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Unique Heritage Media perd la licence Disney en France. Qui va la récupérer ?

Par Didier PASAMONIK Rémi BARNAULT 19 mars 2026 
La nouvelle est tombée hier et a consterné la trentaine de salariés et de prestataires du groupe travaillant sur ces titres : Unique Heritage Media a officialisé la perte de sa licence Disney. Cela concerne notamment Le Journal de Mickey, Picsou Magazine, Super Picsou Géant ou encore Disney Princesses. La prolongation accordée jusqu’au 31 mars 2027 ne change pas la donne : l’arrêt est acté, sans explication publique. Une décision logique dans la droite ligne du rapprochement éditorial Marvel/Disney. Le groupe Panini piloté par Marco Lupoï est en bonne place pour succéder à l’opérateur français.
Unique Heritage Media perd la licence Disney en France. Qui va la récupérer ?
Emmanuel Mounier, PDG de Unique Heritage Media. Une déconvenue pour un petit groupe très dynamique.
Photo DR - Capture d’écran

Après avoir traversé la guerre, les mutations de la presse et l’érosion du marché de la presse en kiosque, Le Journal de Mickey, créé par Paul Winkler en 1934, et les titres Disney qui lui ont succédés au cours des décennies, comme Picsou Magazine, en France vacillent.

La décision de Disney de ne pas renouveler la licence accordée à la société française Unique Heritage Media rebat brutalement les cartes d’un écosystème européen dominé par Egmont dans le Nord de l’Europe et par Panini dans le Sud. Derrière le choc social immédiat, c’est toute l’architecture industrielle de la BD Disney en Europe — et la place de la France — qui se trouve aujourd’hui remise en jeu.

Unique Heritage Media était né d’une logique d’agrégation : sous l’impulsion d’Emmanuel Mounier, le groupe était né en 2014 autour du magazine Quelle Histoire. Il rachète ensuite les titres de Fleurus Presse en 2015, puis intègre Pili Pop Labs en 2016. Mais avec la reprise de Disney Hachette Presse, le groupe change d’échelle et poursuit sa diversification avec l’acquisition récente des Mini Mondes en janvier 2025, ou encore la reprise de la licence française de National Geographic à l’automne 2025. Mais hélas, avec cette fin de partie, il perd son navire amiral sur la partie jeunesse.

Pour Unique Heritage, l’impact est immédiat. Le pôle Disney représente près de la moitié du chiffre d’affaires, soit environ 26 millions d’euros, 14 titres, 690 000 exemplaires mensuels et 4,9 millions de lecteurs. Environ trente salariés sont menacés, ainsi que de nombreux pigistes. « Une déflagration », résume son dirigeant Emmanuel Mounier. L’incompréhension domine d’autant plus que, selon plusieurs sources internes, les résultats économiques restaient solides… « Je suis triste et très en colère », affirme un collaborateur des magazines.

Unique Heritage Media a racheté entr’autres les titres du groupe Fleurus Presse

Du nord au sud

Steffen Kragh, PDG du groupe Egmont, l’un des conglomérats d’édition les plus importants d’Europe
Photo DR - Egmont Media.

Quelle est la logique de cet arrêt ? Traditionnellement, la licence Disney en presse est partagée entre deux acteurs en Europe : le Groupe Egmont en Europe du Nord et le Groupe Panini en Europe du sud.

Egmont Group, anciennement Gutenberghus (jusqu’en 1992), est un groupe puissant. Ce n’est pas une société comme les autres. C’est une fondation, un groupe de médias danois fondé en 1878 à Copenhague, au départ d’une imprimerie qui s’est progressivement transformée en conglomérat international diversifié dans l’édition (magazines, livres, BD), l’audiovisuel (cinéma, télévision) et le numérique.

Présent dans plus de 30 pays et employant plus de 5 000 personnes, il contrôle un large réseau de filiales majeures — notamment Egmont Publishing, Egmont Ehapa Media (Allemagne), Nordisk Film (cinéma et production), TV 2 Group (Norvège) ou encore plusieurs entités d’édition en Scandinavie — soit plusieurs dizaines de sociétés opérationnelles à travers l’Europe et au-delà. Le groupe est dirigé par Steffen Kragh, et reste structuré autour d’une fondation, qui réinvestit une partie de ses bénéfices dans des projets sociaux et éducatifs.

Story House Egmont avait annoncé en 2025 l’extension de son partenariat avec Disney, avec un accord couvrant 27 pays en Europe (principalement Scandinavie, Allemagne, Europe de l’Est, UK) et certains marchés internationaux, ainsi qu’un retour sur le Royaume-Uni pour les magazines Disney, preuve que ce segment de marché n’est pas abandonné par le groupe américain. La Scandinavie avait historiquement été un des premiers lieux de publication des œuvres de Walt Disney, avec l’Italie, à créer des studios de production graphique locale d’histoires inédites. Une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Le groupe Egmont contrôle plus d’une centaine de médias dans le monde. Il est l’éditeur de Disney dans 27 pays. Il publie Mickey mais aussi Astérix ou Tintin dans de nombreux pays.
Photo DR - Egmont Group.
Marco Lupoï. Grand connaisseur de la bande dessinée, il est le stratège du groupe Panini.
Photo DR - Capture d’écran

Autre partenaire sérieux de Disney : Panini Comics. L’Italie est le plus vieux client de la licence Disney en Europe : Topolino (Mickey en italien) y est publiée depuis 1932. Aujourd’hui, c’est le groupe Panini, qui est aussi l’éditeur historique de Marvel dans ce pays, qui exploite toute la ligne Disney dans la péninsule.

