Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
28 septembre 2026
Asuka Ishii est découverte en France en 2021 dans la collection Graphic de Pika Edition avec le diptyque L’Île entre deux mondes. Depuis, la mangaka poursuit sa fascination pour les univers riches mêlant légendes, nature et personnages marginaux.
Son nouvel opus, publié au Japon depuis septembre 2023 dans le magazine Young Animal ZERO, compte actuellement trois volumes et marque son grand retour éditorial français chez Glénat, avec une promesse : celle d’une fantasy nouvelle, humaniste et poétique.
Le tome 1 nous avait laissé Shan-Lee orpheline, élevée en forêt par son grand-père Seth, communiquant naturellement avec les animaux et secrètement fascinée par les dragons. Sa meilleure amie Sosha sombre dans une malédiction, et la jeune héroïne découvre qu’elle porte en elle un pouvoir ancien : un dragon enfermé, prêt à se manifester.
Dans ce tome 2, Shan-Lee quitte son environnement familier et découvre le château de Tinan, où commence à se lever le voile sur ses origines. Mais ces réponses ne simplifient rien : elles soulèvent de nouvelles questions plus complexes.
Shan-Lee se fixe alors un nouvel objectif : rencontrer les dragons de la terre, de l’eau et du vent pour rassembler leurs dracaïtes pour faire réémerger le mythique dragon de Feu de son sein !
De nouveaux personnages liés au pouvoir royal apparaissent, certains voulant aider Shan-Lee (Kakusu), d’autres la regardant comme une menace potentielle (tel le régent). Le bestiaire s’enrichit, les intrigues s’épaississent, et notre héroïne doit désormais appréhender au plus tôt les codes du pouvoir royal, bien loin de son rapport naturel aux créatures.
Ce qui frappe d’emblée, à la lecture de ce second opus, c’est qu’il élargit considérablement l’univers imaginé par Asuka Ishii. Le changement d’échelle fonctionne à merveille. Fini la bulle intimiste de la forêt : place aux murs de pierre, aux salles d’audience, aux jeux politiques. Cet élargissement oblige Shan-Lee à évoluer et à se confronter à des réalités qu’elle ne maîtrise pas.
Visuellement, le changement de décor donne à Asuka Ishii davantage de lattitudes : les vêtements de cour contrastent avec les tenues de voyage, les architectures remplacent les grands espaces forestiers, tandis que les scènes du pouvoir du dragon sont particulièrement réussies avec un contraste noir et blanc accentué. Le dessin possède un côté à la fois charbonneux, détaillé mais enchanteur, qui permet au lecteur de véritablement s’immerger dans cet univers.
Cependant, ce deuxième tome donne parfois l’impression de vouloir préparer énormément de choses pour la suite, avec des révélations qui s’enchaînent vite tandis que certaines scènes au château prennent paradoxalement leur temps. Il manque peut-être un pic de tension avant la conclusion, un crescendo émotionnel qui donnerait plus de poids au volume pris isolément.
Certaines pages sont un peu plus chargées que dans le premier tome, lequel possédait une respiration visuelle plus naturelle. Ce n’est pas réellement gênant, mais marque une légère inflexion de style.
Ce Seinen affirme sa singularité. Asuka Ishii éviter d’empiler les clichés du genre, elle les contourne avec délicatesse en offrant ainsi une fantasy humaniste où une jeune fille imparfaite apprend à maîtriser une puissance ancienne en cherchant moins à conquérir qu’à comprendre. Le château de Tinan devient dès lors le point de rupture narratif où tout s’accélère, où les vraies questions commencent seulement à émerger.
Pour les lecteurs en quête d’aventure fantasy réfléchie, de créatures fascinantes et d’une héroïne attachante, ce second volume justifie amplement de suivre Shan-Lee jusqu’au bout de son destin. (série en 3 tomes actuellement au Japon, pas encore de date de sortie en francophonie pour le tome suivant)
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.