Trésor de Picsou n°72 : Spécial Marco Rota T. 1

Par Rémi BARNAULT 27 septembre 2025 
Dans sa lancée de rétrospective des grands maîtres de la BD Disney, le magazine Les Trésors de Picsou s’attaque aujourd’hui à l’un des grands noms de l’école italienne : Marco Rota.

Depuis longtemps, la bande dessinée Disney dépasse le simple statut de produit dérivé des héros de l’animation pour se déployer comme un univers en soi, autonome, à part entière, avec ses personnages, son cadre, lequel a su aussi inspirer à son tour l’animation par la suite. Un modèle économique qui fera des émules, notamment au Japon.

Les chiffres donnent le vertige. Plus de 150.000 histoires ont été développées en bande dessinée - plus ou moins inspirées - depuis 1930. Des artistes du monde entier ont été révélés par cette expérience. Certains sont longtemps restés dans l’ombre de la firme aux grandes oreilles et de ses éditeurs partenaires, à l’image du prolifique Carl Barks, créateur de Picsou, d’autres personnages emblématiques et de la ville de Donaldville, dont le travail a été révélé par quelques fans en 1960, quelques années avant sa retraite.

Il faut dire aussi que durant des années, seul le nom de Walt Disney lui-même était apposé sur les BD dans les journaux et magazines. Une signature caractérisant à la fois l’homme, producteur à l’ambition quasi sans limite, et l’entreprise elle-même.

Depuis les années 1970, plusieurs initiatives avaient été mises en place pour mettre à l’honneur les grands maîtres méconnus de la BD disneyenne, lesquels ont essaimé de par le monde depuis l’arrêt de la production des BD Disney dans les années 1960, ce qui entraîna des créations de studios en Scandinavie, en Hollande, en Espagne et surtout en Italie, l’un des berceaux européens historiques des fans de l’univers Disney.

En France, aujourd’hui, Glénat est le détenteur de la licence Disney en librairie, avec ses intégrales de Carl Barks, Don Rosa (Connue pour son œuvre “La jeunesse de Picsou”, d’après Barks), ainsi que celui de Romano Scarpa (malheureusement en panne à l’heure actuelle), l’un des piliers de l’école Disney Italienne.

Dans un format plus souple et plus accessible, il y a Les Trésors de Picsou, dérivé de Picsou Magazine, qui publie lui aussi chaque trimestre les plus grands classiques, mettant surtout en avant le personnage éponyme, tout en proposant parfois, à l’occasion, des histoires de Mickey, voire très ponctuellement, les autres séries de BD Disney, aujourd’hui écartés de nombreux pays, mais apprécié en Hollande.

Le tout entre appareil critique, archives et interviews. Après un intégral du multi-éédité Don Rosa étalé sur pas moins de 17 numéros et marqué par le manque de quelques histoires, le magazine s’est offert un nouveau plumage en 2022. La mission actuelle : mettre en avant divers artistes Disney cultes pour les fans, mais pas forcément connus du grand public, du moins en France. Si le dessinateur Néerlandais Daan Jippes a eu le droit à quatre numéros, d’autres comme Giovan Battista Carpi, l’un des premiers à dessiner Picsou en Italie, n’avaient eu qu’une seule rétrospective.

Marco Rota à l’honneur

Pour l’heure, Les Trésors de Picsou mettent en avant l’Italien Marco Rota, l’un des plus proches du style barksien, parmi les autres dessinateurs italiens. Il est d’ailleurs considéré comme l’un des “héritiers” de celui que les fans surnomment “The Good Artist”. Mais Rota ne fait pas non plus dans le décalcage : progressivement, il développe un style qui lui est propre, imprégné de ses références italo-américaines. Il se fait notamment connaître pour sa série MacDanold, qui présente un ancêtre de Donald Duck, chevalier en Écosse.

