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Bof
4 avril 2025
L’entrée d’une œuvre dans le domaine public ouvre la voie à de nouvelles interprétations, plus ou moins fidèles et intéressantes. Passant inaperçu ou se faisant remarquer. Mais on peut le dire : Les films comme Winnie l’Ourson : Du sang et du miel, sortie en 2023, s’autorisent tous, sans édulcoration. Ce qui soulève également des questions morales. Mais y a-t-il une morale à ces films dits "slashers", si ce n’est de ne pas acheter une maison dont les propriétaires ont subitement disparu et de faire bien attention en allant dans des endroits reculés...
Pour l’heure, revenons à nos souris. Le film canadien Mickey’s Mouse Trap s’ouvre sur une énième intro parodique de Star Wars rappelant dans un texte défilant assez lourdingue que le film n’est ni soutenu ni sponsorisé par Disney. Là-dessus, on peut les croire sur parole. Ils continuent sur une pointe d’humour en disant “Vraiment, ils [Disney] ne veulent pas avoir affaire avec nous. On les a appelés… beaucoup”. Et ils finissent en faisant avec insistance les louanges du géant de l’animation.
Pour le reste, tout est dans le titre “Mickey Mouse trap”, que l’on peut traduire par Le piège à souris de Mickey.
Une certaine Rebecca, témoin de crime, est derrière les barreaux, interrogée par deux officiers de police. Comme si la jeune fille était dangereuse ou directement accusée…
La police veut savoir comment elle a échappé “miraculeusement” à une tuerie. C’est sur un ton énigmatique, qui sonne assez faux, que l’histoire commence réellement sur son témoignage.
Un huis clos fade
Plus tôt, donc, Jayna et Alex, tous deux employés dans une salle de jeu nommée "FunHaven" (Le paradis de l’amusement), se voient demander par leur patron Tim Collins de rester travailler plus tard en raison d’une réservation de dernière minute. Jayna est l’archétype de l’employée qui fait mine de bosser, à l’opposé d’Alex, plus impliqué.
Alors que ses employés travaillent, Tim, lui, se projette, au calme dans une salle à part, le court-métrage de Mickey Steamboat Willie. Il est alors surpris par un masque de Mickey Mouse juste à côté de lui, qui commence à lui parler. Comme envoûté par une entité maléfique, il enfile alors le masque.
Tim, devenu Mickey, bloque les sorties après l’arrivée surprise de Ryan, Paul, Jackie, Gemma, Danny, Marie et Rebecca pour un anniversaire surprise. Mais quand Tim, devenu Mickey, commence à bloquer les issues, l’ambiance fêtarde des jeunes Canadiens va laisser place à l’inquiétude... puis à la terreur.
La suite tourne autour de cette fête d’anniversaire et des relations entre les ados présents, en passant par l’alcool et le sexe, bien évidemment. Tout cela pour un final tiède, qui se veut mystérieux, mais n’a ni saveur ni sens.
Un slasher sans tension ni surprise
Au niveau de l’image, la qualité reste correcte. Une ambiance assez sombre visuellement s’installe. Il n’y a pas tellement de musique, hormis l’extrait du court-métrage de Mickey, et l’ambiance sonore typique des films d’horreur reste assez sobre, bien que plutôt maîtrisée. Ce qui pèche, au-delà de l’idée, ce sont les dialogues, qui sont à certains moments trop longs et sans intérêt. Les interruptions du flashback montrant les policiers qui posent les questions sont assez inutiles et coupent juste l’action. Un des policiers va même jusqu’à dire que ce que raconte la jeune femme ressemble au scénario “d’un mauvais film des années 90”. Ce qui est assez étonnant, c’est la capacité de Rebecca à raconter tout ce qu’il se passe, comme si elle était là à tous les moments. Clin d’œil à la magie des cartoons ?
Si l’on veut être plus regardant au niveau de l’horreur pure - car après tout, c’est ce qui compte dans ce genre de film slasher - le fait que les ados soient coincés dans la salle de jeu avec Mickey pourrait suffire à constituer un huis clos haletant et terrifiant. Mais on ne ressent pas la suffocation nécessaire qu’exige un huis clos d’horreur. Les premiers morts tardent vraiment trop à arriver, si bien qu’il y a beaucoup de moments de suspense mal faits et pas très utiles.
Aussi, les amateurs de gore, de “sale”, seront déçus : sans explication, on ne voit pas certains meurtres orchestrés par Mickey lors de la soirée. Aussi, les éléments de cette salle de jeu auraient davantage pu servir au film. Là, ça sert juste de fond et de prétexte pour l’histoire.
Si Winnie l’Ourson : Du sang et du miel était déjà discutable et fortement gore, malgré une idée de base qui pouvait tenir la route, Mickey Mouse Trap apparaît comme une imitation encore plus fade et sans éclat. Et pourtant, son budget serait sept fois supérieur à celui du premier Winnie. De quoi s’interroger, même si l’argent ne garantit pas forcément la qualité d’un projet. Les similitudes dans les idées sont telles qu’on pourrait croire qu’un même scénariste est à l’origine des deux projets... mais ce n’est pas le cas.
Il est peut-être dommage qu’on n’entende guère Tim/Mickey Mouse parler avec la voix de fausset propre à la souris. Plus étrange, quand le masque parle à Tim au tout début, on a surtout l’impression d’entendre le clown Gripsou de “Ça” de Stephen King qui appellerait le pauvre petit Georgie…
Aussi, les références à l’univers de Mickey se comptent sur les doigts du gant, ce qui est d’un côté assez dommage. Mais d’un autre côté, une partie de l’univers de Mickey reste “préservée” de ce slasher. Tout n’est toutefois pas forcément à jeter. Quelques plans sortent du lot.
Un échec retentissant...
À sa sortie, Mickey Mouse Trap a connu un échec cuisant, un vrai flop. Ce qui se comprend. En outre, malgré un budget un peu maigre, la réalisation aurait pu être beaucoup plus réussie et appréciable, si toutefois on se fait à l’idée de voir Mickey comme un tueur d’ado. On peut voir ce film comme un délire réalisé entre potes. Un film qui devrait décevoir les fans de Mickey, les fans d’horreur et les curieux. Là-dessus, c’est banco.
Voir la bande annonce de Mickey Mouse Trap :
...mais qui ne s’arrête pas là
Avec une suite annoncée pour cet automne, intitulée The Mouse Trap : Welcome to The Mickeyverse, on peut au moins espérer une minuscule amélioration, à l’image de ce qui a été tenté pour le second volet de Winnie. On peut “espérer” y voir les autres premières versions de Minnie (à en croire l’affiche) ou de Pat Hibulaire. Dans le multivers ? Nous verrons.
Par Rémi BARNAULT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
The Mickey Mouse Trap - Écrit par Simon Phillips et Réalisé par Jamie Bailey - Sortie le 6 Août 2024.
The Mouse Trap : Welcome to The Mickeyverse - Écrit par Simon Phillips et Réalisé par Jamie Bailey - Sortie à l’automne 2025.