Très bon
27 janvier 2026
Un personnage décharné se relève dans un monde dévasté. Amnésique, il ne se souvient que d’une chose : une femme à qui il voue un amour sans égal. À peine réveillé, le vampire – car c’en est un – se fait attaquer par les bandits sans scrupule de ce monde. Mais c’était sans compter sur l’intervention du capitaine Otto Von Todt, un redoutable chevalier vampire. Nommé Requiem, le vampire fraîchement ressuscité n’a plus qu’une obsession en tête : devenir le plus puissant des guerriers et retrouver la femme qu’il aime. Mais parviendra-t-il à garder son âme ?
Requiem, c’est le fruit d’un travail ardu à huit mains. En effet, les créateurs de la série originale Pat Mills et Olivier Ledroit supervisent de près cette adaptation, née sous le scénario de l’Espagnol Victor Santos et le crayon du Bolivien Seban. Quatre créateurs ne seront pas de trop pour abattre un tel travail ! Pour rappel, la série originelle, commencée en 2000, n’est techniquement pas terminée, car un treizième tome est en préparation. Mais Olivier Ledroit semble avoir eu l’idée d’adapter la série en manga depuis déjà un certain temps. Après avoir découvert Berserk et Junji Ito, une graine a germé. Dans notre interview de janvier 2024 par notre rédacteur Charles-Louis Détournay, il déclarait : « Requiem revient en force ! » Avait-il déjà le manga en tête lorsqu’il nous déclarait cela ? Et que donne le fruit de cette collaboration ?
Lorsqu’on lit Requiem (le manga), on se rend vite compte que l’histoire originale se prête en vérité très bien au manga dès sa structure. Les péripéties s’inscrivent assez facilement dans le genre du « nekketsu », ce trope narratif où un héros solitaire se hisse au sommet à grands coups de salades de phalanges. Requiem est un très bon protagoniste de shônen/seinen, prêt à tout pour accomplir son objectif. Plusieurs éléments du récit renvoient directement à des clichés du manga : arc d’entraînement avec examen final, scènes de bataille grandioses et alliés aux pouvoirs plus excentriques les uns que les autres ; on se croirait dans One Piece !
Autre bon point : le personnage de Requiem évite les écueils habituels des protagonistes de shônen et de seinen. On pourrait craindre que le vampire devienne un gamin naïf à la Naruto ou une brute taciturne à la Guts, mais il n’en est rien. Requiem, ou Heinrich de son vrai nom, a une personnalité très équilibrée pour un héros de manga. Il est sérieux, mais jamais sombre ou pessimiste. Il est bouche bée devant les règles du monde de Résurrection, mais jamais surexcité. Il sait faire de l’humour sans pour autant se ridiculiser. Cet équilibre est d’ailleurs un très bon contraste avec ses rares moments de folie meurtrière lorsqu’il se lance dans la bataille. Lorsqu’il déchaîne toute sa violence, on croit véritablement voir une machine de guerre en action. Même chose pour les personnages secondaires, d’ailleurs, qui complètent bien la personnalité de Requiem. Otto, Claudia ou Cryptus ont chacun une personnalité bien définie qui les rend instantanément reconnaissables. Ce tome étant le premier, les auteurs n’ont pas encore eu le temps d’explorer en profondeur les autres personnages, mais ils placent déjà dans ce volume quelques pistes qui seront explorées par la suite.
Le tout est porté par les somptueux dessins de Seban, qui parvient à bien retranscrire le style baroque « maximaliste » d’Olivier Ledroit. On a droit à de grandioses double-pages qui fourmillent de détails, surtout lors des scènes de bataille. Mais c’est là que le livre a les défauts de ses qualités. Dans cette version, Requiem n’est pas un album grand format proposant des images ultra détaillées en couleur en 24 × 32. C’est un manga en noir et blanc de 15 centimètres par 18 ! Et sur un format plus petit, le détail des pages devient vite un fouillis surchargé. Attention, les illustrations restent magnifiques et mériteraient des tirages en format A3. Il est clair que l’illustrateur Seban a travaillé en grand format avant de réduire ses planches à des dimensions manga. Mais le manga étant plus petit et plus compact, on a justement un peu de mal à tout voir nettement. Pour une lecture en bus, en train ou en avion, le style très détaillé introduit presque un grain dans l’image. De plus, contrairement aux albums originaux dont on pouvait bien déplier les 56 pages, la version manga, qui en comporte plus de 200, ne s’ouvre pas tant que ça sans risquer de l’endommager. Finalement, la structure physique du médium fait que, malheureusement, la pliure centrale cache des éléments d’illustration. C’est un détail, mais nous nous devons de le souligner. Si vous cherchez des fresques comme Ledroit sait si bien les faire, vous en aurez — du moins ce qui s’en rapproche le plus au format manga — mais préparez une bonne loupe !
Tant que nous parlons de graphisme, faisons un point sur les designs des personnages. Ils sont, encore une fois, très réussis, et Seban a su adapter le style d’Olivier Ledroit au manga, en rendant les visages plus expressifs, par exemple. Lors des folies meurtrières de Requiem, les yeux du personnage deviennent deux billes blanches presque comiques. De manière générale, Seban semble s’être fixé une consigne pour dessiner ses personnages : toujours les glorifier. Tous sont montrés comme des monstres ou des dieux mythologiques, un autre point qui rattache cette œuvre au genre du nekketsu, en vérité. Prenons pour exemple le personnage préféré du dessinateur. Dans le dossier de presse de Glénat, il déclare que « Claudia se dessine toute seule ! » Seban semble avoir trouvé sa muse en la personne de Claudia, la belle et mortelle collègue de Requiem. La décrivant comme « la gothique sexy que tous les fans de métal veulent dans leur vie », il a vraiment su l’adapter au format manga et glorifier sa beauté fatale. Si l’on alignait tous les personnages de l’œuvre côte à côte, on pourrait certainement créer une superbe pochette d’album de métal !
Requiem, chevalier vampire est ainsi une réinterprétation de l’œuvre de Mills et Ledroit au format manga. Santos et Seban prouvent ce que le responsable du suivi éditorial de la série, Frédéric Toutlmonde, disait dans son interview de 2024 : « Le manga n’appartient pas aux seuls Japonais ! » Si vous avez aimé l’œuvre originale ou que vous aimez les histoires de vampires en général, Requiem sera une bonne addition à votre bibliothèque. Reste maintenant la grande question de savoir combien de tomes composeront la série. Sur son blog officiel Iconoblast, Pat Mills déclare que chaque tome grand format de la série originale donnera lieu à deux volumes en manga. Le calcul est vite fait : avec treize tomes dans la série originale, Requiem, le manga, devrait se terminer avec 26 volumes. Reste à savoir combien de temps cela prendra et comment cet ambitieux projet abordera l’adaptation dans ses suites.
Par Akira OIKAWA
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Requiem, chevalier vampire - Tome 01, par Seban et Victor Santos, d’après l’œuvre d’Olivier Ledroit et Pat Mills, Éditions Glénat. Parution le 21 janvier 2026.