Rota publie en Italie pour l’éditeur Mondadori jusqu’à la fin des années 1980, avant de passer chez Egmont - détenteur du label Disney dans de nombreux pays européens - avant de revenir récemment sur le marché italien chez Panini, l’éditeur actuel de Disney dans son pays natal. Aujourd’hui, du haut de ses 82 ans, il produit toujours de nouvelles histoires, assisté par son fils Stefano.

La couverture du présent numéro des Trésors de Picsou est réalisée pour l’occasion par Rota lui-même, reprenant l’idée d’une vignette de son histoire “Joyeux anniversaire Donald”. Dans cette histoire, l’auteur revient sur les origines Donald, adopté par Picsou et par Elvire Ecoutum, plus connu sous l’étrange sobriquet “Grand-Mère Donald”. Une approche qui, rien que par le fait de présenter Grand-mère Donald comme la sœur de Picsou, est dans la droite ligne de l’univers de Disney où les enfants ont exclusivement des oncles et des tantes....

Dans son histoire Donald Banlieusard, Rota donne au canard le mal du pays. Épuisé notamment par l’atmosphère pesante de la ville et la pollution, Donald part en quête de tranquillité à la campagne, bien à l’écart. Seulement, ne pouvant pas se permettre de quitter son travail, il se voit obligé de se lever plus tôt qu’à son habitude pour prendre le train, entre autres transports en commun. Ce qui signe le début d’un enfer quotidien. Comme quoi, comme le dit le proverbe, on sait ce que l’on quitte…

Dans ce même numéro ont redécouvre aussi un classique de Rota, produit par Egmont. Il s’agit de Donald chez les Vikings, qui s’inscrit dans le cadre d’une série partagée entre plusieurs scénaristes et dessinateurs : “La machine à remonter le temps“. Dans cette saga, Donald et ses neveux empruntent la machine à remonter le temps de Géo Trouvetou pour se rendre à différentes époques et surtout différentes contrées. Fort de son succès, la série a été publiée en France dans un intégrale en deux tomes, chez Glénat.

Marco Rota a dans sa carrière réalisé dans les années 1970 les dessins de quelques histoires en bandes dessinées pour le compte du Studio Program, dont l’une d’elles se retrouve dans ce numéro. Rattaché à la maison-mère Disney, le studio avait pour mission d’alimenter un marché mondial, en pleine croissance, notamment en Europe et en Amérique du Sud, alors que la maison Disney avait décidé de réduire sa production aux USA. Depuis, hormis quelques albums spéciaux et collectors, la création américaine de bande dessinée Disney reste minime, malgré plusieurs relances des principaux comics books réguliers, comme Uncle Scrooge, aujourd’hui à l’arrêt.

Enfin, Les Trésors de Picsou nous proposent en exclusivité quasi mondiale (hors Italie), la toute première bande dessinée Disney de Rota. Mais c’est avant tout une sacrée curiosité. L’histoire, intitulée “Iga Biva et le Dingo gargantuesque”, avait été commandée par le centre de santé de Lombardie, région du Nord de la péninsule. Une démarche en faveur de l’éducation sanitaire du peuple. Et pour cela, Mickey, ses neveux Jojo et Michou et son ami l’extraterrestre Iga Biva se rendent au sein du corps d’une reproduction géante de Dingo, pour un cours d’anatomie. Ce qui n’est pas sans rappeler la série TV Il était une fois le corps humain, qui n’existait pas encore. L’histoire est d’autant plus originale, que Mickey côtoie les neveux de Donald, Riri Fifi et Loulou. Si ce n’est pas une première, c’est assez rare pour le souligner.

Pour sublimer le tout, le magazine est agrémenté d’une riche interview de Marco Rota, dirigée par Simone Cavazzuti, chercheur en bandes dessinées, journaliste et correspondant régulier d’Italie pour les Trésors de Picsou. Le périodique n’en a pas fini avec Marco, puis-qu’est déjà annoncé un deuxième opus prévu pour le 17 décembre prochain.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782344003435

Le 72e tome des Trésors de Picsou est à retrouver en marchant de journaux, pour 7,99 €.

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