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Moyen
13 novembre 2025
Quand on pense aux super-héros, les noms des producteurs DC et Marvel apparaissent comme des évidences. Les artistes des différents studios ont pondu des méta-humains, mutants et autres surhommes bodybuildés dans des comic books bon marché, dont certains aujourd’hui se revendent à prix d’or. Progressivement, différentes coalitions de héros se sont formées. Les plus connues étant les Avengers pour Marvel et la Justice League pour DC. C’est bien connu, l’union fait la force.
Aussi, on a pu observer au fil des époques des collaborations entre les deux principaux producteurs de comics de super-héros, pourtant éternels concurrents. Citons, au hasard, Superman de DC Comics, aujourd’hui l’archétype par excellence du super-héros, face à Spider-Man, l’éternel jeune “sympathique araignée” des quartiers new-yorkais de Marvel. Ajoutez un titre sensationnaliste “Le combat du siècle” et vous obtenez un de ces fameux crossovers qui profitent à chacun des partis. Bien souvent, ce genre de rivalité construite de toute pièce — telle un match de la WWE — mène en finalité les têtes d’affiche à s’associer contre une menace commune. Après tout, que dit-on de l’ennemi de mon ennemi ? On peut débattre sans fin pour savoir laquelle des maisons Marvel ou DC est la meilleure, laquelle abrite les plus grands dessinateurs — même si, en vérité, beaucoup ont œuvré pour les deux, à l’image de Jack Kirby, le créateur de Captain America —, mais au final, on retourne simplement lire à même le sol, en rêvant d’aventure.
Le 31 août 2009 marque une date historique – du moins pour les initiés – : celle du rachat de Marvel par l’empire Disney. Et ce qui devait arriver arriva la décennie suivante. De nouveaux crossovers mêlant l’univers des super-héros et celui de Mickey et Donald. Le cas diverge toutefois des DC x Marvel, étant donné que Donald et Hulk, par exemple, appartiennent désormais à la même société mère. Des métissages internes, en somme.
Nous avions pu découvrir en début d’année Donald dans la peau de Wolverine, dans un Donaldville post-apocalyptique. Chaque personnage du bestiaire Disney prenant les traits de super-héros. Particularité notable : à chaque histoire, les personnages “jouent” des rôles différents.
Par exemple, dans la dernière histoire publiée en France dans le Journal de Mickey de ce 12 novembre, Mickey et ses amis deviennent The Avengers, écrite par Luca Barbieri d’après une idée de Steve Behling et illustrée par Alessandro Pastrovicchio, Donald Duck troque les griffes de Wolverine contre le marteau de Thor. Pour jouer Loki, frère et ennemi de Thor, qui mieux que Gontran Bonheur, l’insupportable cousin de Donald. Ainsi, c’est tout à fait naturellement que l’oncle Picsou incarne leur paternel, le puissant Odin. Cependant, tradition du parent absent chez Disney oblige, il garde sa posture d’oncle. Aussi, pour garder une certaine logique, Gontran et Donald restent cousins. Si Picsou aurait tout aussi bien pu incarner le playboy milliardaire Iron Man, ce rôle revient finalement à Mickey.
Là où il y a un couac, c’est une fois de plus le choix de l’attachant benêt Dingo en l’incroyable Hulk. Le tempérament explosif de Donald aurait sans nul doute davantage collé au colosse vert.
Il faut dire qu’il l’a déjà parodié plus ou moins explicitement en 1992, dans une histoire en bande dessinée intitulée L’incroyable Donaldulk. Mais alors pourquoi Dingo ? Peut-être parce qu’il est souvent représenté avec un couvre-chef vert. Ce qui serait assez léger comme prétexte. Le Journal de Mickey relaye les propos traduits de Luca Barbieri
"[...] je suis parti du fait que le premier Hulk était présenté comme une créature avec l’esprit d’un enfant et la force de quelques milliers d’hommes. Comme beaucoup d’enfants, Hulk se laisse dominer par ses émotions sans savoir comment les gérer de manière rationnelle et passe ainsi en une fraction de seconde d’un étonnement naïf devant quelque chose qui attire son attention à une rage incontrôlée ! Dingo ne partage avec lui que l’étonnement naïf mais certainement pas la colère... Au contraire, Dingo est l’un des plus gentils au monde. C’est pourquoi il m’a semblé pertinent d’adapter une autre caractéristique de Dingo à Hulk, la maladresse, en mettant l’accent sur ses conséquences [...]"
Ce que l’on comprend, même si ce n’est pas si évident.
Enfin, Pluto devient Ant-Man et Minnie la Guêpe. Parce que pourquoi pas, après tout.
Écarté du royaume de Duckgard (Asgard), “Gontran-Loki” est bien décidé à se venger de “Donald-Thor” qui profite tranquillement avec “Daisy-Sif” des festivités du bicentenaire de Donaldville. Pour semer le chaos, Loki utilise son fameux stratagème de manipulation afin de forcer “Dingo-Hulk” à voler le gâteau d’anniversaire de la municipalité. Ce qui s’avère toujours plus facile que de voler le Cube cosmique/Tesseract ou même une sucette à un bébé. Alerte à toutes les unités, la fête est gâchée, le gâteau est subtilisé. Il n’en faut pas plus à Thor pour s’emparer de cette affaire d’une grande priorité. Assez vite, il est rejoint par ses comparses.
Tels des acteurs de théâtre, les personnages décrivent de vive voix quasi chacune de leurs actions, entre autres évidences. Est-ce vraiment nécessaire ? On se le demande franchement.
S’il n’y a rien à redire sur le travail graphique des personnages et la qualité des illustrations en général, on ne peut pas en dire autant de la mise en scène.
Le postulat de base reprend la trame de la toute première aventure des Avengers (Vengeurs), par Stan Lee et Jack Kirby, publiée en 1963. Les héros de l’équipe originelle sont bien présents. L’adaptation apparaît d’emblée comme une version parodique/hommage un peu revisitée et considérablement compactée. Si le tout est fluide, on n’a pas le temps de voir venir l’action, qu’elle nous passe sous le nez. Les scènes de combat ? Quasi inexistantes. Après l’introduction, l’affaire se résout en moins de deux. On se demande finalement la réelle utilité de Mickey, Daisy, Minnie et Pluto, si ce n’est prendre la pose et servir de témoins. Ne soyons pas non plus mauvaises langues, les maxi-outils de Mickey peuvent servir. Ils se passent l’info : c’est Gontran le vrai méchant, Dingo était manipulé. À quoi bon ? Chacun l’a déjà compris. Vous savez, c’est un peu comme ces conversations en famille ou entre amis, où chacun déroule des détails que l’autre connaît déjà, essayant de reconstituer un sujet que tous deux maîtrisent, parce qu’ils ont vu la même émission ou lu le même journal.
Même si le titre proclame « Mickey et ses amis deviennent The Avengers », la souris n’y tient qu’un rôle mineur.
Le constat est clair : malgré de superbes graphismes et un hommage plein de bonnes intentions, le récit demeure assez faible. En outre, la touche d’humour dans l’histoire nous pince plus qu’elle ne nous fait rire. Certains fans de Marvel et de l’univers Disney pourront toutefois apprécier les clins d’œil, tout comme le public cible du magazine pourrait trouver l’histoire divertissante.
Malgré quelques appréhensions, on attend avec impatience de découvrir les autres récits Disney/Marvel, particulièrement Uncle Scrooge and the Infinity Dime et Uncle Scrooge Earth’s Mightiest Duck. Des récits qui devraient arriver dans l’Hexagone en 2026 dans les pages du Journal de Mickey.
Par Rémi BARNAULT
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