Très bon
28 août 2024
C’est un jour de marché qui aurait pu être comme tous les autres. Mais, Renzo, pianiste surdoué va perdre une main et une partie de son bras dans un attentat. Il est l’une des victimes d’attaques-suicides aux effets surréalistes : distorsion, dispersion, démence ou dévoration.
Au commencent, l’une des iles de l’archipel s’est brusquement éteinte et aucune des expéditions de secours n’est revenue. Elle constitue le refuge de mystérieux gondoliers noirs et masqués qui exigent des habitants, un lourd tribu sous forme de nourriture. Sinon, en représailles, ils envoient un kamikaze doté d’une bombe magique et destructrice.
Une meute, unie comme les cinq doigts de la main, réclame vengeance
Renzo a rassemblé une nouvelle famille, une meute de louves, Alessia, qui voit le futur proche, Calliope dont le secret ne se cache pas sous son masque, Nera et Bianca qui ne peuvent plus se séparer- aussi brisées que lui et avec le même objectif : accoster sur l’Ile noire et prendre leur revanche.
Chaque personnage a ses failles, ses souffrances : « J’ai beau essayer de jouer mon rôle… c’est juste un masque. Du théâtre pour faire croire aux autres que je ne perds pas pied. » (page 12)
Ils se préparent, attendant le bon moment pour aller frapper l’ennemi sur son île. Ils procèdent aussi à des combats organisés, des escroqueries et des vols, ce qui leur attire d’autres ennuis, notamment avec le propriétaire d’un casino qui a tout l’air d’être un maffieux.
A ces cinq personnages, va bientôt s’ajouter une enfant, Angela qui n’a rien d’un ange : elle peut utiliser les quatre facettes des bombes. L’arme ultime contre les gondoliers ? « Encore une marche blanche. La dernière tuerie remonte à un mois pile. Aux ténèbres oppressantes de l’Ile noire, nous opposons les flammes tremblotantes de nos bougies. » (page 21)
Un scénario original, sans temps mort où rebondissements en cascade et états d’âme interrogent -habilement -, sous couvert d’imaginaire, les masques que l’on porte et ceux que l’on attribue, la soif de vengeance ou encore, la peur.
Aurélie Wellenstein, écrivaine dont les romans ont reçu plusieurs prix est également, depuis 2021, scénariste BD : La baleine blanche des mers mortes, dessins d’Olivier Boiscommun et Equinox - Tome 1 - cheval de lune, dessins d’Aurora Gate. La Venise des louves est sa troisième BD publiée chez Drakoo.
« Dans cette histoire, le traumatisme est enfoui sous le masque, et l’angoisse est convertie en violence. Sauf que cela ne fonctionne pas. Les personnages vont devoir se libérer de ces masques. » A. Wellenstein. Dotant ses personnages féminins d’une personnalité forte, la scénariste montre des héroïnes qui gèrent, chacune à sa façon, le traumatisme de l’attentat. Pourtant, le personnage masculin s’avère tout autant complexe et intéressant : il sera celui qui ouvrira à tous, le chemin de la résilience.
Un univers singulier aux décors réalistes, six personnages principaux, une ambiance nocturne bleutée et des touches de fantastique
Les dessins d’Emanuele Contarini et les couleurs d’Alice Scimia créent des scènes fortes, comme celle de la pieuvre géante (pages 41 et 42), animal qui depuis 20 000 lieus sous la mer hante les imaginaires, ou comme les images du « dieu » et de ses élus.
Les visages expressifs de ses personnages, les corps déformés, les différentes compositions des planches, et sa Venise nocturne dans des tons bleus créent le mouvement et parviennent, à la fois à retenir le regard du lecteur et à l’entrainer.
Artiste aux différentes casquettes (dessinateur, illustrateur, directeur artistique, et character designer), Emanuele Contarini fait une entrée remarquée dans le 9e art pour son premier album publié en France. Même s’il avait participé à Libri en 2021, chez l’éditeur Bonelli, il confine n° 7 : chi non ha paura ? (non-traduit en France).
En refermant l’album, on se dit que l’on serait tout-à-fait favorable à un nouvel opus des auteurs. Parvenir dans un format classique de 48 pages à faire exister autant de protagonistes et à embarquer le lecteur dans un récit fantastique aussi rythmé et complexe, avec un dessin expressif et plaisant, donne l’envie de prolonger ou retrouver le plaisir de cette lecture.
Voir en ligne : Site du dessinateur
Par Christian GRANGE
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