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Tim Probert : « LightFall a surpris les libraires par sa capacité à toucher un public adulte. » [INTERVIEW]

Par Kelian NGUYEN Lyne GEYNET 24 juin 2026 
Alors que vient de sortir le 4e tome de la série à succès LightFall, Tim Probert s'est plié au jeu de l'interview pour ActuaBD. Véritable phénomène de librairie, la série d'abord destinée à un public jeunesse touche en réalité une cible bien plus large : la série d'Heroic Fantasy, miroir philosophique d'une société en décadence, en est ici à son antépénultième volume. Il n'a fallu qu'attendre sa sortie en librairie pour atteignent, comme ses prédécesseurs, le sommet du top des ventes. Rencontre.

- Est-ce que vous voyez une différence entre les publics français et étasuniens ?

– C’est mon troisème voyage en France, les Français sont super (haha) ! Je pense que oui, l’une des choses que j’ai remarquée par rapport au public français, c’est que ce ne sont pas seulement des enfants qui lisent mes livres mais en France : il y a vraiment toute une culture de la BD, ce qui n’existe pas vraiment aux États-Unis. Donc, quand je viens ici pour faire des dédicaces, bien plus d’adultes viennent et disent qu’ils ont lu les livres et qu’ils les ont aimés. Ce qui est très spécial pour moi, car j’ai pensé ces livres non pas comme des livres pour enfants mais bien comme des livres normaux, destinés à tout le monde. Pour moi il n’y a pas de limite d’âge. Oui, c’est une chose vraiment bien que j’ai remarqué avec le public français.

- En France, cependant, la série était vendue au départ comme une série jeunesse ?

– Oui, bien sûr. Ça a peut-être surpris les libraires, je pense que certaines fois, ce sont les parents des enfants à qui étaient destinés les livres à la base, qui vont les lire. Les enfants le lisent d’abord, puis les parents en prennent connaissance et ils finissent par aimer le livre encore plus que l’enfant ! Je ne sais pas si c’était pensé de cette façon à la base en termes de marketing, mais j’en suis très content !

- Vous avez commencé dans le cinéma d’animation mais aussi dans Donjon & Dragon, est-ce une manière de faire votre propre Donjon & Dragon ?

– C’est une bonne question… D’une certaine manière, c’est le cas. En réalité je n’ai jamais joué à Donjons et Dragons étant petit, mais j’avais le livre et je m’amusais à créer des personnages. Donc je pense que ma passion pour la création de personnages vient de là et est resté intacte. Donc oui, d’une certaine manière c’est ma façon de créer mon propre Donjons et dragons.

- Qu’est-ce que l’on trouve aujourd’hui dans votre bibliothèque ?

– Je lis beaucoup de BD. Également j’essaye de lire un peu de tous les styles. Fiction et réalisme. Je pense que je ne veux pas tomber dans le piège qui est de trop lire le même type d’histoires que ce sur quoi je travaille... Donc j’essaye de lire autant de choses différentes que possible. En ce moment je lis Le Sympathisant, il a récemment été adapté en série sur HBO je crois. Le livre est actuellement dans mon sac, haha !

Le Sympathisant a aussi été adapté en BD en 2025

- Avez-vous quelques références françaises en Fantasy ?

– J’en ai effectivement. Il me semble qu’a chacune de mes visites en France, je suis rentré chez moi avec de très beaux livres français que je lis grâce a Google traduction sur mon téléphone, haha ! Récemment j’ai acheté Ténébreuse de Vincent Mallié et Hubert qui a aussi été traduit en anglais et que j’ai donc pu lire ! Oui il y a pas mal de littérature française chez moi !

- Est-ce que vous ressentez une différence dans la manière de s’exprimer en animation et en BD ?

– Oui, c’est certain ! Quand je travaillais dans l’animation, je faisais tous ce dont j’avais besoin avant de créer ma séquence animée, c’est-à-dire : le charadesign, les story-boards, les personnages, les couleurs... Tout ça je l’ai gardé aujourd’hui quand je fais mes BD.

Je pense, pour ma part, que la plus grande différence entre l’animation et la BD, c’est à quel point la BD est directe. Dans l’animation, il y a de grandes équipes, c’est un grand processus et c’est incroyable. Les interprétations de chacun y passent. Alors que lorsqu’on fait une BD, on passe directement de l’idée au dessin. L’idée se concrétise sur le papier grâce à la main de l’artiste.

C’est cet aspect merveilleux de la BD que j’adore. Ce qui est un peu différent de l’animation : on perd la musique, les bruitages/les sons et le mouvement, qui sont également des éléments merveilleux. Vous savez, ils ont tous les deux leurs avantages et inconvénients.

- Souvent, les auteurs qui passent de l’animation à la bande dessinée le justifient par la volonté de raconter leurs propres histoires, est-ce votre cas ?

