Le douzième tome de Requiem est paru au printemps dernier. À l’origine, Requiem devait s’étendre sur 19 tomes, mais vous avez finalement réduit l’histoire en 13 albums. Quelle en est la raison ?
Olivier Ledroit : En effet, Requiem était initialement prévu en 19 tomes, mais nous avons choisi de condenser l’histoire en 13 tomes pour assurer une conclusion satisfaisante, tant pour nos fans que pour nous-mêmes.
Donc, après le tome 13, est-ce la fin de la série ou avez-vous l’intention de poursuivre les aventures d’Heinrich ?
Si nous envisageons de créer d’autres albums après le tome 13, ils seront probablement soit des spin-offs soit des aventures se déroulant en un seul album, sans lancement d’un nouveau cycle complet, je pense. Nous en avons discuté avec Pat Mills. Initialement, nous avions envisagé un cycle sur l’apocalypse, mais nous avons réalisé que cela nous aurait emmenés trop loin dans le temps. Donc, préférant conclure la série en treize tomes, nous aurons plus de liberté pour explorer diverses possibilités à l’avenir.
Par exemple, nous pourrions envisager de raconter les aventures de Requiem dans un tome en Russie, un autre en Chine, ou explorer l’enfer selon différentes mythologies. En principe, le cycle principal sera achevé pour nous, et toutes les intrigues principales seront résolues.
En tout cas, le tome 12 marque la conclusion de la rivalité entre Heinrich et Otto, transformant une relation amicale en rivalité puis en hostilité. Comment avez-vous construit cette évolution entre ces deux personnages ?
En fait, dès le début, la rivalité Heinrich-Otto était prévu comme étant l’intrigue principale. Au départ, nous avions envisagé une histoire en trois tomes centrés sur les relations entre Requiem/Heinrich, Rebecca et Otto. Par la suite, étant donné la richesse de l’univers que nous avons créé, nous avons décidé de prolonger l’histoire, envisageant même d’atteindre 19 tomes à un moment donné. Pendant cette période, l’intrigue impliquant Otto est devenue quelque peu secondaire, bien qu’elle soit toujours présente en arrière-plan et que nous ayons fait attention à ne pas la clore complètement.
Cependant, c’est finalement sous la demande des lecteurs qu’une conclusion a été réclamée. Nous n’avions pas nécessairement envisagé une fin déterminée. Nous avions plutôt prévu une histoire qui se développerait de manière sérielle. Néanmoins, l’intrigue qui implique Otto - notamment liée au thème du nazisme - restait essentielle. Nous avions consacré beaucoup de travail à son développement, en gardant le mystère sur la véritable nature nazie d’Otto le plus longtemps possible, avec une construction narrative pensée en ce sens.
On va d’abord se concentrer sur le personnage de Requiem, le personnage principal de la série. Il est marqué par une forte ambivalence, ayant été un parfait salaud lorsqu’il était humain, détestable en tous points. Mais dans ce monde de Résurrection, vous l’avez rendu plus attachant. Comment avez-vous construit la personnalité de cet anti-héros ? Vous êtes-vous inspiré de modèles réels pour le créer ?
Oui, je me suis effectivement inspiré de cela... J’en avais parlé avec Mills à l’époque. Je me rappelle d’une émission sur Arte au sein de laquelle un acteur lisait des lettres de jeunes soldats allemands envoyées à leurs familles. On pouvait voir que ces jeunes hommes, avec une innocence apparente, commettaient des atrocités. Ils parlaient de tuer des Lituaniens toute la journée à leurs parents en disant que c’était difficile mais qu’ils devraient en être fiers. Ces lettres m’avaient beaucoup marqué. Humainement, ces jeunes hommes semblaient commettre des horreurs sans être conscients de leurs actes, ce qui était très troublant. J’en avais discuté avec Pat, en évoquant ce soldat allemand qui, au final, ne parvient pas exactement à contextualiser ses actions. Il est pris dans les tourments de l’Histoire. Bien sûr, ils avaient toujours une certaine idée que ce qu’ils faisaient était mal. En ce qui concerne Requiem, il était devenu complètement fou sur le front Est. C’était un homme qui avait perdu toute raison. Il voulait mourir, tuer, violer. Il avait atteint le fond de lui-même, en quelque sorte. Nous avions ce personnage. Ensuite, une fois arrivé en enfer, il se rend compte réellement de quelle personne il avait été dans la vie. Il en a pris conscience. Ensuite, il est confronté à des individus encore pires que lui. À partir de ce moment, il commence à relativiser, en fait. Mais dans le tome XII, on voit que tout cela était une sorte de manigance, quelque part. Parce que cette personnalité innocente a été prévue par une autre face de lui-même. Ce personnage a plusieurs personnalités, et l’une d’elles, qui tentait de cacher sa propre noirceur, s’est dissimulée derrière l’innocence d’Heinrich pour atteindre son ennemi. Oui, il s’agit de personnalités plutôt complexes. Mais en premier lieu, il s’agissait de l’histoire d’une romance, essentiellement entre un soldat allemand et une Juive. Et ensuite, de son plongeon dans la folie, bien sûr. L’aspect décalé a été construit plus tard, lorsque le personnage de Thurim est apparu.
