Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Bascoulard : Portrait d’un perdant magnifique

Par Philippe LEBAS Très bon 20 mars 2026 
Marcel Bascoulard, vous connaissez ? Voilà un personnage bien singulier, dessinateur de talent, marginal, « clochard » par choix, habillé en femme, un de ces perdants magnifiques que ressuscite ici Frantz Duchazeau dans un nouvel album touchant et subtil.

Bien qu’ayant fait l’objet d’une exposition de son vivant, d’une interview menée par Stéphane Collaro pour RTL, ainsi que de plusieurs livres et émissions de radio, Marcel Bascoulard reste encore très méconnu, n’ayant jamais recherché la notoriété et ayant même tout fait pour la fuir. Et pourtant, quel personnage, bien réel : il a parcouru les rues de Bourges durant des décennies (de grands changements) jusqu’à sa mort en 1978.

Bascoulard : Portrait d'un perdant magnifique

Peintre, dessinateur hors pair, photographe à ses heures, Marcel Bascoulard fuyait la société, ne se lavant pas, s’habillant en femme, crachant et s’épouillant pour faire fuir les importuns. Des parents, et notamment une mère aimante, il en avait eus, mais cela s’est très mal terminé : sa mère a fini par tuer son mari violent. De femme, il avouait n’en avoir jamais eue, ni voulue. D’amis, il n’en voulait pas vraiment non plus, sauf le boucher, le bien nommé Leboeuf, et quelques très rares élus. De l’argent, il n’en avait que faire, vivant au jour le jour de la vente de ses dessins (principalement des rues et des bâtiments de Bourges), au point que certains l’imaginaient riche, et l’ont même tué pour cette raison.

Bascoulard était un être profondément libre, libre de vivre et de s’habiller comme il lui plaisait, de passer son temps à dessiner, à lire et à apprendre plusieurs langues. Cela en faisait, comme il le disait lui-même, un être d’une grande richesse, en parfait contraste avec son dénuement matériel. Comme il l’ajoutait, il était « noir dedans et rose dehors », un code de couleurs parfaitement repris dans cet ouvrage !

Pas étonnant que Frantz Duchazeau se soit intéressé à lui. Dans plusieurs de ses ouvrages, Duchazeau nous avait déjà gratifiés de magnifiques portraits de personnages hors normes, comme Robert Johnson dans son dorénavant avant-dernier ouvrage, Les Derniers jours de Robert Johnson. Avec le dessinateur Bascoulard, Duchazeau ne pouvait que trouver une sorte d’alter ego. Dans plusieurs cases, Duchazeau dessine d’ailleurs Bascoulard en train de dessiner, dans une mise en abyme réjouissante.

Duchazeau a visiblement pris un grand plaisir à redessiner de nombreuses vues faites par son prédécesseur, ainsi que quelques-uns de ses dessins abstraits, voire certaines photographies que Bascoulard aimait prendre de lui-même (ou à faire prendre de lui), anticipant un peu le selfie. Duchazeau a su raconter l’histoire de Bascoulard de manière fort subtile, en mêlant présent et passé ; il lui suffit d’arrondir l’angle des cases, et le tour est joué.

Au final, on ressort de cet ouvrage assez bouleversé, curieux d’en savoir plus, le mystère Bascoulard étant loin d’être percé.

Par Philippe LEBAS

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9791040805946

Bascoulard - Par Frantz Duchazeau - Ed. Sarbacane

Sarbacane ✏️ Frantz Duchazeau Illustration Biographie France Bourges
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Philippe LEBAS  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques