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Excellent
28 mai 2026
La Fourrière des animaux est une mini-série parue originellement entre 2023 et 2024 aux États-Unis. À sa lecture, difficile de ne pas penser au contexte des élections présidentielles américaines : la dénonciation du stalinisme dans l’œuvre originelle de George Orwell laisse place à une autre menace, cette fois-ci liée à la politique américaine contemporaine… À moins qu’elle ne soit partagée par toutes les démocraties occidentales ?
Comme le titre de l’album le suggère, la ferme a laissé place à une fourrière, où atterrissent pour un bien sombre destin les animaux abandonnés ou maltraités. Le récit s’ouvre sur le rêve de Lucky, un chien aveugle et vieillissant. Constatant, au crépuscule de ses jours, l’iniquité que les humains réservent aux animaux tout au long de leur vie, il espère qu’un jour tous les animaux s’émanciperont de ce destin cruel et pourront créer une société où ils seront libres et égaux. Lucky ne verra jamais son rêve devenir réalité, étant euthanasié.
Ses paroles ne sont pas perdues et sont même rapportées aux animaux de la fourrière par deux figures clés. Il y a d’abord Fifi, la chatte qui a recueilli les paroles de Lucky, car elle était sa voisine de cellule, et Titan, un chien qui a remplacé Lucky dans sa cage et qui a écouté les récits de Fifi. Peu à peu, sous la direction de Fifi et Titan, les animaux s’organisent pour gagner leur liberté et chasser les hommes de la fourrière… Une révolution qui réussit, grâce notamment à la force de Titan et la crainte qu’il inspire aux hommes.
Dès lors, nous avons beaucoup apprécié le propos du scénariste Tom King, qui cerne les difficultés gravitant autour de l’émergence d’un modèle démocratique à partir de rien. Quelles doivent être les règles fondamentales ? Qui a le droit de voter ? Comment définir les scrutins et leur durée ? Les animaux de la fourrière (des chiens, des chats et des lapins) se retrouvent face à des questions épineuses pour faire mieux que les hommes et assurer ainsi leur survie.
On ne vous divulgâchera pas le contenu de cette aventure, mais les lecteurs peuvent se douter que cette société utopique risque de déraper. Tom King dessine progressivement les contours du piège qui se referme sur la fourrière, mais il le fait de manière juste et véritablement prenante. Même si un élément clé dans la bascule nécessitera une sérieuse suspension d’incrédulité chez les lecteurs, cela ne les empêchera de réfléchir ni de comparer cette situation avec d’autres.
Porté par les très jolies planches du dessinateur Peter Gross, le propos dense et précis de Tom King nous a conquis et ne manquera pas de tenir les lecteurs en haleine jusqu’à la dernière page. Ces animaux nous ont émus et incarnent aussi, au-delà du sujet central politique, des thématiques bien senties, comme le rapport des humains aux animaux de compagnie. On ne l’avait pas vu venir, mais La Fourrière des animaux est un album à dévorer ce printemps.
Par Romuald LEFEBVRE
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La Fourrière des animaux. Par Tom King (scénario) et Peter Gross (dessins). Traduction du Studio Makma/Benjamin Viette. Panini Comics. Sortie le 20 mai 2026. 176 pages. 26,00 Euros.