– Oui, l’idée principale était de raconter cette histoire grâce à l’animation, mais je suis très heureux qu’elle a fini par être une BD, sous la forme d’un livre. Et c’est également plaisant d’être l’unique créateur de quelque chose. Et d’un autre côté, le travail d’équipe me manque. Le studio dans lequel je travaillais, bien avant que je parte, avait séparé les animateurs, la majorité télétravaillait. Et dans ces moments-là, je me disais qu’aller travailler au bureau me manquait. Dans le travail d’équipe, il y a plus d’échange d’idées, aussi on sent les énergies de chacun, on peut réagir aux propositions de chacun. Donc oui, ça me manque. Peut-être qu’un jour je retravaillerai de nouveau en équipe !

- Comment caractériseriez-vous l’équilibre entre Béa et Cad, vos personnages principaux ?

– Ils évoluent et apprennent les uns des autres. Ils ont chacun leur trajectoire évolutive propre mais ne perdent en aucun cas le cœur de leur personnalité. Car c’est un autre point qui montre qu’aucun n’a plus raison ou tort que les autres : ils peuvent tous apprendre les uns des autres, comme par exemple : " Ne te précipite pas dans une pièce remplie de monstres. Pose-toi avant, réfléchis-y et ensuite vas-y ! " » ou quelque chose comme ça. Également ils apprennent à faire de plus en plus de choses et à traverser des épreuves seuls.

Par exemple, dans le 4e livre, il y a un grand sujet que je voulais aborder : les personnages ont grandi et appris ensemble et dans ce livre, là ils sont séparés et ils doivent s’en sortir seuls et montrer à quel point ils ont appris et évolué.

- Au départ, vous parliez d’une série en trois tomes, aujourd’hui voici le quatrième, jusqu’où allez vous continuer ?

– Je ne le dirai jamais, haha ! Non, en réalité, on a prévu six livres au total. Je viens de commencer le 5e et ensuite il y aura le 6e qui marquera la fin de l’histoire. Je n’aime pas les histoires qui traînent et ne se terminent jamais jusqu’au point où l’on ne se souvient même plus de pourquoi elles ont été créées à la base. Donc, j’ai toujours eu en tête la fin de cette histoire. Elle arrive… (rires)

- Souvent, ce qui peut différencier la Fantasy jeunesse de l’adulte, c’est le sujet de la mort. Pour l’instant, la plupart des personnages principaux sont encore vivants. Est-ce que la mort est taboue ?

– Taboue ? Non, je ne pense pas que ce sujet soit tabou. Je pense que c’est important d’avoir cet enjeu-là et d’en explorer la signification. Et il reste toujours deux livres à faire, donc je ne sais pas si tout le monde survivra, haha.

C’est quelque chose avec quoi je me suis toujours battu : le fait de tuer un personnage principal. Car, si on le garde en vie trop longtemps, on perd l’enjeu que le danger de l’histoire représente. C’est pour ça que dans ce dernier livre, j’ai vraiment voulu explorer l’idée de la mort et de la vie après la mort. Et confronter tout ça, cela a été plutôt marrant bizarrement, haha.

- Souvent, en Fantasy, il y a une binarité entre bon et méchant. Dans LightFall, il y a plus de nuances. Est-ce que l’ère des méchants est révolue ?

– Je le pense, oui. Je voulais raconter une histoire où il n’y avait pas de méchant évident. Et dans laquelle donc, il n’y a pas de solution simple aux problèmes et aux enjeux de ce monde. Ce qui selon moi, la rend plus réelle et plus connectée à la réalité.

Ce n’est pas comme dans ces histoires où il y a une solution-miracle, où l’on tue tel méchant et tout s’arrange. Je voulais d’une histoire où les personnages se rendent compte que s’ils tuent le méchant, cela créerait de nouveaux problèmes. Cette alternative, selon moi, réside au cœur des personnages et de leur développement au cours de l’histoire. Plus généralement, ils ne se concentrent pas sur le fait qu’il faut sauver le monde, ils essayent juste de le rendre un peu meilleur, ou du moins trouver un nouvel équilibre, une nouvelle harmonie afin que tout le monde puisse vivre dans ce monde. Mon but n’est jamais de créer une utopie.

- Est-ce lié à votre statut d’artiste vivant aujourd’hui aux États-Unis où la politique, ces dernières années, est devenue plus... radicale ?

– Je n’essaye pas d’écrire un livre sur le temps qui court, mais c’est vrai que nous vivons une période sombre et difficile. Et ce genre de périodes tendent à se répéter au cours de l’histoire. Donc LightFall n’est pas à propos de la période que nous vivons spécifiquement aujourd’hui, mais à propos de périodes similaires, quand les choses ne vont pas et sur la façon d’agir pour les rendre meilleures.

Par Kelian NGUYEN Lyne GEYNET

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782075194594

Propos recueillis par Lyne Geynet & Kelian Nguyen
Traduction : Kim Nguyen
Photos : Kelian Nguyen

Reportage vidéo et montage : Lyne Geynet - production : ActuaBD

LightFall T. 4, Entre-deux-mondes - Par Tim Probert - Ed. Gallimard

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