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La grande histoire de Picsou : pour sa nouvelle mouture Glénat présente les premiers pas de Don Rosa

Par Rémi BARNAULT 3 décembre 2025 
Annoncé en début d’année à Angoulême, le retour de l’œuvre de Don Rosa — incluant La Jeunesse de Picsou — est désormais lancé. Mais certaines décisions prises du côté de Disney risquent malheureusement de ternir l’ensemble. Pour l'heure, retour sur ce premier tome.

L’intégral à succès des aventures de Picsou par Don Rosa édité par Glénat revient en librairie. Cette réédition s’accompagne d’un remodelage du format, passant ainsi de 7 tomes pour La Grande Épopée de Picsou, publiée entre 2012 et 2016, à dix volumes sous le titre La Grande Histoire de Picsou. Ce nouveau format, calqué sur celui de l’américain Fantagraphics, compte moins de pages par volume, avec un ratio hauteur largeur plus généreux, sans perdre la qualité des dessins, au contraire. Aussi, l’illustration tirée du Fils du Soleil, ré-utilisée pour la couverture de ce premier tome, gagne en visibilité avec la nouvelle maquette.

La grande histoire de Picsou : pour sa nouvelle mouture Glénat présente les premiers pas de Don Rosa
Le fils du soleil.
© Disney / Glénat.

On constate d’emblée, à la lecture de ce premier volet, que l’ordre de publication des histoires a changé. Si la précédente version s’ouvrait sur la magistrale œuvre de La Jeunesse de Picsou, avant de continuer sur les autres histoires de l’auteur, dans une chronologie des événements, cette nouvelle version opte pour une anthologie organisée selon les dates de création des histoires. C’est une autre façon d’aborder l’œuvre, mettant davantage en avant l’évolution de Don Rosa. Il est à noter que deux de ses histoires, dont une particulièrement majeure dans la vie du richissime canard, sont désormais censurées par Disney et ne figureront pas dans l’intégral. Nous reviendrons sur cette histoire désolante dans les volumes concernés.

Si la forme est correcte, quand est-il du fond ? L’ouvrage est ponctué des mêmes notes d’auteur. Là où de nombreuses anthologies proposent davantage d’appareils critiques réalisés par des journalistes, historiens… Le ton est ici d’emblé plus personnel, introspectif, sans trop de regard extérieur, si ce n’est une double page d’analyse du style, rédigée par Olaf Moriarty Solstrand, à l’origine pour les éditions des pays scandinaves en 2004. Ces pages, comme les notes de l’auteur, fort intéressantes et limpides, ont déjà été publiées dans la Grande épopée de Picsou.

Les premières histoires de Rosa sont donc concernées par ce premier tome. Tout d’abord diplômé en ingénierie civile, sa carrière dans ce milieu fut pourtant très brève. Ce qui le faisait vibrer, c’était de faire de la BD. Déjà petit, il se plongeait dans la collection de Uncle Scrooge de sa sœur. Les histoires qui l’attirent mille fois plus que les autres, il l’ignore encore, mais elles sont d’un artiste alors totalement dans l’ombre de Disney, un certain Carl Barks, créateur de Picsou et de bien d’autres personnages. Par la suite, Rosa délaissera l’univers de Donaldville au profit d’autres comics. Pourtant, c’est vers l’univers des canards que Rosa reviendra plus tard, fermement convaincu d’être née pour dessiner Picsou. C’est avec ce même argument qu’il passe un coup de fil qui allait changer sa vie. Et le résultat continue de faire parler de lui, même aujourd’hui. Pour ses œuvres, il ne manqua pas d’utiliser les fines compétences acquises lors de ses études (comme quoi rien n’est jamais perdu), ainsi qu’une vaste palette d’outils.

Dans le premier tome, entre nos mains, de ce nouveau recueil, on découvre les premières histoires de Rosa, entre gags et longs récits, format qu’il privilégiera par la suite.

L’ouvrage s’ouvre sur sa première aventure, Le fils du Soleil, parue en 1987 chez l’éditeur américain Gladstone, avec lequel il a travaillé durant ses débuts, avant de passer chez l’Européen Egmon. Le récit de 25 pages est entièrement scénarisé et illustré par l’auteur. Ce qui reste une chance pour une toute première chez Disney. On y suit le milliardaire Picsou, épaulé par son neveu Donald et les petits-neveux pleins de ressources, Riri, Fifi et Loulou, lancés sur la piste d’un trésor Inca, en concurrence avec Archibald Gripsou, le rival de toujours. L’auteur a préféré Gripsou à Flairsou l’autre rival de Picsou, utilisé une seule et unique fois par Barks. Il fera au cours de sa carrière de Gripsou un némésis, miroir des plus sombres aspects de Picsou. Pour le reste, l’histoire multi rééditée que les fans connaissent par cœur, use d’un schéma narratif assez classique, même pour l’époque. L’aventure reste prenante et efficace, surtout pour une première.

L’auteur l’avoue lui-même : il a copié de nombreuses postures chez Barks. Quant au scénario, il l’a repris et adapté d’un projet amateur non disneyen réalisé durant ses études. Pour les autres histoires de ce premier recueil, Rosa reste encore proche graphiquement de son maître spirituel, même si on constate déjà bien entendu une évolution.

La valse des investisseurs.
© Disney / Glénat.

Dans Le valse des investisseurs, sa seconde histoire, Don Rosa met en scène un Picsou préoccupé par l’inactivité professionnelle de ses neveu Donald et Gontran et leur sens des affaires aussi aiguisé qu’une gomme. Pour les mettre à l’épreuve, il offre à chacun 1 000 dollars (ce qui de la part de Picsou représente un don colossal). Ils vont devoir prouver qu’ils peuvent faire de bonnes affaires à partir de ce capital de départ. évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Don Rosa place Donald pour la première fois au centre de l’intrigue, dans Chasseur de trophée. Il est question de supercherie et de créatures antiques du bassin méditerranéen. Vaste contrée que l’œuvre de l’auteur envahira particulièrement.

