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De 2018 à 2022, le magazine trimestriel Les Trésors de Picsou a publié en France l’intégralité des histoires de Don Rosa, enrichies de nombreux bonus et rétrospectives. C’est également dans ses pages qu’avait été précédemment proposée une réédition intégrale de La Jeunesse de Picsou, l’œuvre-phare du même auteur.
En décembre 2021 paraît Le Trésor de Picsou n°51, 14e numéro consécutif consacré à Don Rosa. L’intégrale touchant à sa fin - et La Jeunesse de Picsou n’ayant évidemment pas vocation à être publiée encore une fois - une question commence alors à émerger : quel avenir attend le magazine ? Car, malgré quelques pépites italiennes et histoires rares, une grande partie de ces numéros a été occupée par des récits de Carl Barks et Don Rosa déjà maintes fois réédités. Mais ce n’est pas encore le cœur du sujet.
Haro sur la mémoire
Pour ce numéro 41, c’est l’histoire Oublie-ça ! qui fait la Une. Dans cette histoire, la sorcière italienne Miss Tick s’est procuré une toute nouvelle baguette magique. Forte de ce nouvel artefact, elle décide de s’attaquer à quelque chose d’aussi précieux que fragile : la mémoire. Celle de Picsou, riche de mille et un souvenirs, mais aussi celle de tous ceux qui auront le malheur de croiser sa route. Quiconque est frappé par le sort de la baguette oublie instantanément tout ce qui est prononcé après son nom. De quoi engendrer une flopée de gags et de quiproquos.
Sur Inducks, la base de données mondiale des bandes dessinées Disney, cette histoire figure parmi les mieux notées de son auteur. Elle occupe également la 45e place du classement regroupant plus de 46 000 histoires Disney, hors gags d’une page - excusez du peu. Outre le fait d’être un excellent graphiste, Don Rosa maîtrise parfaitement le rythme, le ressort comique et le sens du détail.
Pour cette cinquième publication française d’Oublie ça, une surprise attend les lecteurs dans un dossier qui suit l’histoire : l’annonce de l’adaptation de la bande dessinée en prises de vue réelle. Derrière ce projet ambitieux ne se cachent ni Disney ni un autre grand studio hollywoodien, mais deux jeunes réalisateurs français : Adrien Bouquier et Hugo Mathias, lequel est également scénariste du film et par ailleurs collaborateur des magazines Picsou. Il est par la suite rejoint par le scénariste Jean Chaffard-Luçon. Qui dit prises de vue réelle et projet indépendant dit acteurs humains. Exit les canards en images de synthèse. Quant à faire jouer de véritables canards, cela aurait sans doute relevé de la prise de bec. Un choix artistique loin d’être sans risque, l’univers de Picsou étant principalement peuplé de canards et de chiens anthropomorphes.
Les réalisateurs ont également fait le choix de renommer les personnages. Ainsi, Picsou, incarné par l’acteur Georges D’Audignon, devient Edgar Merril, tandis que son neveu, le non moins célèbre Donald Duck, interprété par Jimmy Conchou, est rebaptisé Damien, « afin de garder une sonorité proche ». La secrétaire de Picsou, Miss Frappe est incarnée par Véronique Augereau, l’historique voix française de Marge Simpson.
Enfin, la magie étant particulièrement complexe à mettre en scène, l’équipe a fait le choix de remplacer la sorcière par Gripsou, interprété par Alain Pochet et rebaptisé Archibald, d’après le véritable prénom français de la némésis de Picsou. Un choix qui entraîne quelques adaptations du script, mais permet aussi l’intégration de personnages absents de la bande dessinée originale...
Dès lors, ce n’est plus une baguette magique qui se retrouve au cœur de l’intrigue, mais un gadget effaceur de mémoire, fruit du travail de l’inventeur-à-toute-heure Géo Trouvetou - rebaptisé Grégoire, en référence à son grand-père, Grégoire Trouvetou - dérobé par Archibald.
Le vil milliardaire est épaulé d’un homme de main prénommé Lucien, aux airs de Rapetou, incarné par Damien Jouillerot, vu dans Monsieur Batignole ou encore RRRrrrr !!!. Ce dernier fournit par ailleurs un bon nombre de dessins pour le besoin du film, sous le pseudonyme de Gibus. Mais l’ajout de personnages absents de la bande dessinée se fait au prix de quelques disparitions : les triplets débrouillards Riri, Fifi et Loulou. Un choix toutefois compréhensible, tant la représentation du trio aurait constitué un défi supplémentaire en matière de casting et de mise en scène. Leur absence ne se fait toutefois pas ressentir et est largement palliée.
