Le film nous replonge dans la métropole fictive éponyme, immense cité peuplée d’animaux anthropomorphes civilisés, pensée comme un gigantesque zoo civilisé où règne une harmonie interespèce presque utopique. Souvenez-vous, la jeune fringante lapine Judy Hopps souhaitait par-dessus tout quitter son bourg natal pour Zootopie afin de se faire une place dans la police. Pour elle, le rêve d’une vie, mais pour beaucoup, ça relevait de l’hérésie. Un lapin policier, ça fait un peu tache, même dans un monde d’animaux parlants. Afin de mettre à jour un complot, elle s’associe avec Nick Wilde un renard rusé, charismatique et escroc à la petite semaine. Là où à une autre époque, n’importe quel représentant de son espèce n’aurait pas donné cher de la peau de la hase. En dépit de quelques couacs, ils forment assez vite un duo de choc, tellement attachant. Ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?
Le scénariste et éditeur Stan Lee aurait dit en son temps : « You need to write this as if it were someone’s first comic... » En clair, chaque comics devrait être accessible à un primo-lecteur, être correctement lisible et surtout rappeler un minimum les faits. C’est ce que fait de façon brève et efficace Zootopie 2. Aussi, cette suite tant attendue se déroule seulement une semaine après les événements du premier. Après leurs heures de gloire, les deux héros, désormais coéquipiers au sein de la police de Zootopie, partent pour une nouvelle mission. Mais suite à un malencontreux incident de parcours dû à leurs personnalités diamétralement opposées, lequel entraîne la destruction de la statue de Ebenezer Lynxley, fondateur de Zootopie, Judy et Nick sont contraints de suivre une thérapie de groupe s’ils ne veulent pas être radiés de la police. C’est sans compter l’appel de la justice, qui ne se fait pas attendre, les mettant sur la piste d’un serpent qui pourrait bien remettre en cause les fondations-même de leur société.
La relation entre Nick et Judy ainsi que leur vision du monde sont davantage explorées, mettant en évidence l’optimisme de l’une, le pessimisme de l’autre, et leurs failles. Mais s’ils s’égarent, ils finissent toujours par se retrouver. Bien que l’on aurait pu espérer qu’ils soient en couple dans cette suite, le récit choisit de privilégier une relation amicale, soulignant ainsi la possibilité d’une amitié sincère entre un homme et une femme. Et c’est très bien comme cela.
On retrouve avec plaisir des personnages incontournables de l’univers, tandis que d’autres viennent s’ajouter pour l’intrigue. Brian Winddancer, ancien acteur de film d’action, reconverti en maire. Ce cheval un tantinet m’as-tu-vu, n’a besoin de personne pour lécher ses sabots. On pense bien sûr à Arnold Schwarzenegger, grande figure du cinéma d’action, avec notamment Terminator, devenu un temps gouverneur de Californie.
Au cœur de l’intrigue, se trouve également la célèbre famille Lynxley, fondatrice de la ville et à l’origine des barrières climatiques qui permettent de maintenir les différents districts de Zootopie. Si le brevet de ces dispositifs occupe une place centrale dans le récit, les barrières elles-mêmes ne jouent toutefois aucun rôle direct dans le déroulement de l’intrigue. Il est probable que cette dynastie providentielle ait été imaginée spécifiquement pour cette suite, pourtant, au regard de son importance et de son rôle dans l’histoire de la ville, son absence totale du premier opus peut, avec le recul, paraître quelque peu étrange. Même si ce n’est pas pour autant gênant. Si le film s’attaque aux clichés, il n’en évite pour autant pas plusieurs motifs typiques des films policiers, avec quelques retournements de situations que l’on peut aisément sentir venir et ses petits passages vus et revus.
Aussi, dans la digne lignée de ce qui a été commencé, le film déconstruit un à un les clichés sur les animaux avec finesse et humour. En ce sens, les gags fourmillent, avec au passage de nombreuses références méta au vaste univers Disney et même Pixar. Pourquoi pas, après tout ? Plus que jamais les apparences peuvent être trompeuses. Il ne s’agit pas de s’en méfier systématiquement, mais de ne pas les tenir pour acquises, les questionner avec discernement. Là où le premier volet mettait en scène un retour à l’état sauvage porteur au passage d’un message d’émancipation individuelle et collective, cette nouvelle œuvre s’inscrit dans une logique de dénonciation du révisionnisme, du colonialisme, évoquant au passage le racisme. À nouveau, les auteurs jouent la carte du grand complot.
On prend les mêmes et on recommence ?
Cette comédie, hautement rythmée, est assez prenante. Après dix ans, on ne sent pas d’essoufflement, la qualité est au rendez-vous à tous les niveaux. Jared Bush est de retour à la réalisation comme au scénario. On lui doit également l’excellent Encanto, sûrement l’un des meilleurs Disney de ces dernières années. Aux manettes, on retrouve également Byron Howard, habitué de chez Disney, ayant réalisé Volt, star malgré lui, Raiponce et également Encanto, aux côtés de Bush. La star Shakira est aussi de retour afin de pousser la chansonnette, avec le titre phare Zoo. J’ai encore “zoo-ooh-ooh” qui tourne en boucle dans ma tête.
En outre, Zootopie 2 est un film adressé à un public familial, mais surtout muni de plusieurs niveaux de lecture. Les messages pacifistes, certes utopiques, sont appréciables dans notre monde plus que jamais divisé. Dans la lignée de La Fontaine, Disney mobilise l’animal comme vecteur symbolique pour interroger l’humanité, transmettant au passage un discours politique fédérateur. Et au passage ratisser large. Le film reste avant tout un divertissement et s’équilibre efficacement entre l’humour et des moments plus dramatiques, flirtant avec la mièvrerie, sans pour autant s’y abandonner réellement. Une suite efficace qui sait se renouveler à certains niveaux, sans non plus se révolutionner. Un second visionnage permettrait sans doute de mieux apprécier certains gags et références qui auraient échappé à notre attention lors de la première séance, tant notre cerveau, constamment sollicité, peut en laisser passer. Une perspective plutôt tentante.
Par Rémi BARNAULT
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