considérés que des bêtes. Au milieu de ce système cruel mais accepté de tous (ou presque), le jeune Gus est un Sage en plein apprentissage, voué à maîtriser l'art des potions et à devenir un intermédiaire entre le monde des humains et les monstrueuses boutiques de la rue Fracastic qui fournissent tous les ingrédients indispensables à la préparation de remèdes. Mais le jour où sa sœur Edna disparaît, Gus se promet de la retrouver. Même si cela implique de plonger dans les profondeurs de la rue…

Paru fin août 2026, La Boutique carnivore est le premier volume de la série Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic, paru aux éditions Dupuis. Né de la collaboration entre Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario) et Héliodore (dessin), l’album met en pages l’univers fantastique et « steampunk » de Silvermoore. On y suit Gus, un jeune Sage appartenant aux classes aisées de la ville, destiné à apprendre les secrets magiques et devenir un préparateur de potions accompli. Grâce à sa naissance et à son sang translucide, il est protégé de la misère des bas-fonds de la ville. Mais lorsque sa sœur aînée disparaît dans les tréfonds de la rue Fracastic, où s’alignent des boutiques vivantes indispensables à la préparation de potions, le garçon décide d’enquêter. Armé de son encyclopédie, Gus décide de descendre dans la rue, accompagné de Lou et Nina, deux enfants Sangs rouges dont il a monnayé les services. Mais de sombres secrets se cachent dans les profondeurs de la rue, et Gus lui-même semble avoir plongé au cœur d’une machination qui le dépasse…

Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic, le début sans fin
Lorsqu’Edna disparaît, Gus se lance à sa recherche...
© Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario), Héliodore (dessin) - Dupuis

Lorsqu’on referme ce tome 1, il reste un certain goût d’inachevé dans la bouche. Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic a clairement été pensé comme une série dès le début, ce qui fait que ce premier volume sert principalement à distiller des informations qui ne trouveront de réponse que dans les suites. Nous avions fait un commentaire similaire pour Le Bazar Bizarre de Valentina Venegoni et Ofride (éditions Jungle), dont le postulat de base est d’ailleurs assez proche. Dans les deux séries, on suit un enfant, héritier en devenir d’un savoir magique, mais dont les explorations le mènent à découvrir des secrets plus sombres sur son héritage, et dans les deux cas, le lecteur est bombardé d’informations visant à établir l’univers du récit sans que le premier tome se suffise à lui-même. Le monde des Boutiques fantastiques de la rue Fracastic est très riche et dense, et l’album consacre d’ailleurs les premières pages à dérouler une explication détaillée de tout ce que le lecteur doit savoir. Problème, ce dernier vient à peine d’ouvrir le livre et on lui demande déjà d’ingurgiter une quantité excessive d’informations, sans savoir ce qui sera vraiment important pour la suite. D’ici à ce que les auteurs mettent soudainement leurs lecteurs face à des interros surprise, il n’y a qu’un pas.

Et notez bien tout, ce sera évalué !
© Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario), Héliodore (dessin) - Dupuis

On peut faire un commentaire similaire à propos de la critique sociale présente dans la série. Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic établit clairement un parallèle entre son univers et l’Angleterre victorienne, une inspiration clé du genre « steampunk ». Certaines castes sont, par leur simple naissance, au-dessus des autres, tandis que d’autres sont reléguées à pourrir au fond de la Fosse. On comprend le message et la comparaison avec les castes nobles et les enfants ouvriers, mais on a tout de même du mal à comprendre la façon dont les différentes dynamiques sociales fonctionnent concrètement. Il est difficile d’imaginer Silvermoore, une cité riche et prospère à l’échelle du multivers entier, ne pas avoir davantage de diversité sociale. Sans même chercher à savoir pourquoi les Sages ne cherchent pas à améliorer les conditions de vie de tous les habitants (regardez n’importe quelle société capitaliste d’aujourd’hui, vous aurez la réponse), on peut se demander comment les Sages ont gardé la mainmise totale sur la ville, tout en agissant comme un hub commercial du multivers. Pourquoi ne pas avoir montré que à l’intérieur même des différentes castes, il existe différentes approches et philosophies ? Il est clair que les autrices ont des réponses à ces questions qui seront révélées au fur et à mesure, mais en l’état, on doit se contenter d’un « c’est comme ça et puis c’est tout ». Encore une fois, on se retrouve avec ce même problème : un univers très riche qui empêche l’album de proposer une histoire autosuffisante où certaines questions trouvent déjà un début de réponse. Or, tant que Dupuis ne donne aucune confirmation, on ne sait pas encore combien de volumes il faudra attendre pour avoir une conclusion satisfaisante. Faudra-t-il patienter trois, cinq, ou dix volumes pour voir où l’histoire veut en venir ? Comme avec Le Bazar Bizarre, « votre achat constitue un investissement sur la qualité de la saga à venir ».

La rue Fracastic, belle mais mortelle...
© Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario), Héliodore (dessin) - Dupuis

Cependant, tout n’est pas perdu, car ce tome 1 des Boutiques fantastiques de la rue Fracastic est sauvé par ses personnages. Gus, Lou et Nina forment un trio attachant aux personnalités bien établies. Gus, candide et inexpérimenté, regarde les dangers autour de lui avec fascination et naïveté, tandis que les enfants des rues que sont Lou et Nina sont plus désabusés et prudents. Mais tous trois ont bon cœur et ont finalement un but commun : s’en sortir. Une proximité se crée donc entre le lecteur et ces enfants, projetés dans un monde plus grand qu’eux. Lorsque le tome 2 sortira, on ne sera pas mécontent de le feuilleter, ne serait-ce que pour retrouver ces personnages attachants. Héliodore a également produit un très bon travail d’illustration et de chara-design, donnant à chacun une identité graphique caractéristique. Lorsqu’ils évoluent à travers les décors fantasques et merveilleux de la rue Fracastic, on a droit à de très belles double-pages.

Un trio de personnages attachant
© Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario), Héliodore (dessin) - Dupuis

La Boutique carnivore est un premier tome tout à fait correct, mais qui est clairement pensé comme le début d’une série. L’album pose beaucoup de questions sans apporter de réponses, au mieux quelques pistes de réflexion. Si l’atmosphère établie par le dessin d’Héliodore vous plaît, il ne sera pas une mauvaise lecture. Mais nous conseillerons plutôt d’attendre la parution de quelques tomes avant de vous décider. La question demeure, pourquoi autant de parutions jeunesse cherchent avant tout à lancer des séries et des univers, sans forcément chercher à proposer des albums autosuffisants qui laissent des portes ouvertes à des suites ? N’est pas Harry Potter qui veut…

Par Akira OIKAWA

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Code EAN : 9782808511421

Les Boutiques fantastiques de la rue Fracastic, tome 1, La Boutique carnivore, par Sydelia Guirao (scénario), Carbone (scénario), et Héliodore (dessin), éditions Dupuis. Parution le 28 août 2026. 13,50 €.

Dupuis ✍ Carbone ✍ Sydelia Guirao ✏️ Héliodore à partir de 9 ans Aventure Fantastique Magie Mystère
 
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