Moyen
23 juillet 2024
L’auteur avait effectivement déjà avoué son passé sulfureux dans Mirador, tête de mort paru à la Boite à Bulles. Dans Yougo, il s’arrête sur la période pendant laquelle il a été conscrit dans la FORPRONU, cette troupe de casques bleus engagée dans le conflit en ex-Yougoslavie. Alors qu’il est aide-soignant en pleine période de pandémie, David Cénou se replonge dans les évènements qu’il a vécus 28 ans auparavant et décide de se lancer dans ce nouveau travail de roman graphique.
Comment faire entrer le lecteur dans son histoire ? Quelle morale en tirer afin que l’ouvrage puisse servir ? Comment le clore de façon efficace et percutante ? Ce sont des questions que s’est posées le néo-nazi repenti afin de ne pas tomber dans les travers que la critique avait mis en avant lors de la sortie de son premier livre.
C’est donc en 1992 que Samuel Marchadier (pseudo adopté par l’auteur) décide de s’engager dans les forces onusiennes censées s’interposer entre les peuples réunis longtemps dans un état des Slaves du sud de l’Europe et qui se déchirent depuis la mort de Tito. Le jeune conscrit, avide d’aventures et d’actions, mais intrinsèquement pétri de haine raciste, pense qu’il pourra assouvir ici ses désirs de faire la guerre et de violence. Mais c’était sans compter sur le fait qu’il allait retrouver dans son régiment des soldats de communautés qu’il exècre et qu’il allait intégrer une troupe passive et totalement inefficace qui ne se contente que d’attendre en faisant simplement acte de présence.
Après quelques planches intéressantes sur l’origine du conflit et celle de l’engagement de Marchadier, l’ouvrage devient très vite un récit long, parfois très longs, de non-évènements souvent ennuyeux où l’auteur raconte ses bagarres au sein du régiments, ses jours et ses nuits passés au trou, ses beuveries et ses déplacements en bateau ou en blindé. Les rares moments de contact avec la population locale auraient pu constituer des épisodes qui auraient redonné de l’intérêt à l’ouvrage s’ils avaient été plus développés.
A l’instar des dernières scènes pendant lesquels Marchadier se plaint de ne pas avoir tiré une seule balle alors que les soldats de l’ONU subissent avec très grande passivité les tirs des forces serbes, le lecteur ressort quelque peu frustré d’une histoire dont on attend à la fin de chaque planche un rebondissement qui n’arrive finalement pas.
Après 320 pages, force est de constater que ce récit n’est que le reflet de la réalité d’un conflit pendant lequel les casques bleus ont été tout simplement inefficaces.
Par Romain BLANDRE
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