Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
13 août 2026
Le parti pris scénaristique de Camille Salomon est limpide : reprendre le mythe de Callisto, cette princesse arcadienne dont le destin tragique a longtemps servi de simple prétexte aux débordements divins, pour en faire l’héroïne de sa propre histoire.
Fuyant un mariage forcé, elle trouve refuge auprès d’Artémis et de sa communauté de nymphes, qui lui offrent un espace d’autonomie et de fraternité, loin des chaînes patriarcales. C’est précisément ce refuge que Zeus s’apprête à détruire. Mais ici, contrairement aux récits canoniques, la solidarité féminine ne se brise pas. Elle devient arme, bouclier, espoir.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’excellent choix narratif de Camille Salomon : confier la voix de son récit aux trois Moires, ces sorcières en charge des fils de la destinée de chacun. Cette décision nous permet de suivre justement le fil de l’histoire au travers des yeux d’êtres investis de vies et de destinées, en créant une tension permanente entre ce qui semble écrit d’avance et ce qui peut encore être changé. C’est une métaphore narrative parfaite pour une histoire qui parle de reprendre le contrôle de son destin. On sent bien l’investissement sans faille de la scénariste dans cette œuvre ; il est évident que, pour arriver à un tel résultat, elle a dû faire en défaire à de multiples reprises sa tapisserie, en enchevêtrant aussi finement les différents concepts dans l’œuvre originelle.
Cependant, il faut le noter : si les graphismes de Valentin Varrel accompagnent très bien l’atmosphère générale de l’histoire, sa mise en page s’avère très sage, manquant de dynamisme. C’est sans doute, à nos yeux de lecteurs, le principal point faible de l’album. Une construction de planches parfois statique qui ne parvient pas toujours à capter l’urgence dramatique de la fuite de Callisto ou la tempête qui gronde autour d’elle. On aurait aimé plus de ruptures graphiques, plus de respirations visuelles pour accompagner l’intensité émotionnelle du propos.
L’éditeur prévient en avant-propos que cet album contient du « Contenu sensible ». Point de nudité dans les planches, mais cet avertissement n’est cependant pas un coup marketing : il s’agit de traiter avec honnêteté les enjeux de prédation et de consentement qui structurent le mythe originel. C’est un choix éthique : refuser de diluer, de minimiser, de rendre « gentilles » les violences faites aux femmes, même dans une relecture progressiste.
Enfin, saluons le très intéressant bonus en fin de tome, qui passe en revue la symbolique de l’Ourse et son lien direct avec la féminité qui décide de reprendre le contrôle. Camille Salomon déverrouille ici une clé herméneutique précieuse, montrant comment chaque détail mythologique a été réinvesti pour servir cette narration de libération. C’est une révélation qui transforme rétrospectivement la lecture de l’album.
Drakoo, maison jeune et ambitieuse, confirme une fois encore son attachement aux BD qui ne se contentent pas de divertir, mais qui interpellent, qui troublent, qui transforment la manière dont on regarde les histoires que nous croyions connaître.
Les Larmes de Callisto est un album nécessaire qui sera lu par les adolescents et les adultes en quête de mythologies réinventées, d’héroïnes complexes, de contes où la solidarité féminine défie les dieux eux-mêmes. Les faiblesses de mise en page ne suffisent pas à entamer son impact profond. À mettre entre toutes les mains (averties) : c’est de la belle ouvrage.
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.