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Pas mal
5 septembre 2026
Au départ, Home Sick Pilots coche pourtant toutes les cases du parfait petit récit horrifique adolescent. Avec sa maison hantée, ses groupes de punk qui se tirent la bourre et une excursion suffisamment téméraire pour aller fouiller là où il aurait mieux fallu ne pas fiche les pieds.
Seulement, cette maison n’est pas vraiment du genre qu’on visite en urbex pour alimenter une chaine YouTube sur le déclin. Elle se tord, se déforme, avale ses occupants et transforme peu à peu ses couloirs en véritable terrain de jeu, aussi bien mental que graphique.
Mi-Maison des feuilles, mi-Bates Motel extirpé d’une dimension parallèle, elle prend rapidement place en tant que personnage à part entière jusqu’à devenir le cœur même de l’album. Doubles pages inventives, perspectives tronquées, pages noires sur lesquelles s’impriment les états de conscience de notre jeune héroïne, celle-là même qui se perdra dans ses corridors, Caspar Wijngaard batifole et fait danser les repères de son lecteur.
Et ce n’est là que le début de nos mésaventures en compagnie d’Ami. Sous l’emprise de la Maison, elle prend en charge les âmes égarées, des fantômes attachés à des objets aux quatre coins du pays, tandis qu’en parallèle, une branche gouvernementale décide de militariser ces entités ectoplasmiques pour lutter contre d’autres manifestations surnaturelles.
Voilà comment Home Sick Pilots quitte tranquillement les suburbs américaines pour filer vers les couloirs d’une base secrète dans le Nevada, avant de prendre des airs de Kaiju Eiga.
Une générosité de ton qui pourra soit plaire, soit décontenancer ; à vous de voir dans quel équipe souhaitez-vous vous ranger. Pour notre part, avouons que cette incapacité quant à savoir ce que la prochaine page nous réserve nous a d’abord emporté avant de nous laisser, faute de protagonistes auxquels s’attacher, sur le bas-côté.
Derrière cette débauche de monstres, de néons et de guitares saturées s’esquissait pourtant une part plus sombre. Les fantômes qui hantent l’Amérique ne sont pas seulement ceux que l’on chasse à coups d’eau bénite ou de fer à cheval porte-bonheur. Ils collent à la peau, évaporés d’un corps malheureux accablé de remords.
Ainsi, toute la tragédie que charrie dans ses veines ce pays : la culpabilité de peuples massacrés, l’angoisse et les retombées de la fission de l’atome, les douleurs étouffées du patriarcat, et tout ce qui refuse de rester enterré… Tout ce cortège d’effroi nourrit les monstres tapis dans l’ouvrage, et finit inlassablement par s’écrabouiller sous son propre poids.
L’Horror Teenage devient à terme une simple manière usitée de blablater sur une jeunesse qui a hérité d’un monde déjà largement en ruines et tente de réparer les pots cassés. Bien que la thématique brûle d’une actualité incandescente, elle n’en reste pas sensiblement ampoulée.
Cependant, le message reste le même que celui que gueulait les Ramones ou les Sex Pistols, il y a de cela plus de 50 ans ! De simples mots enrobés d’une poésie punk qu’on pourra scotcher sur un t-shirt au détriment d’une narration tranchante. Dan Watters, sous couvert de bons sentiments, aboie plus qu’il ne mord.
À vouloir courir dans toutes les directions, Home Sick Pilots, en perd le nord. Et ce ne sont pas les quinze chapitres de ce conséquent album qui le contrediront. Certaines idées sont stimulantes, mais d’autres trop boursouflées, et le vernis punk s’écaille au fur et à mesure. À force d’empiler les pistes, l’accablement finit même par contaminer la lecture, qui devient par instants lourde et indigeste.
Il reste néanmoins cette capacité assez réjouissante de jeter les genres dans le mixer sans jamais complètement perdre son identité, à savoir celle d’un récit adolescent truffé d’horreur à la sauce punk, mâtiné d’une aura d’apocalypse constituée de kaijus et de poltergeist militarisés, se télescopant dans un joyeux bordel qui aurait probablement gagné à être plus ramassé (tout comme cette phrase).
Home Sick Pilots n’est donc pas toujours aussi maîtrisé qu’il est inventif, mais il possède au moins une qualité plutôt rare : l’envie de rayer à grand coup de canif les portières du genre, histoire de faire grincer les gardiens du temple.
Bon à savoir : cette lecture vaut pour deux séances de spiritisme non remboursées par la Sécu.
Par Sévan DUDOGNON
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Home Sick Pilots - Par Caspar Wijngaard & Dan Watters - Ed. Urban Comics