C’est via une cagnotte Ulule lancée en 2022 que le projet, intitulé “Retour à la case mémoire” a été financé à hauteur de 16 950 euros, frais de plateforme et contreparties compris. Le budget a été complété l’année suivante grâce à KissKissBankBank. Le moyen métrage a été tourné entre 2023 et 2024, avant d’entrer dans une longue phase de post-production. Pour mener à bien le projet, les créateurs fondent une association loi 1901 intitulée 313 Film, un clin d’œil au matricule de la voiture de Donald.
Début 2026, une projection-test de Retour à la case mémoire est passée au crible du Congrès Donaldiste (étude de l’univers des canards Disney et plus particulièrement de l’œuvre de Carl Barks) de l’association D.O.N.A.L.D, en Allemagne, afin de faire les derniers ajustements.
Finalement, c’est à Paris que s’est tenue dimanche dernier l’avant-première du projet dans sa version finalisée, devant une centaine de personnes, parmi lesquelles figuraient des membres de l’équipe ainsi que des contributeurs Ulule. Face à l’engouement rencontré par le projet, une seconde projection a été programmée pour le lendemain.
Présents lors de l’avant-première, nous pouvons vous assurer que nous n’avons pas vu passer les 31 minutes et 20 secondes du film. Film qui suit un rythme effréné. Quant à la réserve que l’on pouvait avoir lié à l’emploi d’acteurs pour incarner ces personnages, est rapidement dissipée. Il faut dire que Don Rosa lui-même ne voyait pas dans ses bandes dessinées des canards, mais bien des êtres humains. Du casting à l’interprétation, en passant par les costumes, tout est mis en œuvre pour que n’importe quel quidam puisse reconnaître les principaux protagonistes. Soulignons le travail de la concept artist italienne Alice Rovai.
Les comédiens, bénévoles, comme le reste de l’équipe, incarnent sans mal les personnages de papier. Georges D’Audignon a même exprimé l’envie de reprendre son rôle de Picsou autant de fois que possible. Visuellement, le résultat est également très réussi. L’ensemble est pop, coloré, et de nombreux effets rappellent les codes du 9e art. Si les décors intérieurs sont parfaitement adaptés à la prise de vues réelles, les extérieurs assument davantage une esthétique cartoon grâce à un important travail d’intégration de créations graphiques.
Des nombreux clins d’œil à l’univers des canards sont glissés çà et là pour les spectateurs les plus attentifs. C’est assez jubilatoire. Sans entrer dans des détails qui pourraient divulgâcher l’intrigue, les pièces de Picsou, essence de sa fortune et surtout de ces souvenirs, sont ici remplacées par de tout autres objets qui devraient parler davantage aux fans, et plus encore aux collectionneurs - surtout s’ils ont claqué toutes leurs économies… et leur bec.
Si l’on devait chercher la petite bête, on pourrait estimer que le rythme est parfois un chouïa trop déchaîné. Véritable hommage aux bandes dessinées Disney et à tous ceux qui les ont façonnées, le film célèbre tout particulièrement le travail de Carl Barks et de Don Rosa. Il leur est d’ailleurs dédié.
Si le créateur de Picsou nous a quittés il y a maintenant 26 ans, on nous dit dans l’oreillette que Don Rosa devrait prochainement visionner Retour à la case mémoire. Les personnes présentes à l’avant-première ont globalement été conquises. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le reportage micro-trottoir réalisé par Julien Fonck, alias Supercanard, Youtubeur spécialisé dans la pop culture et parrain du film.
Pour le grand public, il faudra encore patienter. Le film doit d’abord être proposé à différents festivals avant même d’être mis en ligne sur le web… Gratuitement, bien sûr, afin d’éviter de s’attirer les foudres de l’empire de la petite souris. Une chose est sûre, moi, Rémi, ne suis pas prêt d’oublier ce film. Heu, de quoi parlait-on, déjà ?
Visionner la bande-annonce :
Par Rémi BARNAULT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Réalisation : Adrien Bouquier & Hugo Mathias.
Scénarisation : Jean Chaffard-Luçon & Hugo Mathias d’après une histoire de Don Rosa et des personnages créés par Carl Barks et les studios Disney.
Production : Stanislas Pacotte.
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