Panini Group était né à Modène en 1961, fondé par les frères Panini — Giuseppe, Benito, Umberto et Franco — autour d’une idée simple : industrialiser et populariser les images à collectionner. À l’origine, ils reprennent un kiosque et commencent à produire des vignettes liées au football italien. Le véritable tournant intervient en 1964 avec le lancement du premier album officiel du championnat italien (Calciatori), accompagné d’un système de distribution innovant et, surtout, de la fameuse technique d’impression des vignettes autocollantes, qui révolutionne le marché.

Dans les années 1970, Panini s’internationalise rapidement en Europe puis en Amérique latine, en s’appuyant sur les grandes compétitions sportives, notamment la Coupe du monde de football, qui devient son produit emblématique. Le groupe impose un modèle industriel fondé sur la répétition, la collection et l’échange, créant un phénomène culturel mondial. Les Américains et les Japonais s’en souviendront...

Après plusieurs changements d’actionnariat dans les années 1980-1990 (dont une période sous contrôle de groupes financiers italiens), Panini revient en 1992 dans les mains de la famille Baroni, qui relance sa croissance. Le groupe se diversifie alors fortement : entrée dans les comics avec l’acquisition des droits Marvel pour l’Italie dans les années 1990, puis extension en Europe (Espagne, Allemagne, France, UK) et en Amérique latine (Brésil), où Panini devient un acteur majeur de l’édition de comics américains.

A partir d’iages à collectionner, Panini a monté un petit empire de presse et d’édition consacré à la bande dessinée
Photos DR Panini

Le tournant éditorial décisif intervient en 2013 avec la reprise des publications Disney en Italie, principal pôle de production de bandes dessinées Disney au monde, renforçant son rôle de producteur de contenus, au-delà de son activité historique de produits dérivés. Depuis l’entrée du fonds d’investissement américain The Carlyle Group au capital en 2016, Panini accélère son expansion internationale, en consolidant ses positions dans l’édition (comics, manga, BD Disney) et dans les licences globales (sport, divertissement). Aujourd’hui, le groupe repose sur un modèle intégré associant édition, licensing et produits de collection, avec une présence dans plus de 100 pays et une capacité unique à articuler contenus éditoriaux et exploitation commerciale des grandes marques mondiales.

La France, un nain éditorial entre deux géants

La France, longtemps structurée autour du tandem Disney–Hachette puis Unique Heritage, se retrouve ainsi face à ces deux géants. Le premier, Egmont, a la possibilité d’étendre son maillage européen en intégrant l’Hexagone. Le second placerait Panini en position de repreneur, avec un recentrage éditorial sur la BD Disney. Une recomposition plus hybride n’est pas exclue, avec un éclatement des licences entre plusieurs opérateurs selon les segments, comme on peut le voir en France dans le partenariat entre Disney et les éditions Glénat.

Dans ce jeu, Panini dispose d’un atout décisif : sa capacité de production. Autour de la rédaction de Topolino, véritable hub éditorial, gravite un réseau d’auteurs majeurs — Casty, Artibani, Pastrovicchio, Sciarrone, Celoni — piloté par une direction structurée dont le directeur artistique, Andréa Freccero, bien connu des lecteurs francais pour ses couvertures de Super Picsou Géant. Ce système, qui fonctionne comme une « fabrique européenne » de récits Disney, alimente déjà une grande partie du continent. Sa position avec les marques Panini et Marvel, leur présence dans le domaine des mangas, est un autre atout, notamment dans la grande distribution. Egmont, de son côté, conserve une puissance industrielle et une profondeur territoriale sans équivalent.

Couverture de l’italien Fabrizio Petrossi, habitué de la Une du journal de Mickey.

Historiquement, la BD Disney est née aux États-Unis avec Floyd Gottfredson et Carl Barks. Mais son centre de gravité s’est déplacé en Europe dans les années 1960 quand Disney avait décidé de fermer son studio de dessins US. Après avoir survécu à toutes les crises du XXe siècle, Le Journal de Mickey affronte aujourd’hui une mutation d’une autre nature : celle d’un marché globalisé où la mémoire éditoriale pèse moins que les équilibres industriels, notamment numériques.

Par Didier PASAMONIK Rémi BARNAULT

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Picsou Mickey Mouse Panini Comics Unique Heritage Presse Disney France Copenhague Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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3 Messages :
  • Unique Heritage Media a racheté des tas de trucs mais n’a jamais créé ses propres licences, ils peuvent s’en mordre les doigts aujourd’hui d’avoir toujours été dans la facilité. Une pensée sincère pour nos 30 collègues qui vont se retrouver au chômage alors que le secteur est déjà sinistré.

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  • J’ai bossé près de 20 ans pour cette "souris et ce canard" comme pigiste avant d’être remercié comme un malpropre sans remerciements ni indemnités. J’étais solidaire de certains de la rédaction qui geignaient à l’époque car il y avait déjà des remous (peut-être dû à l’acquisition par Unique Héritage Média), c’était entre 2016 et 2018...
    C’est moi qui ai sauté, sans aucune solidarité de qui que ce soit à la rédaction. Je savais que leurs tours viendraient... voilà, voilà.

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    • Répondu par Michel Dartay le 29 mars à  07:59 :

      Ce sera panini qui reprendra la licence en 2027 !

      Répondre à ce message

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