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Pas mal
19 mars 2026
Si vous pouviez ressusciter votre personne préférée, le feriez-vous ? Ce dilemme n’en est pas un dans la tête de la scientifique Frances Ai, qui redonne vie au corps de sa sœur dans l’espoir de retrouver sa partenaire de laboratoire. À la croisée de l’idéal scientifique du docteur Frankenstein et de l’amour par-delà la mort, comme dans l’épisode Be Right Back de Black Mirror, Talia Dutton nous pousse à questionner le lien entre le corps et l’âme dans cet album : M is for Monster.
Car celle qui se réveille pour entamer cette deuxième vie n’est plus vraiment Maura Ai. Celle qui aimait les sciences, le thé noir et donnait une confiance aveugle à sa sœur (parfois à ses dépens) n’est plus qu’un reflet dans le miroir. Derrière ses cicatrices, la nouvelle Maura est tiraillée entre les désirs de Frances et les siens.
Plongé dans un semi-huis clos des années 1920 et imprégné de réalisme magique, un malaise s’installe au fil du récit. Une sensation créée par les relations insidieuses entre les personnages et soutenue par la palette tricolore qui mélange blanc, noir et vert viride. Un parti pris audacieux qui a du mal à se mêler avec le dessin lisse et soigné de Talia Dutton.
L’histoire véhicule un message moderne d’émancipation et de féminisme, à travers une galerie de personnages féminins aux personnalités assumées. Pourtant, son déroulement s’enferme dans des ressorts tragiques classiques qui ne laissent aucune place au suspens. La lecture de cette BD est rapide, fluide et sans longueurs. En revanche, une fois posée sur l’étagère, pas sûr qu’elle ait – contrairement à son héroïne – le loisir d’une deuxième vie.
Par Robin LECOMTE
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M is for Monster – Par Talia Dutton – Éd. Delcourt