Quant à Otto, c’est un ancien officier nazi qui s’est enfui en Amérique du Sud. Cette partie de l’histoire est basée sur des faits réels. Après la Seconde Guerre mondiale, notamment en Argentine, le pouvoir argentin a accueilli de nombreux nazis, certains ayant même soutenu le Troisième Reich jusqu’au bout.
Oui, c’est tout à fait exact. J’ai appris récemment que Klaus Barbie, celui qui a été responsable de la mort de Jean Moulin, a effectivement été recruté après la guerre par la CIA en tant qu’auxiliaire, en raison de son antécédent de combattant anticommuniste. Il a même été nommé à un poste de direction dans ce qui est devenu plus tard l’OTAN, sous le traité de l’Atlantique. Lorsque le général de Gaulle et les Français ont découvert que Klaus Barbie occupait ce poste officiellement, ils ont vivement réagi. Il a finalement été envoyé en Argentine, où le Vatican et les Américains avaient mis en place un système pour évacuer certains nazis. Certains d’entre eux sont encore là aujourd’hui.
Il est crucial de comprendre que, que ce soit en Europe ou en Amérique du Sud, les descendants des grands industriels et autres figures de l’époque nazie, ainsi que leur état d’esprit, continuent d’exister et de façonner des aspects de la société contemporaine.
Comment la rivalité entre Otto et Heinrich influence-t-elle leur évolution et leur caractère tout au long de la série ?
L’évolution s’est faite ainsi : au départ, Requiem ignore qu’Otto est un nazi. En arrivant en enfer, il nourrit une volonté de rédemption et réalise qu’il a la possibilité de libérer Rebecca, également captive de cet enfer. Leur relation passe ainsi de celle d’amis proches à celle de pires ennemis lorsque Requiem découvre la véritable identité d’Otto. Il comprend alors qu’Otto est l’homme qui a assassiné la femme qu’il aimait. Naturellement, les choses deviennent très tendues par la suite.
Oui, en effet, l’apparition de la sœur de Rebecca vient compliquer encore davantage la situation, car elle vient se venger d’Otto.
Oui, c’est exactement ça. Nous nous sommes inspirés des actions du Mossad, notamment du procès Eichmann. Après la guerre, les agents du Mossad, souvent formés par les Britanniques, sont devenus des chasseurs de nazis, une mission impressionnante et cruciale.
En parlant de Résurrection, comment avez-vous créé cet univers où tout est inversé ? Quelles sont les inspirations qui ont façonné l’univers de Résurrection ?
Au tout début, Pat Mills avait envisagé de créer quelque chose de spécifique pour moi. Il avait conçu une histoire située dans un univers qui se situait quelque part entre Blade Runner et Dark City, où tout était inversé, mais avec une forte composante technologique. Les continents, le temps, la morale, tout était différent.
De mon côté, j’ai introduit toute la dimension fantastique. Des chevaliers vampires, des loups-garous, et d’autres créatures qui se transforment en monstres en fonction des méfaits et des péchés qu’ils ont commis sur Terre. Ainsi, c’est la fusion de ces deux concepts qui a réellement donné sa forme à Résurrection. C’est une sorte d’enfer où, comme dans le satanisme, tout est poussé à l’extrême, avec une inversion des valeurs comme thème central.
Vous avez également puisé votre inspiration dans des éléments à la fois mythologiques et historiques, comme l’Arche d’Alliance ou Hiroshima, que vous avez intégrés à l’intrigue de Requiem. Quel était votre objectif en utilisant ces éléments ? Comment enrichissent-ils le récit au niveau narratif ? Et comment contribuent-ils à approfondir le lore de Requiem ?
Le concept de départ était que tout ce qui existe sur Terre peut être intégré à l’enfer. Par exemple, avec Hiroshima, j’ai souhaité introduire quelques personnages asiatiques inspirés des histoires de fantômes chinois. Pat Mills a eu l’idée d’en faire une critique politique, en mettant en scène trois personnages initialement distincts : un politique, un scientifique et un militaire, qui se renvoient la responsabilité de la bombe et se retrouvent liés en enfer, formant ainsi une entité à trois têtes. J’ai trouvé cette idée absolument brillante, typique de la manière de penser de Pat Mills. Mêler des éléments totalement imaginaires avec des faits historiques réels a été un exercice stimulant qui donne une profondeur particulière à nos personnages, une dimension que nous n’aurions pas obtenue s’ils avaient été entièrement fictifs.
Avez-vous été confronté à des défis particuliers dans la création de l’univers graphique de Requiem ? Que ce soit pour les designs des personnages, des monstres et autres créatures, ainsi que pour l’établissement de la charte graphique et le choix des couleurs ?
Oui, une fois que l’on a établi un style défini, j’ai développé les caractéristiques à l’intérieur de ce cadre que je m’étais fixé. Notre méthode de travail avec Pat Mills était plutôt intuitive à partir du moment où nous nous sommes détachés des structures narratives cycliques et des grandes histoires préconçues. J’avais souvent une idée en tête pour créer de nouveaux personnages, de nouveaux vaisseaux, que je lui présentais, et il en allait de même de son côté. Nous avancions ainsi, en développant nos idées au fur et à mesure, ce qui impliquait des modifications et des réécritures constantes du scénario. C’était un processus très libre et créatif, ce qui peut expliquer le côté parfois chaotique ressenti à la lecture, avec l’introduction régulière de nouveaux personnages et de nouveaux concepts qui enrichissent le style de la série.
En ce qui concerne les techniques de création que j’ai apprises avec Pat Mills, elles se sont avérées très efficaces, notamment dans des contextes comme celui des jeux vidéo, où le plagiat est souvent courant. Il m’avait enseigné une approche consistant à s’inspirer directement de personnages historiques ou d’objets réels. En explorant les inventions et les actions insolites de l’Histoire, souvent plus incroyables que la fiction, j’ai adopté ce concept pour mes propres créations. Par exemple, lorsque je travaillais sur Heroes of Might and Magic V, j’ai développé une méthode simple : mixer deux guerriers de cultures différentes. Ainsi, pour les elfes des forêts, j’ai combiné un guerrier sioux avec un guerrier celte, et pour les elfes noirs, un soldat chinois avec un bretteur de la Renaissance italienne, et ainsi de suite. Cela garantissait que mes créations étaient toujours originales, évitant de reproduire ce qui avait déjà été fait par d’autres concepteurs qui souvent s’inspiraient largement de Warhammer ou du Seigneur des Anneaux. Cette approche conceptuelle m’a permis d’assurer une certaine originalité dans mes créations.
Quand sortira le final de Requiem ?
Le tome 13 devrait sortir dans environ deux ans, voire deux ans et demi. Actuellement, je suis occupé avec Les Fleurs du Mal et je continuerai jusqu’à la fin de l’année. Ensuite, je vais collaborer avec Pat Mills sur une nouvelle pour Métal Hurlant, sur le thème du Hellfest, ce qui nous rapproche de l’univers de Requiem, en quelque sorte. Ensuite, je me consacrerai à Requiem. Donc, dans environ neuf mois, je pense commencer ce projet, et il y aura ensuite environ un an et demi de travail dessus. Donc voilà, dans deux ans et demi environ, tout devrait être prêt.
Récemment, vous avez également publié deux artbooks. Il y a d’abord eu Au-delà des Contrées du Crépuscule. Ensuite, vous avez réalisé Belles de Nuit, qui est un artbook érotique. Il me semble que ce dernier artbook est une réédition.
C’est effectivement une réédition, oui. Elle a été améliorée avec l’ajout d’une vingtaine ou d’une trentaine de nouveaux dessins, quelque chose comme ça. Quant à Au-delà des Contrées du Crépuscule, c’est une toute autre histoire. Ce livre a connu un processus de maturation assez long. À sa sortie avec l’éditeur, Benoît Cousin, nous avons été agréablement surpris par sa beauté. Bien que nous l’ayons regardé sur écran pendant des mois et nous y soyons habitués, le voir sous forme imprimée par un éditeur de livres de luxe à Milan a été une révélation. Lorsque nous avons ouvert les premiers cartons, nous avons été époustouflés. Nous nous sommes dit que le livre était magnifique, avec ses doubles, triples voire quadruples pages en grand format. À 30x40 cm, il peut s’étendre jusqu’à 60x40 cm ou même 90x40 cm, ce qui en fait un ouvrage imposant. Il a rencontré un grand succès et est actuellement en rupture de stock.
Vous me parlez de vos projets à venir, mais vous n’évoquez pas la conclusion du Troisième Œil…
Actuellement, c’est en cours. J’ai beaucoup de projets en ce moment et j’ai du mal à m’y consacrer pleinement. Le scénario est avancé, il est écrit, mais je n’ai pas encore trouvé le temps de le mettre en images. Pour l’instant, il est un peu en stand-by. J’y travaille de temps en temps, mais je n’arrive pas à le finaliser. La sortie de Requiem et sa promotion occupent beaucoup de mon temps, avec toutes les activités autour comme les posters, les blank covers et les spin-offs en préparation, y compris un manga. Tout cela demande beaucoup d’énergie. En plus, il y a la promotion du livre et toutes les peintures que je dois réaliser pour Les Fleurs du Mal. Quant au projet Le Troisième Œil, je m’y attelle de manière intermittente. Je fais des découpages, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de procéder à la mise en couleur.
Arrêtons-nous un instant sur cette série. Le troisième tome devrait être le dernier, n’est-ce pas ?
Non, en fait, pas du tout. La série va être développée en 5 tomes. Le troisième tome aurait été trop épais autrement. Le tome 2 fait déjà 140 pages et j’ai dû introduire de nouveaux personnages comme demandé par mon éditeur, ce qui a ajouté plusieurs arcs narratifs. Cela m’amenait à environ 250 pages, ce qui était beaucoup trop. J’ai donc décidé de diviser le tome 3 en 3 chapitres de 70 pages chacun pour revenir à une pagination plus proche du premier tome.
Mais c’est un changement par rapport à l’annonce initiale, qui le décrivait comme un triptyque.
Oui, tout à fait. Maintenant, je pense plutôt qu’il y aura cinq albums. À l’origine, il était prévu d’avoir les 7 chapitres, mais chaque chapitre est devenu tellement étendu que c’était devenu ingérable pour moi. J’ai envisagé de le faire en 4 tomes également, mais particulièrement les chapitres 3 et 4 sont devenus beaucoup plus importants.
Parlons de la personnalité de Mickaël Alphange, le personnage principal de cette série. Dans le tome 1, on découvre ce jeune homme qui est plutôt sympathique. C’est un type ordinaire, un artiste qui aime bien se droguer un peu, mais sans méchanceté apparente. En développant ses pouvoirs, on s’aperçoit qu’il a un côté sombre, malveillant même. C’est du moins ainsi que je l’ai interprété dans ma critique du tome 2. Est-ce que mon analyse vous semble juste ?
Ah oui, tout à fait. En fait, il est basé sur le personnage du Kalkî, qui est un personnage de la mythologie indienne. Le Kalkî est le dixième avatar de Vishnou, envoyé sur Terre pour combattre le mal. À un certain moment, il développe une sorte de phobie, une fois qu’il a puni véritablement les méchants. Convaincu qu’aucun humain n’est totalement pur, il commence à tuer ceux qui mentent, jusqu’à finalement en arriver à tuer tout le monde. Je me suis inspiré de ce personnage pour Mickaël. L’histoire va donc raconter cette descente aux enfers, et comment il en est arrivé là. Comment d’une personne initialement bien intentionnée, il est devenu un être maléfique, pire que ceux qu’il combat en réalité.
L’évolution de Mickaël Alphange me fait penser au personnage de Light Yagami dans le manga Death Note.
Ah oui, d’accord.
Avez-vous lu le manga ou regardé l’anime ?
J’avais lu Death Note à l’époque. Oui, c’est vrai. Quand Light Yagami découvre qu’il peut punir n’importe qui, il est enivré par le pouvoir. Maintenant que vous en parlez, il y a des similitudes, mais Mickaël Alphange n’aura pas du tout le même parcours. Son histoire sera plutôt un mélange de tragédie personnelle, de vengeance, et il sera entraîné dans une mécanique où les événements se dérouleront plus involontairement que dans Death Note, où le personnage se pervertit volontairement. Mickaël, lui, n’a pas cette perversion initiale ; il commence comme un personnage lambda.
La ville de Paris joue un rôle central car c’est le lieu principal de l’action. Dans le premier album, vous nous faites découvrir de nombreuses informations sur cette ville. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir Paris pour situer l’intrigue ? Pourquoi ne pas avoir choisi une autre ville en France ou à l’étranger ?
Parce que Paris est unique en son genre. J’aurais pu développer une histoire similaire peut-être à Bruxelles, qui a aussi un côté ésotérique, mais il n’y a pas le même éclat que Paris. Avec ses architectures flamboyantes, ses cathédrales, etc. De plus, je voulais quelque chose qui se déroule en France, dans un milieu que je connais bien, avec une réalité qui est la nôtre mais un peu alternative. Dans Le Troisième Œil, il y a des éléments qui ne se produisent pas réellement, comme des émeutes à Paris ou des bars clandestins. C’est un univers légèrement imaginaire où l’on ne sait pas si l’on est totalement dans la réalité. J’ai choisi Paris parce que j’ai été parisien et c’est une ville qui m’a toujours fasciné. J’ai toujours eu envie de travailler sur elle et j’attendais le bon moment. Créer une histoire dans le Paris contemporain m’a vraiment passionné.
Dans le tome 2 du Troisième Œil, vous dessinez l’une des victimes en vous inspirant d’un homme politique français important. Quel est votre regard sur la classe politique actuelle, qu’elle soit de droite ou de gauche ? Est-ce que vous avez une vision désabusée de la classe politique, ou s’agissait-il simplement d’un petit plaisir personnel de mettre en scène une personnalité qui vous agace ?
Un peu des deux. Je suis plutôt anarchiste, et les hommes politiques me déplaisent. C’est le genre de personnalité que je n’aime pas du tout. Ce personnage, par exemple, représente pour moi quelqu’un de vraiment toxique, le type d’homme politique que j’abhorre. Ce n’est pas une question de parti, car il y en a dans tous. J’avais simplement envie d’être un peu mordant à ce sujet. Souvent, dans les BD, on a l’impression d’être complètement déconnecté de la réalité. C’est pareil au cinéma : on voit rarement des pauvres ou des gens avec des masques, comme si la pandémie n’avait jamais existé. J’ai voulu intégrer des clins d’œil à cette réalité dans Le Troisième Œil. Par exemple, des éléments qu’on ne voit jamais ailleurs. Venant de province, je suis toujours frappé par la misère que je vois à Paris, avec des rangées de personnes dormant dans le métro. Ce genre de scènes me choque à chaque fois. On voit des reportages sur les bidonvilles ou dans les ghettos des grandes villes américaines, mais dans les comics ou les séries, qu’elles soient françaises ou américaines, tout cet aspect de la société est souvent gommé.
On nous donne des visuels très instagrammables, en quelque sorte.
Voilà, exactement. Et donc, parmi ces choses que je trouve atroces, il y a ces hommes politiques, qui sont des gens souvent, je trouve, assez malfaisants.
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En médaillon : Olivier Ledroit
Photo : Gilles Courat
Agenda :
Exposition "Les Fleurs du Mal", par Olivier Ledroit
Du 19 juillet au 15 septembre 2024
Office de tourisme de Brocéliande
1, place du Roi-Saint-Judicaël 35380 Paimpont
PAF : gratuit
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