Dans Caisse à la casse, le speech est simple : Donald démonte entièrement sa fameuse voiture modèle 313, pour une révision complète, digne d’une autopsie mécanique. Hors, les nombreuses pièces détachées se retrouvent dissimulées à travers tout le quartier. Cette histoire, assez courte, est très drôle et regorge de bonnes idées de mise en scène. C’est l’un de mes plus anciens souvenirs de lecture de Donald et l’une de mes histoires humoristiques favorites.

Don Rosa utilise pour la première fois (officiellement) les Rapetou, ce gang familial de petites frappes qui tentent toujours, tant mal que… mal, de dévaliser Picsou. Dans L’argent coule à flot, les voyous ont mis la main sur un pistolet à rayon éliminant toute friction de surface, toute résistance des corps en mouvement. Concepts assez techniques, issus une fois de plus des études d’ingénierie de l’auteur. Dans cette histoire, l’action est omniprésente et quelques cases sortent du lot, positivement. Ça casse la baraque, littéralement. On retrouve le cousin Gontran dans La poisse au thon, où sa fameuse chance contraste avec la malchance du pauvre Donald. Un concept usé jusqu’à la moelle, mais Rosa réussit l’exercice.

Caisse à la casse.
© Disney / Glénat.

Dans l’histoire Dernier traîneau pour Dawson, Picsou est accablé de n’entendre que des mauvaises nouvelles. Hors, voilà qu’il reçoit un télégramme inopiné d’une banque de White Horse, dans le Yukon. Contrée même, où il prospecta dans sa jeunesse, durant la ruée vers l’or du Klondike. Ce précieux message va raviver les souvenirs du vieux grigou. Ni une ni deux, direction le Klondike, avec les neveux, bien entendu.

Cette histoire n’est pas anodine dans l’œuvre de Rosa. Il s’agit de la première où il traite du passé du milliardaire, restant fidèle aux anecdotes disséminées par Carl Barks dans son œuvre colossale. Pour autant, le prétexte même de cette aventure, c’est-à-dire la recherche d’un traîneau, est exceptionnellement basé sur une histoire d’un autre, un certain Tony Strobl, co-créateur du marin Toby Dick, personnage familier des lecteurs assidus des aventures de Donald.

Don Rosa reprend plusieurs personnages de Barks, comme Soapy Slick, un cochon anthropomorphe et rival local de Picsou, ainsi que Goldie, propriétaire du saloon Blackjack, qui, par sa ruse et son tempérament, agit comme un véritable miroir de Picsou. Carl Barks l’avait déjà esquissé, mais Rosa montrera dans la suite de son œuvre toute la puissance de Goldie et l’intensité de son duo avec Picsou.

Dernier traîneau pour Dawson.
© Disney / Glénat.

Enfin, on notera l’histoire Galère Buissonnière, qui revient aux sources espiègles des triplets Riri, Fifi et Loulou où ces derniers préfèrent courir à des activités plutôt que d’aller aux études. Tout est dans le titre. Cette courte histoire lui offre quelques gags particulièrement réussis. Don Rosa maîtrise parfaitement l’art de l’enchaîner avec dynamisme et une grande expressivité.

Pour prolonger l’expérience, les vrais chercheront les mots “d.u.c.k” dissimulés dans chacune des histoires de l’artiste, ainsi que les caméos, références graphiques à foison… Bref, comme pour Goscinny et Uderzo, une seule lecture ne suffit pas.

En outre, ce premier tome satisfait dans son format pour sa lecture plus confortable que la précédente édition. On découvre ou redécouvre les débuts d’un artiste talentueux, affûté, avec un certain sens du détail, malgré ses propres doutes et un certain syndrome de l’imposteur. Fidèle à l’univers fondé par Barks, tout en faisant preuve d’inventivité. Les prémisses d’une œuvre majeure, du moins en ce qui concerne la sphère Disney.

Les collectionneurs de la première heure pourraient toutefois être plus réfractaires, quand l’on sait qu’en finalité, deux histoires manqueront à l’appel (Le canard le plus riche du monde [chapitre 11 de La jeunesse de Picsou] et Le rêve de toute une vie.). Dans une note publiée dans un des ancien intégral et pas encore publié, Rosa dit que toute réclamation est à faire à : [sa signature]. Hors, pour le coup, ce n’est pas lui qu’il faut blâmer, ni chez Glénat qu’il faut aller sonner, puisque la censure de ces histoires est de l’initiative de la Walt Disney Company. Et c’est loin d’être le premier caviardage de la compagnie. Rien qu’avec l’auteur, la liste est assez longue. On y reviendra en tant voulu, mais c’est histoire qui relève de l’absurde, un acte plus questionnable que les histoires censurées.

Pour certains fans attirés par l’inédit, le format plus grand ne suffira pas forcément : le contenu rédactionnel reste identique et Don Rosa n’a pas créé de nouvelle histoire depuis tout juste vingt ans. En revanche, les nouveaux lecteurs auront plus facilement accès à cet intégral, l’ancien étant retiré du commerce. À moins de céder aux spéculateurs qui ont tout appris d’un certain volatile. Nous suivrons la parution de très près, nous ne sommes pas à l’abri de surprises, bonnes comme mauvaises.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782344072578

La grande histoire de Picsou T. 1/10, par Don Rosa est à retrouver à 19 € chez Glénat.

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