Bon
17 mars 2026
Au fond, à quoi bon perdre son temps à présenter Lucky Luke, le justicier le plus rapide de l’Ouest. Ce dernier tire avant même de prononcer son nom. Qui dans l’Ouest sauvage n’a pas été sauvé ou même arrêté par le justicier solitaire ? Grand, séduisant, sensible et mystérieux, rare héros à tirer sans tuer, tout en sortant gagnant, il réunit décidément tous les atouts pour séduire le public… et la chance ne cesse de lui sourire.
Mais un jour ou l’autre, le vent finit par tourner. Lucky, blessé à la main, rencontre une grande difficulté pour tirer avec son pistolet. En prise avec une bande de desperados, il fait la rencontre d’une certaine Louise (Billie Blain). Acculé, Luke découvre une alliée en la jeune fille au tempérament bien trempé. De son côté, Louise, dont la mère a disparu, pourra elle aussi compter sur Lucky Luke pour la retrouver. Bottes aux pieds et revolvers à la ceinture, ils traversent plusieurs villes, réglant au passage bien des conflits… tandis qu’en coulisses se trame un complot de grande ampleur. Entre non-dits, secrets bien enfouis, divergences, et rencontres hasardeuses, la route de Luke et Louise s’annonce pour le peu tumultueuse.
Cette mini-série autoconclusive se veut originale. Si elle n’est pas l’adaptation linéaire d’un ou plusieurs albums en particulier, certains épisodes s’inspirent toutefois très clairement de certaines aventures, comme Le Juge (tome 13 de chez Dupuis). On y retrouve plusieurs figures bien connues des lecteurs de la bande dessinée - d’après de fameux personnages historiques de la conquête de l’Ouest.
Au fil de cette quête, ponctuée d’aventures secondaires, se dessine le portrait d’un Lucky Luke hanté par son passé. Les scénaristes, Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy, poussent le cow-boy dans ses derniers retranchements, esquissant ainsi un portrait plus vulnérable du personnage. A-t-il réellement « pas peur de personne » ?
Si l’intrigue fonctionne, la série n’est pas exempte de défauts, à commencer par un rythme assez inégal, pour ne pas dire mou de la gâchette (le comble). Mollesse qui se ressent aussi chez certains comédiens qui bafouillent, parlent dans leurs moustaches - même sans en porter. Par moments, il nous faut carrément tendre l’oreille et redoubler d’attention pour bien comprendre ce qui se dit, presque à en négliger le visuel. Excepté ce problème d’élocution, le casting se montre toutefois assez solide dans l’ensemble, porté notamment par Jérôme Niel, qui campe un Joe Dalton délicieusement détestable, mais capable aussi, à l’occasion, de se révéler touchant. Camille Chamoux sort également du lot en Calamity Jane.
Quant au duo central Lucky-Louise, qui n’est pas sans évoquer Batman et Robin, il fonctionne plutôt bien. Tournée en Espagne, la série offre des décors soignés qui réussissent à immerger le spectateur dans l’atmosphère fantasmée des westerns hollywoodiens, tous deux tournés au même endroit. Certains plans évoquent subtilement les codes classiques du genre, sans tomber dans l’excès. En revanche, la mise en scène et le montage demeurent assez convenus.
Pour le reste, l’humour est bien présent. Si l’on est loin de la subtilité de Goscinny, il serait injuste de bouder son plaisir : il y a de très bons gags.
Cette comédie western aux accents de thriller psychologique arrive à point nommé pour les 80 ans du personnage créé par Morris. Loin de se vouloir une adaptation fidèle, la série rend un vibrant hommage à l’œuvre de Morris et Goscinny, à qui elle est dédiée.
Pour prolonger le plaisir, nous vous invitons vivement à découvrir la BD making-of décalée L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre, racontée du point de vue du dessinateur Bouzard, également auteur de l’album hommage Jolly Jumper ne répond plus. Et comme 80 ans ne se célèbrent pas tous les jours, nous vous recommandons aussi Lucky Luke, les coulisses de la création de Christophe Quillien.
Par Rémi BARNAULT
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