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Dingo devient Spider-Man ?

Par Rémi BARNAULT Pas mal 7 août 2026 
Après Minnie en Captain Marvel, Donald en Thor ou encore Donald en Wolverine, Unique Héritage Presse continue sa publication en français des mashups “What If ?” mêlant l’univers des super-héros des comics Marvel avec celui de Donaldville et de Mickeyville, de chez Disney.

Cette fois, c’est Dingo qui endosse, en tête d’affiche, le rôle de Peter Parker et de son alter ego, Spider-Man. Il avait auparavant incarné Hulk, mais uniquement dans un rôle secondaire, d’une autre histoire. Ce choix correspondait moins à la personnalité de Dingo, même si Bruce Banner, sous sa forme humaine, est très différent de son imposant alter ego vert. En Spider-Man, on retrouve davantage le côté populaire, attachant et drôle qui correspond bien au meilleur ami de Mickey… et à l’araignée sympa du quartier.

Dingo devient Spider-Man ?
© Disney / Marvel.

Dingo devient Spider-Man reprend la trame, assez connue, du tout premier épisode de l’homme araignée, scénarisé par Stan Lee et illustré par Steve Ditko, dans le comics Amazing Fantasy #15, publié en 1962. Le timide lycéen Peter Parker est mordu par une araignée radioactive, qui lui confère des capacités surhumaines. D’abord attiré par la célébrité et l’argent, il laisse s’échapper un voleur qu’il aurait pu arrêter. Peu après, ce même criminel tue son oncle Ben. Bouleversé, Peter en tire une leçon, énoncée dans une cartouche de narration “Un mince adolescent s’éloigne dans les ténèbres… ayant enfin compris que quiconque possède le pouvoir… endosse de ce fait d’énormes responsabilités”, est aussi connue à travers une formule plus courte, souvent reprise : “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités” ou “Avec un grand pouvoir vient une grande responsabilité”.

© Disney / Marvel.
© Disney / Marvel.

Conçu comme le dernier numéro de la série Amazing Fantasy, cet épisode connut un tel succès grâce à Spider-Man que le personnage obtint rapidement son propre magazine. Pourtant, son éditeur croyait peu au potentiel d’un héros inspiré d’une araignée, un animal qui effraie de nombreuses personnes, d’autant plus qu’il s’agissait d’un adolescent, contrairement à la plupart des super-héros de l’époque.

La version de Dingo ne décalque pas case par case ce premier épisode, même si elle en reprend la trame. Tout d’abord, le contexte dans lequel il est mordu par l’araignée diffère totalement de celui d’Amazing Spider-Man ou même du plus récent Ultimate Spider-Man.
Dans l’univers de Mickey, de nombreux personnages portent des gants et ne comptent que quatre doigts par main (au départ pour faciliter l’animation de Mickey et la visibilité des mains sur son corps noir, puis devenu une tradition, une marque de fabrique). Cela pose problème, en théorie, pour reproduire le fameux geste du lancer de toile d’araignée propre à Spider-Man, qui consiste à abaisser le majeur et l’annulaire. Mais cela ne semble pas gêner les auteurs, qui l’adaptent en faisant simplement baisser un seul doigt central à Dingo… Étonnement, deux sont abaissés sur l’une des illustrations de couverture, où il laisse alors les deux doigts extérieurs levés. À moins qu’il ne fasse un signe du surfeur… ou qu’il n’ait perdu son téléphone.

© Disney / Marvel.

Il faut aussi s’attarder sur le costume de super-héros de Dingo, fidèle à celui des débuts de Spider-Man, à un détail près : le masque. Les quelques cheveux hirsutes qui dépassent habituellement de son chapeau ressortent également de son masque, tout comme ses longues oreilles de chien. Mais l’élément le plus frappant reste son museau : toute la partie inférieure de son visage demeure à découvert. On pense tout de suite à Batman. Et comme si ces détails ne suffisaient pas déjà à compromettre son identité secrète, le pseudonyme de super-héros de “Dingo Parker” est tout trouvé : Spider-Dingo. Bonjour la discrétion ! Il faut dire que, dans son propre univers, Dingo possède déjà une identité de super-héros, à l’instar de Fantomiald pour Donald : Super Dingo.
Les antagonistes de service sont tout désignés : les frères Rapetou. Fidèles à leur réputation, ces éternels bandits sont toujours à l’affût de la moindre occasion de s’enrichir, quitte à finir une nouvelle fois par se ridiculiser. Dans l’histoire de référence de Spider-Man, il y a un seul voleur. Pat Hibulaire aurait aussi pu faire un bon candidat, quoique moins comique.

Ensuite vient le personnage de la tante de Peter Parker, May, une figure essentielle des aventures de Spider-Man, qui occupe pour lui une place équivalente à celle d’une mère. Ici, c’est tante Tessie. Il ne s’agit toutefois pas d’un simple changement de nom effectué pour les besoins de l’adaptation, mais bien d’un personnage existant dans les bandes dessinées Disney. Créée en 1957 et peu connue du grand public, elle trouve naturellement sa place dans l’histoire et constitue un clin d’œil qui devrait faire plaisir aux fans les plus avertis. Dans le vaste univers de la bande dessinée Disney, les parents sont des personnages relativement rares. Bien souvent, ils ne sont que mentionnés, n’apparaissent que dans de rares histoires ou sont tout simplement inconnus. Riri, Fifi et Loulou sont élevés par leur oncle Donald, qui a, lui, été élevé par sa grand-mère et a pour figure d’autorité son oncle, le multimilliardaire Picsou. La fiancée de Donald possède également sa propre paire de triplées : Lili, Lulu et Zizi… récemment renommées Lili, Lulu et Zouzou. Ainsi, Dingo a Gilbert, un neveu bien plus malin que lui, et surtout une flopée de tantes et d’oncles inventés par divers auteurs. La plupart n’apparaissent que de façon ponctuelle, voire uniquement pour les besoins d’un scénario.

© Disney / Marvel.

Dans Dingo devient Spider-Man, l’Oncle Ben de Peter Parker est bien présent, conservant le même nom que son homologue des comics Marvel. Mais il apparaît sous une forme très particulière et surprenante. C’est sûrement le détail le plus cocasse de l’histoire. On vous laisse la surprise. D’après Riccardo Secchi, l’auteur de l’histoire, habitué de Topolino - le magazine Mickey italien - et scénariste d’une vingtaine d’aventures de Fantomiald et de Powerduck (une version futuriste du personnage), la perte d’un être cher dans la vie de Peter Parker, élément puissant et fondateur de sa motivation à devenir un héros, ne pouvait pas être reprise telle quelle. Contrairement aux films d’animation Disney, qui ont déjà abordé ce type d’événement, notamment dans Bambi (qu’il cite en exemple), “il en va différemment dans le monde de la bande dessinée, où ces aspects n’ont encore jamais été traités”. Si on se base seulement sur la perte d’un être cher, l’auteur semble oublier La Jeunesse de Picsou, où Picsou perd son père et sa mère, dans des scènes remplies d’émotion. Et ce, pour citer le cas le plus connu. Moins dramatiquement, il y a des exemples d’histoires d’héritages suite aux décès de parents (au sens large) inconnus. Maintenant, si on se focalise sur le cas de l’oncle Ben, il s’agit à l’origine d’un meurtre, ce qui est bien moins courant dans la BD Disney. D’autant plus lorsque l’on sait que, par le passé, certains éléments ont déjà fait l’objet de censures, comme l’ajout de bouchons au bout des pistolets.
Dans le contexte difficile de Disney, la solution choisie pour le cas de l’oncle Ben est plutôt bien trouvée.

© Disney / Marvel.

Les auteurs, à la fois familiers de l’univers des canards et des souris Disney et grands amateurs de l’homme-araignée, ont conçu cette histoire avec la volonté de conter un récit positif et moins tragique. Graphiquement, on retrouve l’école italienne de Disney, avec Francesco D’Ippolito, aux pinceaux. L’idée de la toute première page, composée d’une unique grande case, est reprise directement de la version originale. Dans celle-ci, Peter est isolé de ses camarades, qui se moquent de lui. En revanche, dans l’adaptation de Disney, au-delà du fait que les personnages soient des chiens anthropomorphes, Dingo Parker entretient de bonnes relations avec ses camarades, qui se montrent amicaux à son égard. Aussi, s’il aime souvent approfondir seul ses connaissances, il est moins mis à l’écart dans cette histoire que dans celle de Peter. Sa passion pour les insectes et les sciences est d’ailleurs plutôt bien perçue.
De la même manière, si Spider-Dingo, comme Spider-Man, laisse les criminels s’échapper lors de la démonstration de ses pouvoirs, sa motivation est différente. Même s’il est attiré par l’argent et la célébrité, il cherche avant tout à gagner de l’argent pour aider sa tante. Spider-Man, lui, pense d’abord à tester ses pouvoirs et à profiter de la célébrité et de l’argent avant de vouloir aider sa tante.

En outre, on a affaire à un récit décalé, un sympathique hommage à qui il manque la profondeur et l’ambivalence de l’original, mais qui peut se lire comme une parodie de Spider-Man accessible aux plus jeunes. Indispensable, non, mais assez amusant. On remarque enfin que cette adaptation s’étend sur deux fois plus de pages que l’histoire originale. What if… Dingo devient Spider-Man est à retrouver dans le numéro du Journal de Mickey de ce mercredi. Peut-être que cette histoire donnera envie à de jeunes lecteurs de découvrir les comics Spider-Man.

Par Rémi BARNAULT

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