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Très bon
27 juillet 2026
Créée par Konata, publiée en Espagne depuis 2023 chez Planeta Cómic et désormais proposée en France chez Kana, la série est prévue en cinq tomes. Son premier volume nous entraîne aux côtés d’Aki, un jeune membre de la tribu des Glaces qui s’apprête à passer un rite de passage essentiel pour trouver pleinement sa place au sein de sa communauté. Accompagné de son frère aîné Yako, figure respectée de leur village, il voit pourtant cette journée basculer lorsqu’une bête redoutable surgit et brise leur vie.
Le premier point qui frappe est évidemment son univers. Inspirées des cultures inuites, les différentes tribus possèdent chacune leur identité, leurs traditions et leurs propres bénédictions héritées des divinités. Les costumes de la tribu des Glaces évoquent d’ailleurs ceux de la Tribu de l’Eau du pôle Nord dans Avatar, le dernier maître de l’air, les deux œuvres puisant dans un imaginaire polaire similaire.
L’univers de Kohva repose notamment sur un système de croyances articulé autour de divinités dont les bénédictions ne sont jamais gratuites. Sans encore en révéler toutes les règles, Konata installe une logique d’équilibre qui rappelle, dans son principe, l’échange équivalent de Fullmetal Alchemist. Ce premier tome suggère déjà que chaque bénédiction possède une contrepartie, même si les contours de cette mécanique restent encore énigmatiques.
D’ailleurs, le récit surprend par la brutalité avec laquelle il bascule. Ce qui débute comme un simple rite de passage tourne rapidement au cauchemar, dans une rupture qui n’est pas sans rappeler L’Attaque des Titans, où une vie quotidienne bascule en quelques instants dans l’horreur. Ici aussi, toute illusion de sécurité disparaît pour confronter le jeune Aki à une violence particulièrement crue, où la perte, la survie et la peur prennent immédiatement le dessus.
Son effroi se lit autant dans ses expressions que dans une mise en page particulièrement expressive : compositions de pages variées et dynamiques, cases aux contours volontairement tremblants et séquences hachées renforcent la sensation d’urgence et l’état de panique du héros. Les immenses ours corrompus, dessinés avec un remarquable sens des proportions, dégagent une présence aussi écrasante que terrifiante, accentuant sans cesse la sensation d’être face à une menace incontrôlable.
Konata joue habilement avec le point de vue de ses personnages. Les origines de Maya, les dessins qu’elle réalise ou encore certaines représentations des « bêtes marines » et de leur « sang noir » peuvent évoquer des navires et du pétrole. Cette lecture laisse entrevoir une possible opposition entre un monde empreint de mythologie et une civilisation industrielle, tout en préservant le mystère qui entoure encore la véritable nature de cet univers.
Au-delà de son aspect spectaculaire, Kohva accorde une place importante au deuil et aux liens fraternels. Aki et Sedna portent chacun une blessure liée à la perte d’un frère : l’un a perdu son modèle, l’autre celui qu’il devait protéger. Cette inversion des rôles crée un parallèle émouvant entre les deux personnages, dont la perte devient un point de rencontre entre deux parcours marqués par le chagrin.
Derrière ses paysages glacés et ses créatures destructrices, l’autrice installe un monde intriguant où chaque peuple possède ses propres traditions et où les personnages avancent avec le poids de leurs pertes. Entre liens fraternels, deuil et solidarité, Konata construit une histoire où la richesse de son univers dialogue avec la complexité de ses personnages, le tout porté par un trait graphique singulier.
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