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L’origine du projet remonte à 2012. À l’époque, Jean-Michel Ferragatti rédige une chronique hebdomadaire, French Collection, sur le site Comic Box, consacrée à l’arrivée des super-héros américains en France. En consultant les comics originaux de Centaur Publications, il découvre un patrimoine largement méconnu.
« En lisant ces histoires, je me suis rendu compte que tous ces personnages avaient des points communs. À l’époque, ils évoluaient chacun dans leur propre série, mais rien n’empêchait d’imaginer qu’ils appartenaient en réalité au même univers », explique-t-il.
Cette intuition donne naissance à Centaur Chronicles. Après plusieurs tentatives avortées, notamment avec Reed Man, fondateur d’Organic Comix, le projet prend véritablement forme en 2016 lorsque le dessinateur Patrice « Marti » Martinez rejoint l’aventure. La première campagne de financement participatif est lancée sur Ulule l’année suivante. Depuis, neuf campagnes ont permis de développer progressivement un univers auquel participent aujourd’hui plusieurs auteurs français, parmi lesquels Jean-Marie Minguez, Grégory Watine, Xavier Duvet, André Vaz ou encore Éric Van Eslande.
Un patrimoine tombé dans le domaine public
Pour comprendre cette démarche, il faut revenir aux origines de Centaur Publications, l’originale, l’américaine. Fondée en 1936 sous le nom de The Comics Magazine Company, cette maison d’édition participe à l’invention du comic book moderne. C’est notamment dans ses pages que George Brenner crée The Clock, considéré comme le premier héros masqué imaginé spécifiquement pour un comic book, tandis que Bill Everett y donne naissance à Amazing-Man, avant de créer quelques mois plus tard Namor, le prince des mers, pour la future Marvel.
Disparue dès 1942 à la suite de difficultés économiques et de distribution, la société Centaur Publications laisse pourtant derrière elle plus de deux cents comic books mettant en scène une soixantaine de héros et près de cent cinquante personnages secondaires.
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Faire revivre une œuvre pionnière
« Nous avons hérité d’un formidable terrain de jeu artistique et scénaristique », résume Jean-Michel Ferragatti. Contrairement aux héros de Marvel ou de DC, ces personnages sont encore très bruts. Beaucoup n’ont ni véritable origine, ni identité secrète, ni univers vraiment structuré. Cela nous laisse une grande liberté pour raconter de nouvelles histoires. »
Cette liberté est précisément ce qui séduit Jean-Marie Minguez : « Ce sont des personnages archétypaux. Certains annoncent déjà des héros beaucoup plus célèbres. The Arrow est l’un des premiers archers costumés des comics, bien avant Green Arrow. The Phantom of the Fair, avec son costume intégral, préfigure lui-aussi certains héros modernes. Ils ont posé des jalons essentiels, même s’ils sont aujourd’hui largement oubliés. »
L’objectif n’est pourtant pas de produire une simple reconstitution historique. Les auteurs revendiquent au contraire une lecture contemporaine de ces personnages. Racisme, féminisme, identité de genre ou encore rapports de pouvoir nourrissent les nouveaux récits.
« Les créateurs des années 1930 ne pouvaient évidemment pas aborder ces questions comme nous le faisons aujourd’hui. Nous essayons de montrer que ces héros peuvent encore raconter quelque chose de notre époque », explique le scénariste.
Cette volonté se retrouve également dans la construction des albums. Chaque épisode contemporain dialogue avec une aventure originale restaurée. Plutôt que de multiplier les flash-back, les auteurs préfèrent republier les comics historiques, soigneusement recolorisés, afin que le lecteur découvre directement les œuvres fondatrices.
Conservateurs du patrimoine
« Nous ne sommes pas les créateurs de ces personnages. Il nous semblait important de rendre également hommage aux auteurs qui les ont imaginés », souligne Jean-Michel Ferragatti.
À mi-chemin entre travail patrimonial et création originale, Centaur Chronicles occupe ainsi une place singulière dans le paysage de la bande dessinée française. En « piquant » leurs super-héros aux Américains, ils se confrontent aux super-héros des origines (un peu comme la création « cocorico » de Thierry -Stillborn- Mornet), tout en réhabilitant les fondateurs méconnus du genre.
Étonnantes métamorphoses que celles de la passion !
Voir en ligne : La boutique de l’éditeur
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Centaur Chronicles est une micro-édition pour connaître leur travail et acheter leur production, il vaut mieux passer par la boutique qui se situe sur leur site.
– Lire aussi notre série Une Brève Histoire du super-héros français de Romain Garnier sur notre site